Paris se voulait capitale du vélo

Il est grand temps. Du Plan vélo, annoncé en 2015, censé faire de Paris la capitale mondiale du vélo en 5 ans, presque rien n’a encore vu le jour, relève l’association Paris en Selle. A mi-mandat, seulement 4% du linéaire prévu a été réalisé, et une partie a été détruite.

En 2014 un questionnaire par internet demandait leur avis aux Parisiens sur le type d’aménagements cyclables qu’ils souhaitaient. Avec environ 7000 réponses, les pistes cyclables1 sont majoritairement demandées, devant tous les autres modes de « partage » de l’espace. Elles rassurent les cyclistes novices et les cyclistes venus de villes plus calmes.

En mai 2015, le plan vélo est voté au conseil de Paris; il doit permettre d’atteindre 15% de la part modale à la fin du mandant, en 2020, soit une multiplication au moins par 3 du nombre de cyclistes dans les rues en à peine 5 ans. Il est prévu de dépenser 150 millions d’euros, soit, selon les calculs de l’association, de l’ordre de 14 € par an et par habitant, ce qui n’est pas si mal2. M. Najdovski clame alors que Paris sera « la capitale du vélo ».

En 2016, Christophe Najdovski, adjoint aux transports, déclare que 2016 sera l’année du vélo.

En janvier 2017, Anne Hidalgo, maire de Paris déclare que 2017 sera l’année du vélo.

Il ne reste plus que 3 ans avant les prochaines élections municipales, c’est donc la période de la dernière chance.

L’association Paris en Selle3 affiche sa préférence pour les aménagements « en dur » qui s’adressent en priorité aux cyclistes apeurés, ceux qui arrivent de petites villes ou qui débutent, ceux qui doivent prendre la relève et grossir les rangs des cyclistes parisiens.

Tant mieux, le réseau express vélo4 est au coeur des infrastructures prévues. Mais à ce jour seulement 2 -courtes- pistes cyclables de type REV ont été réalisées, sur le boulevard Bourdon et aux pieds de la BNF, de 400 mètres environ chacune, dont la qualité est irréprochable, mais qui restent isolées. Un morceau a failli être abandonné à la porte d’Orléans (et l’aurait été sans l’intervention de l’association), celui de la rive gauche de la Seine tarde à voir le jour, celui de la rive droite ouest semble abandonné.


Les stationnements de proximité et aux gares sont également prévus, mais extrêmement peu a été réalisé, marginalement à Saint-Lazare, rien gare du Nord, pas très bien à Rosa-Parks5 et petit à Montparnasse. On évoque deux projets d’ampleur aux gares de Lyon et Montparnasse, mais rien n’est encore engagé. Quant au stationnement de proximité rien n’est encore sorti.

En février 2017, l’association constate que 48% du temps de ce mandat s’est écoulé et que 4% du plan vélo a été réalisé.

31% des zones 30, presque toutes à l’est (hors Plan vélo proprement dit); une belle piste à la porte de Choisy, mais qui s’arrête brutalement; une très petite amélioration sur le boulevard Magenta6 (en orange sur la carte ci-dessous), où les passages piétons sont mieux marqués, un bout de couloir bus autorisé aux vélos dans le 7°… Certains axes, comme le boulevard Saint-Germain, semblent abandonnés. Ce qui est réalisé l’est par petits bouts, alors qu’il vaudrait mieux faire des axes continus d’un coup, car un petit bout par-ci par-là ne sert à rien, évidemment. Un seul axe qui traverserait Paris prouverait à lui seul la pertinence d’axes d’une dizaine de kilomètres, se prennent à rêver Simon Labouret et Charles Maguin, les orateurs de l’association.

L’association sait bien que les études prennent du temps, mais au-delà elle pense qu’il y a un déficit de conscience des moyens à mettre en place (l’équipe technique dédiée au vélo est, après renfort récent, composée de 2 personnes !), et aussi un grave déficit d’investissement politique. Elle reconnaît à M. Najdovski, l’adjoint aux transports, le mérite de travailler et d’écouter, mais déplore qu’il n’y ait pas de « monsieur-madame vélo » bien identifiée. Il n’est pas étonnant qu’elle lorgne sur Londres (et ses REV), Amsterdam ou Copenhague.

A Paris 4% seulement des déplacements pour le travail se font à vélo, a révélé l’INSEE7. La marge de progression est énorme. En créant cet observatoire du plan vélo l’association Paris en Selle veut mesurer les progrès au jour le jour, au-delà des annonces. Il lui faudrait aussi mesurer les reculs8. Mais parions que, de la même façon qu’en 20039, la proximité d’un congrès international10 viendra précipiter les choses !

Paris, le piège de la piste démolie

Observatoire du Plan vélo parisien.
Association Paris en Selle.

Le Parisien, 17 février (le 18 dans l’édition papière): L’association de cyclistes traque les retards du plan vélo.

— Notes —

  1. Piste cyclable : piste dont la séparation d’avec le trafic motorisé est matérialisée en dur, muret, banquette, etc.
  2. Sur les sommes à dépenser, il est entendu que ceci est la fourchette basse, mais que très peu de villes françaises l’atteignent. Voir notre article La France, petit pays radin.
  3. L’association Paris en Selle s’est créée en 2015 et renouvelle le style de l’action pro-vélo à Paris par son usage des réseaux sociaux et la jeunesse de ses adhérents. Elle s’est illustrée notamment par son action efficace pour faire adopter des projets pour le vélo lors des 2 derniers budgets participatifs.
  4. Réseau express vélo, REV : réseau de pistes cyclables de grande longueur et de confort excellent, larges et sans arrêts, un peu comme des voies express. 4 de ces axes sont prévus au Plan vélo.
  5. Le garage à vélos de Rosa-Parks, gare de RER et tramway toute neuve au nord de la ville, est difficile d’accès, selon l’association.
  6. Le boulevard Magenta fonctionne comme repoussoir pour la communauté cycliste parisienne. Ce sont des pistes créées sur le trottoir dans un secteur à très forte densité piétonne, réalisation du 1er mandat de B. Delanoë, maire de 2001 à 2014, l’écologiste Denis Baupin étant son adjoint aux Transports.
  7. Sur l’enquête du recensement de 2015, voir notre article velo-boulot=mollo.
  8. Dans le 16° arrt la belle piste « des fortifications » a été coupée en deux, lui enlevant son utilité. Voir notre article Paris, le piège de la piste démolie.
  9. En septembre 2003 Paris avait reçu le congrès international Velo-city. Cela avait provoqué la réalisation bâclée des premiers aménagements de la mandature, inaugurée en mars 2001, afin que l’on ait quelque chose à montrer aux visiteurs. Il a fallu en refaire certains peu après en plus solide !
  10. Le club des villes cyclables a baptisé « international » son prochain congrès, en octobre prochain, qui en outre se tiendra pour la première fois à Paris.
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4 thoughts on “Paris se voulait capitale du vélo

  1. « A Paris 4% seulement des déplacements pour le travail se font à vélo, a révélé l’INSEE. » -> Peut-être que certains esprits chagrins se sont dit alors que 4% du budget initialement prévu était suffisant ? Ok, je sors… 😉

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