Etre assis vous tue

logo-onaps-couleurVous pouvez être un grand sportif tout en étant bien trop sédentaire. Ceci n’est pas une conclusion parachutée, ce n’est qu’une distinction récemment opérée pour bien comprendre ce dont on parle en disant « Lutter contre la sédentarité ». Tout ça nous a été expliqué lors du 1er congrès de l’ONAPS, dont je vous rends compte ici.

Sédentarité peut aller de pair avec sport
La sédentarité ce n’est pas de ne jamais marcher ni rouler à vélo, la sédentarité c’est, en gros, le fait de rester assis longtemps. Ainsi un grand sportif peut-il être sédentaire, un randonneur du dimanche coincé de partout.
La sédentarité est la première cause de mortalité mondiale, et à l’origine d’au moins 20% des cancers du colon et du sein. 
60% des Européens restent trop assis, ce qui leur fait perdre jusqu’à 14 années de vie ! Selon The Lancet, début octobre, l’humanité a gagné 10 ans de vie, oui, mais de vie malade, à cause de la sédentarité (ce n’est vraiment pas malin), de la malnutrition et des infections.
Pas de doute, la sédentarité fait partie des grands fléaux mondiaux (avec l’eau polluée, la sous-nutrition, les pratiques sexuelles dangereuses, les fumées de combustion, etc.), ce dont nous nous préoccupons, en France, seulement depuis quelques années.

Augmenter l’activité physique et duire la sédentarité

On sait désormais qu’il faut à la fois augmenter l’activité physique et réduire la sédentarité.
Pour l’activité physique on peut en trouver dans les clubs ou salles, ou tout simplement en ayant le vélo ou la marche pour mode de déplacement. Ils auraient pu nommer faire le ménage ou le jardin à fond, ou construire un meuble.  Exemple d’action municipale, la Ville du Havre lance le 22 octobre son programme décennal Le Havre en forme.
Pour la sédentarité il faudrait se lever souvent, travailler debout, ou à califourchon sur un gros ballon. On nous a montré des supports d’ordinateurs réglables en hauteur, pour varier les positions, des cantines où l’on peut manger debout, des classes primaires avec un espace de mobilité, des journées d’école qui commencent par de l’éveil corporel.

Rester assis fait grossir, comme ne pas dormir assezzzzzz

La sédentarité c’est bien sûr la vie de bureau, mais c’est aussi la vie devant les écrans. Adultes comme jeunes y passent en moyenne trois heures par jour en plus du travail, et 23% des enfants de moins de 5 ans ont un écran dans leur chambre, surtout chez les ouvriers. Comme en plus ils ne marchent plus pour aller en classe, on voit les dégâts. On le sait, d’ailleurs, les enfants d’aujourd’hui ont 25% de moins de capacité physique que leurs arrières grand-parents, et ne dorment pas assez.

La sédentarité fait grossir, car le travail sédentaire est beaucoup plus « stressant » que le travail manuel, nous a-t-on dit1, il rend le sommeil de mauvaise qualité et mobilise tant d’énergie que le cerveau croit qu’on a fait un effort, et nous donne donc envie de manger alors qu’on n’en a pas besoin2. Jeux vidéos, spectacle de la télévision ou travail sur écran ont en commun d’être une “activité neuro-cognitive” qui limite l’intégration de messages du corps nous disant de moins manger.
Tout se tient. Ainsi le manque de sommeil est-il corrélé à l’obésité, car il provoque une sensation de faim. Or la durée du sommeil a baissé en un siècle de 1 h 15. Déjà, en 2005, 37% des Français dormaient moins de 7 h par nuit.

C’est notre organisation sociale qui est en cause

Et à qui profite cette sédentarité générale ? Aux entreprises qui pressurent leurs employés nuit et jour, samedi et dimanche comme la semaine, grâce à l’internet. Aux marchands de drogues, alcool et tabac, toutes addictions que l’activité physique régulière peut largement atténuer, voir faire disparaître.

Car c’est bien joli mais en plus les dépenses de santé viennent de l’Etat… Heureusement il commence à comprendre les bienfaits de l’activité physique, à tout le moins. Des plans régionaux de « sport-santé » existent dans de nombreuses régions sous l’égide des directions régionales de la santé, et le « sport sur ordonnance » va finir par arriver.
L’activité physique est également efficace, si pratiquée dans une environnement sensoriel de qualité, pour se relever de traumatismes psychiques. Ceux-ci sont appelés à augmenter, vision de scènes filmées, pornographiques ou violentes, présence lors de violences réelles, pertes de repères pour raisons de migrations ou d’éclatement de la cellule familiale …

C’est donc toute notre organisation sociale qui est à revisiter. Le travail par ordinateur, le fait d’habiter « à la campagne pour les enfants », qui tend à rendre asocial à force de rentrer tard à la maison, et même à diminuer la qualité de la relation parentale, l’habitude de faire vite, de façon désordonnée, qui nous fait ne pas aimer aller dormir, le pli de tout vouloir « tout de suite », en achetant plutôt qu’en fabriquant, en n’ayant qu’à prendre, etc.

Faire marcher les citoyens est chose aisée, si on décide

Pour que les gens marchent il faut de la densité et de la beauté. Il faut que l’environnement soit perçu comme un lieu de vie sociale, qu’il ait des caractéristiques esthétiques et d’aménités (services, commerces…) favorables à l’activité physique.
Ce n’est pas pour rien que c’est à Paris que l’on marche le plus de toute la France.

7 mots pour tous

Finalement les scientifiques réunis à Paris ce 12 octobre ont retenu 7 « mots-clés » présentés par le professeur Angelo Tramblay3:

  • Documentation, connaissance des travaux réalisés, c’est ce que fait l’ONAPS
  • Volonté politique, c’est par exemple l’espéré sport sur ordonnance
  • Mobilisation, c’est ce que peut faire chacun lui-même, sans quémander de l’argent aux pouvoirs publics
  • Humanité, car la lutte contre la sédentarité est un facteur de cohésion sociale et d’équité
  • Accompagnement
  • Evaluation, à faire plus systématiquement même sous forme rudimentaire
  • Perspectives, car ne pas quémander ne signifie pas avoir conscience de sa participation à l’économie, comme on aura pu l’évoquer avec les bureaux à hauteur modulable.

***

La sédentarité dans tous ses états. Colloque organisé par l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (ONAPS).
Vidéo de l’intervention du docteur Jean-Luc Saladin et des conclusions du professeur Angelo Tramblay (les 7 mots-clé, à partir de la minute 15.31). 23 minutes en tout.

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Lire aussi :

Notes —

  1. Le travail intellectuel est si fatiguant que quelqu’un dans le public a proposé d’inverser la mesure de la pénibilité au travail. Pour lui les travaux physiques sont maintenant moins pénibles que le travail sur ordinateur.
  2. Dans l’erreur commise par le cerveau sur notre besoin de nourriture il y a une histoire de glucose dépensé lors de l’effort. Ne m’en demandez pas plus…
  3. Professeur Angelo Tremblay, titulaire de la Chaire de recherche en activité physique, nutrition et bilan énergétique à l’université de Laval, Canada, et grand spécialiste de la recherche sur l’obésité.
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5 thoughts on “Etre assis vous tue

  1. Vieux combattant syndical, j’ai été ravi d’entendre, par la voix du remarquable professeur Angelo Tremblay, le maléfice donné aux populations maintenues sous le joug par la séduction des écrans.
    C’est avec ferveur que nous sommes quelques-uns à diffuser, haut et fort, le message vital dont tu as donné ici un brillant résumé.
    La résistance, dont on ne cesse de vanter les mérites au cours de la seconde guerre mondiale, pour mieux nous faire croire qu’elle est devenue inutile, doit continuer, toujours combattue par l’ordre en place. Plus besoin de mitraillettes pourtant. Refusons les écrans, la télévision, devenons tous activement cyclistes, marcheurs et jardiniers…

  2. Ah, cela fait du bien de lire cela! Mais qui invente une société de handicapés physiques (et peut-être pas que…) en promouvant les télécommandes pour tous les objets du quotidien, les moyens de transport motorisés, les achats sur Internet que l’on se fait livrer à sa porte, etc. (et ces voitures où l’on n’a même plus à passer les vitesses, à décider d’allumer les phares ou de mettre les essuie-glace, ni même à conduire, bientôt, pour quoi faire, grands dieux!?)? A qui profite le crime? De surcroît, tout le monde applaudit aux sacro-saintes “innovations” étrangement synonymes de “bien”… Ben oui, c’est éminemment politique, bien sûr, mais quel gouvernant aurait le cran de crier “stop” à toute cette industrie, puisqu’elle crée des emplois, etc. etc.? En plus, les labos pharmaceutiques y gagnent, comme les marchands de vélos d’appartement, les salles de sport (où l’on va en moto, c’est chic)…

  3. Je vais réagir à la fin de ton article, où sont comparés les modes de vie urbains (parisiens) banlieusards et campagnards. Il n’y a pas, de mon point de vue, une situation géographique plus favorable qu’une autre dans la relation enfants / parents. A l’inverse, le niveau social est un vecteur très net de différenciation dans la conscience du devoir envers les enfants au sein de la cellule familiale, sa stabilité et son environnement (voir son influence au dictat des écrans). C’est souvent cette même différenciation sociale, le coût de l’immobilier étant justement une cause, qui crée la différence éducative entre ville, banlieue et campagne.
    Les horaires d’une famille de cadres « au forfait jour » ne sont pas plus propices à une vie familiale convenable que le temps de transport d’une famille plus modeste. Le rôle des grands parents (plus présents chez les gens « éduqués ») est souvent celui qui sauve l’apparence. Les enfants parisiens souffrent aussi, et de beaucoup, j’en suis témoin, de ne pas être en contact avec les réalités de la nature, l’ignorance de ses lois pouvant être mise en regard avec les décisions de nos « élites », qui ont toutes été élevées en cocon urbain, sans savoir planter un haricot, traire une vache et être en lien avec les réalités végétales et animales de l’équilibre planétaire. L’enjeu réel et tabou est l’expansion démographique.
    L’homme est fait pour construire sa maison, faire son jardin, planter des arbres et être l’acteur de son cadre de vie, pour lequel il doit transpirer, marcher et porter les fardeaux! Et c’est bien de ce refus que nous souffrons. Quand les consciences arriveront à rompre avec l’illusion du “sans effort”, des ambitions malsaines et du mondialisme clinquant, on pourra enfin recommencer à vire dans un environnement à notre échelle.

    • Merci Dominique. Je précise juste que je ne faisais que rapporter les propos entendus lors de cette journée, lesquels étaient bien l’idée d’ailleurs connue qu’on marche plus à Paris qu’ailleurs. Pour le reste, je n’en discute pas ici !

  4. J’aurais préféré un autre titre, moins macabre. Être assis ou couché sur un vélo peut malheureusement tuer, comme être en mouvement peut vous sauver la vie.

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