La France, petit pays radin (pour le vélo du quotidien)

véloà1€Est-ce David et Goliath qui exprimeront le mieux ce grand écart? Parlons plutôt de ceux qui la jouent petit bras et grands discours (ou même pas), partons ensemble visiter l’Europe des politiques nationales du vélo, et des sous qui vont avec. La France y fait piètre figure.
Quels moyens financiers pour le vélo en Europe et en France ? 

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Est-ce l’histoire David et de Goliath qui exprimera le mieux ce grand écart, ou ce rapport de force ? Le sujet de cet article, quels moyens financiers pour les cyclistes en France et ailleurs en Europe… ne se situe pas vraiment dans le domaine de la lutte, quoique….
Parlons plutôt de petits bras et de gros braquets selon les budgets disponibles. Car pour atteindre une pratique notable du vélo c’est bien souvent l’argent qui est le nerf de la guerre ou parfois le début de la guerre des nerfs.
Voici un mini tour d’Europe se terminant par la France, laquelle est loin d’avoir les plus gros bras…


Nationaler-Radverkehrsplan-2020Allemagne : de 9 à 24 € par habitant et par an

Le très solide Plan vélo national de l’Allemagne (2012) se donne comme objectif de faire passer la part modale du vélo de 10% en 2008 à 15% en 20201. La dépense annuelle par habitant en faveur de la pratique du vélo est un indicateur parmi d’autres. Le plan national allemand préconise habilement que cette dépense moyenne puisse varier selon la situation d’une commune et de sa région, débutante en matière de politique vélo ou déjà bien lancée ou même plutôt en tête. Selon ces situations il est recommandé de prévoir entre 9€ et 24€ par habitant et par an.
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Gare d'Utrecht.HKPays-Bas : jusqu’à 50% des dépenses prises en charge par l’Etat

Le dernier Masterplan Vélo des Pays-Bas concernait la période 1990 – 1997. Depuis cette date, il est considéré que c’est aux collectivités locales de développer la pratique du vélo. Mais cela ne signifie pas que l’Etat néerlandais a laissé tomber le vélo ! 
D’après ECF, les Pays-Bas dépensaient 24 € par habitant par an en 2012, dont 4€ était financé par l’Etat (soit un total de 49 M€). Fin 2016 le gouvernement a augmenté de 40 M€ le budget destiné au plan pluriannuel d’action pour le stationnement des vélos dans les gares, pour atteindre un total de 261 M€. Les collectivités locales concernées se sont engagées à financer de leur côté au moins la moitié de ces projets. Par ailleurs le gouvernement continue à financer jusqu’à 50% des projets du réseau express vélo.
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DENMARK on your bike ! 2014Danemark : 12 € par habitant et par an
Le Danemark investit, d’après ECF, 12 € par habitant par an, avec une participation de l’Etat de presque 5 € par habitant en 2013. Le gouvernement a dépensé 24M€ par an entre 2009 et 2014 ce qui a permis de financer entre 30% et 50% de projets d’une grande diversité2. Toutefois, dans le dernier plan vélo national du Danemark3, le ministre du transport regrette une diminution de la pratique du vélo et annonce différentes mesures chiffrées pour que plus de monde (re)découvre les nombreux avantages du vélo au quotidien. Le budget voté par le gouvernement en 2014 s’élève à 57 M€.
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get-britain-cycling1Royaume Uni : de 12 à 24 € par personne et par an (?)
Quant au Royaume Uni, le “All Party Parliamentary Cycling Group”, le club des parlementaires cyclistes de tous les partis, a publié une excellente feuille de route en 20134. Il préconise, d’une part, un budget d’au moins 12 € par personne par an pour commencer et de monter progressivement ce budget à 24 € par personne par an et, d’autre part, il préconise d’atteindre les 10% de part modale vélo en 2025 (par rapport à 2% en 2011). 
Ce travail des parlementaires a probablement inspiré le gouvernement qui a publié en 2016 sa stratégie d’investissement pour le vélo et la marche à pied5. Ce choix en faveur de ces deux modes de déplacement réunis mérite d’être souligné.
Le gouvernement estime que les dépenses en faveur du vélo en Angleterre ont plus que doublé, passant de 2,3 € par personne et par an en 2010 à 7 € en 2015. 
Il annonce cependant un objectif assez modeste : poursuivre l’évolution en cours pour pouvoir doubler en 2025 le nombre atteint en 2013 de déplacements à vélo, qui n’était que de 2%, donc n’atteindre que 4% en 2025. Pour y parvenir le gouvernement participe à l’aménagement du territoire anglais pour les cyclistes et les piétons à hauteur de 348 M€ pour la période 2015 – 2020.
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AUTRICHE Plan-directeur-véloAutriche : 4 ou 5 €
Le Masterplan Vélo 2015 – 2025 de la république d’Autriche, bien argumenté, fixe comme objectif 13% de part modale vélo en 2025, contre 7% en 20106. Il constate que la dépense annuelle pour le vélo s’élève à 4 € par habitant au niveau national et que cette moyenne atteint plutôt les 5 € pour les villes principales.


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Les objectifs et les moyens
Ce petit tour européen permet de constater qu’il est toujours mieux d’accompagner les bonnes intentions de quelques objectifs chiffrés … Les politiques nationales évoquées ici intègrent un ou plusieurs de ces objectifs:

  • La part modale du vélo que l’on souhaite atteindre dans l’avenir par rapport à la situation actuelle, avec l’identification de l’année ciblée,
  • La dépense annuelle par habitant en faveur de la pratique du vélo,
  • Un budget voté pour une période donnée.

———————————————————————————————————————————Petit bras et gros braquet.HK

Où en est la France par rapport à tout cela ?

  • Le premier objectif, la part modale du vélo, n’est ni atteint ni suivi. Le Plan national vélo 2012 proposait un taux d’usage global de 10 % en 2020, soit + 1 % par an sur 2012-2020. Cependant, en ce début 2017, il est difficile de savoir où se situe le niveau de la pratique du vélo. Le Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie parle de 3% en 20147, soit déjà 2% en dessous de l’objectif de 2012.
  • Le deuxième objectif, la dépense annuelle par habitant, n’est pas identifié. La moyenne française était estimée à 1,8 € par habitant et par an en 2009 dans l’étude d’Atout France8. Cette étude recommandait par ailleurs un budget de 10 € par an et par habitant, recommandation qui n’a pas été suivie dans le Plan National Vélo de la France (2012) qui n’évoque pas ce sujet.

Les rares données récentes au sujet des dépenses annuelles par habitant sont celles de l’Enquête nationale de 2013 et de 2015 de l’Observatoire des mobilités actives. Les budgets vélo en progression : Le budget annuel moyen alloué à la politique vélo est de 7,7 euros/an et par habitant. Il était en 2013 de 5,8 euros/an et par habitant, indique le Club des villes cyclables, qui tient cet Observatoire.9.
Ce genre d’annonces mérite une mise en garde des lecteurs pressés : il s’agit de la moyenne de seulement 29 collectivités ayant répondu à l’enquête10. Ce sont sûrement les collectivités les plus motivées11 et ayant un véritable budget. Il est donc plus que probable que la moyenne nationale des collectivités se trouve nettement en dessous de 7,7 € par habitant et par an.

D’ailleurs, il importe plus de connaître la dépense globale par an et par habitant de tout le pays que de la moyenne des communes. Pour cela il va falloir se mettre aux calculs de tous les budgets (Etat, collectivités locales, Europe) comme cela a été fait pour la première fois par les Pays-Bas en 200912.

  • Le dernier objectif, celui dun budget voté par l’Etat, est radicalement ignoré. Il est pourtant et évidemment capital. Sans sou cela reste mou.
    La part de l’Etat français dans les dépenses annuelles pour les vélos est sûrement bien faible. Son financement reste néanmoins essentiel pour son rôle d’orientation et d’incitation.

Quand le gouvernement français est en mesure de chiffrer un plan de relance pour les autoroutes à 800 millions d’euros13, il doit bien être également capable de chiffrer sa part dans une politique nationale en faveur du vélo.
Voici quelques exemples pour l’aider dans ce sens, en transformant les différents budgets d’Etat cités ci-dessus proportionnellement au niveau de la population française :

  • Les 348 millions destinés au vélo et à la marche à pied en Angleterre représenteraient 425 millions d’euros pour la France;
  • Les 57 millions d’euros réservés pour les cyclistes danois correspondraient à 660 millions d’euros pour la France;
  • Les 261 millions d’euros de participation de l’Etat néerlandais aux projets de stationnement des vélos dans les gares correspondraient à 1 milliard d’euros pour la France.

Ce ne sont donc pas des miettes, mais bien du pain,
que le prochain gouvernement aura sur sa planche!
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— Notes —

  1. Plan vélo d’Allemagne 2020 : Nationaler Radverkehrsplan 2020.
  2.  Cycling Fund 2014. Danish Road Directorate.
  3. Plan national vélo du Danemark : Denmark – on your bike! The national bicycle strategy. 2014.
  4. Feuille de route publiée par le Groupe cycliste des parlementaires britanniques : Get Britain Cycling. All Party Parliamentary Cycling Group (APPCG), 2013, dont pourrait d’ailleurs s’inspirer le Club des élus pour le vélo, qui existe en France depuis 2012.
  5. Stratégie du gouvernement britannique: Cycling and Walking Investment Strategy. Department for Transport. 2016.
  6. Plan vélo pour l’Autriche : MASTERPLAN RADFAHREN 2015-2025.
  7. Source des chiffres de part modale pour la France : Le développement des modes actifs. LE VELO. >>> l’ expertise française <<< 2014.
  8. GRAND ANGLE – ATOUT FRANCE. Spécial Economie du vélo. 2009.
  9. Source des chiffres de dépenses : Club des Villes et Territoires Cyclables. Votez vélo. Communiqué de presse. 31/01/2017
  10. 29 collectivités seulement, comme le relève le magazine en ligne Actu-environnement.
  11. De même on vient d’apprendre que “45 structures” françaises avaient décidé de payer l’IKV, mais il s’agit du résultat d’un enregistrement volontaire. Quelle valeur accorder à ce genre de recueil de données ?
  12. Combien faut-il dépenser ?
  13. Le Monde, 27 janvier 2017 : un plan de relance (des autoroutes) à 800 millions.
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4 thoughts on “La France, petit pays radin (pour le vélo du quotidien)

  1. “Il est donc plus que probable que la moyenne nationale des collectivités se trouve nettement en dessous de 7,7 € par habitant et par an”. Cette analyse de Hans est très vraie ! Pour exemple dans ma petite ville de Saint-Avold en Moselle (Clou Rouillé FUB 2011), M. le Maire avait refusé de participer aux études de cyclabilité du CVTC (avec proposition d’une étude adaptée à une “petite ville”)… Pourtant l’étude était assez simple et a été réalisée directement par notre Association FUB SaintAvélo. Le résultat a confirmé que Saint-Avold est bien une “ville routière”. Mais, en plus, absolument rien n’évolue en faveur des usagers vulnérables que sont handicapés, piétons et cyclistes…
    La prise en compte de villes comme Saint-Avold ferait en effet nettement baisser le nombre d’euros par habitant alloués à la politique cyclable des villes de France.

  2. La France : pas radine, égoïste. Ceux qui gouvernent État, Région, Départements, EPCI n’ont pas de problème pour se déplacer! Par contre un Français sur 4 à refuse un emploi car il n’a pas le moyen de se déplacer! Pas d’aires cyclables sécurisées = pas de boulot!

  3. Quand on voit que le gouvernement n’est pas capable de trouver 232.000€ pour 6 associations qui font du travail d’utilité publique, pour certains à la demande du ministère d’ailleurs, on se dit qu’on ne vas pas progresser vite (1/3448 du plan de relance autoroutier, quand même, vous ne vous rendez pas compte à quel point la France est en faillite)

  4. et il y a (malheureusement) peu de chance que ça change à court terme… C’est (tout à fait) comme pour la transition sociétale : aux cyclistes d’être le changement qu’ils appellent de leurs vœux, soyons sur les routes, soyons dans la rue, soyons visibles, partout !

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