Championnat du monde des coursiers, Paris 2016

départ24° championnat mondial des coursiers, la semaine dernière à Paris. Un évènement confidentiel à plus de 600 participants ? Plutôt une communauté qui se réunit ?

Vous auriez voulu les voir que vous auriez eu du mal, comme moi. Le programme en français sur internet était à base d’anglais, avec quelques restes de français, dates et lieux étaient imprécis et peut-être mouvants, et semblaient dispersés à des kilomètres les uns des autres. L’accès au lieu de la course était impensable sans vélo eu égard à la taille de l’enclos et à l’absence de lieu d’accueil. casquettePour les horaires, là … admettons qu’ils dépendaient de l’intensité des fêtes de la veille. « Ce programme peut changer à tout moment » indiquait le site… ce qui n’était pas propre à vous rassurer, mais rien ne prouve que l’on souhaitait vraiment que le public soit là, malgré les annonces dans la presse et sur les réseaux1. En tous cas, moi je n’avais pas compris grand-chose au programme.

Ce dimanche 7 août, dernier jour des championnats, la course de 10 heure commença vers 13 h, le repas fut prêt « dans une heure » ce qui devait mener à 15 heures, et le public était très clairsemé, surtout constitué d’amis et de quelques promeneurs du bois de Vincennes. Il y avait tout de même un client de Jérôme, un ancien coursier reconverti en vendeur de 4-saisons bio, qui, lui en tous cas, avait l’air très content d’être encouragé par son client. Le public n’était pas mal reçu, une fois arrivé, pas de problème. Il pouvait déambuler comme il voulait, visiter les quelques stands (produits en rapport avec l’activité), finir les provisions du petit-déjeuner (finalement en libre-accès), boire des bières au même prix que les inscrits (1€ le 1/2), accepter le café que Pierre offrait sur son stand, et trouver bonne ambiance et gentillesse … et aussi grande fatigue, mais c’est autre chose !

départUne rencontre de potes passionnés de vélo
Un championnat mondial de coursiers, fut-il le 24° du nom, est avant tout une rencontre entre potes, tous passionnés de vélo et vivant de leur profession. Sans mentir, me dit Pierre, nous avons eu hier soir la plus belle fête de tous les temps, au Chalet du Lac. L’alleycat2, qui avait eu lieu avant, fut une descente de 350 fous du guidon lancés à fond dans les rues de Paris. Par définition elle n’était pas annoncée, c’était pour les amis. Partie de Picpus elle se termina quelque part dans le 6°, et comporta plusieurs manifestes3. La profession se porte bien, semble-t-il, sauf en cas de faillite, évidemment. Les nouveaux sites de livraison de repas n’emploient que des indépendants, payés à la course et au temps. Mais la journée peut commencer avec les petit-déjeuners et finir après minuit. Rémunération + pourboires, je n’en saurais pas plus, sauf le sourire rêveur de mon informateur.

Une course de plusieurs heures
Dimanche, la course finale, où ne restait qu’une centaine de concurrents qualifiés sur les 600 inscrits (500 engagés à peu près), durait 4 heures et se déroulait sur ce vaste désert qu’on appelle Pelouse de Reuilly. Certains atteignaient la vitesse de 40 à l’heure, personne n’était à moins de 25. Chaque compétiteur reçoit plusieurs manifestes successifs, doit se faire tamponner ici ou là, aller de tel point à tel autre, comme dans la vraie vie, mais avec demi-tour interdit. Les coursiers en cargo devaient en sus livrer des bottes de foin et des blocs de ciment, et tous avaient un parcours différent. Bien sûr, cela ne donne pas un spectacle très facile à suivre, mais pas moins que le Tour de France, et ça donnait le temps de bavarder et boire des bières. Le premier et le troisième furent danois, le second suédois. En cargo ce sont un Néerlandais et un Suisse qui l’emportèrent. Chistole4, je crois que tout ça (les classements) n’a pas beaucoup d’importance à leurs yeux.

prépa course

pendant la course

Une rencontre de fous de vélo
La manifestation était très largement animée par des bénévoles, et financée par de grosses entreprises du secteur, fournisseurs de matériel ou donneurs d’ordre. Pour le logement ce fut chez les uns et les autres, et au camping des Grand-voisins, équipé de grandes tentes, sur l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul et loué en entier. Dimanche après midi, les passionnés de vélo recalés de la course et assommés par la chaleur se reposaient sur ce qui ressemblait à un terrain vague avec bien peu d’ombre. Mais ce sont de vrais cyclistes, attention ! Jeanne, une des organisatrices, raconte que pour le championnat de l’an dernier à Milan elle avait fait la route depuis Bâle (où le championnat s’était tenu l’année d’avant) avec une troupe de 80, à 150 km par jour ! Si coursier ce n’est pas un métier d’avenir, je ne comprend rien.

Les coursiers sont une famille, un clan passablement masculin (mais pas que, comme on dit par ici, et cela n’étonnera personne). L’exposition que je n’ai pas vue, m’étant emmêlée dans les dates, au Point Ephémère (un « lieu » branché de Paris, avant Stalingrad), présentait (entre autres?) ce qu’étaient devenus les anciens, à travers le monde. Un clan qui se réunit, et n’éprouve pas vraiment le besoin que le public ou la presse s’en mêle. On peut très bien comprendre ça5. Personne ne reproche à un groupe de personnes de se réunir, surtout dans une ambiance si communautaire et avec des gens si fiers de ce qu’ils sont. Ils sont des héros, et savent faire la fête.

poloL’an prochain ce sera à Montréal, Québec.

Site du championnat

les filles

Notes

  1. L’annonce de l’événement a été assez large, Ville de Paris, Télérama, Métro, etc. Pour ma part j’avais reçu deux communiqués émanant de Deliveroo.
  2. Alleycat, sur wikipedia
  3. Manifeste : Mission, tâche à accomplir.
  4. Chistole : « Ce terme est très utilisé chez les coursiers à vélo franciliens. On l’utilise souvent pour signifier que quoi qu’il advienne, on affronte avec force et courage (…) » Lexique du forum velotaf.
  5. Pour voir l’ambiance de la semaine, on peut aller par exemple sur BuzzFeed : Tout ce qu’on a vu aux championnats … ou s’en faire une idée avec le film d’annonce sur YouTube : Trailer CMWC Paris 2016.
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