Paris, première décrue pour les motos

couvSelon l’Hôtel de Ville de Paris, en 2015 les deux-roues à moteur ont amorcé leur baisse dans la capitale. D’après les comptages, toujours aux mêmes endroits depuis des années, ils ont baissé de 7% en 2015, pendant que la circulation automobile ne baissait que de 3%.
La même année, les places de stationnement à l’air libre pour « deux-roues » augmentaient de 2%, les abonnements de stationnement dans les parcs publics baissaient d’autant et il y a eu 4 alertes à la pollution ainsi que 12 atteintes du seuil d’information (Sur la pollution j’ai ajouté deux illustrations et un lien). 
Le Bilan annuel des déplacements parisiens pour 2015 nous donne des chiffres sur de très nombreux sujets, parmi lesquels le vélo, la marche et les accidents de la circulation. 3 mars : Le vélo revient, le piéton disparaît sur la couverture!!! Voir dans les notes.

Des distances de mouchoir de poche

Ainsi on voit qu’à vélo on ne parcourt même pas 2 km et demi, en moyenne, et qu’on prend les transports pour faire 4 ou 5 km. La marche et le vélo totalisent 55% des déplacements, mais ça ne veut pas dire que les Parisiens soient sportifs. La moyenne d’un déplacement à pied est de … 400 mètres. Cela signifie surtout que Paris est une ville « marchable », c’est-à-dire où l’on trouve de tout partout, services, commerces, habitat, écoles, etc. C’est une ville où tout peut se faire à pied, c’est en cela qu’elle est « marchable ». Cela est lié à son extraordinaire densité, la plus forte d’Europe, et sans que cela se voit car son urbanisme est très contrôlé, depuis le baron Haussmann1.

Le permis de conduire bientôt au musée?
Quoi qu’il en soit il y a au moins une bonne nouvelle, c’est que la baisse de la possession du carton rose continue. Si 42% des jeunes Parisiens l’ont, plus de la moitié s’en fiche ! 
D’ailleurs la circulation automobile n’a pas arrêté de diminuer depuis 2001 (arrivée à l’Hôtel de Ville des Socialistes, et surtout date butoir des statistiques publiées ici). Leurs vitesses baissent aussi, sauf en août, pour atteindre la très honorable moyenne, en journée, de même pas 15 km/heure, et 39 sur le périphérique. Le lundi il y a 3% de moins de circulation dans les rues, et je peux vous dire que dans mon quartier ça se sent.

Stagnation du vélo, gloire bientôt fanée de la moto
Le linéaire d’aménagements cyclables a très peu augmenté en 2015 (et encore faut-il savoir ce qu’on compte), et le nombre de vélos est resté à peu près stable alors que ça augmentait régulièrement, bien que faiblement, depuis 2009. Les vélos sont toujours plus nombreux que les vélibs (qui sont quand même pas loin de 40 % des « deux-roues non motorisés » pour parler un peu techno), et leurs heures de pointe sont les mêmes, 8 – 10 h et 18 – 20 h.

Déplacements motos

Mais si on compare les vélos aux motos, alors – là, catastrophe, c’est le triomphe des motos et cyclo-moteurs: 62% des deux-roues, c’est-à-dire un peu plus que les vélos. Heureusement qu’ils baissent2! Il paraît aussi qu’on les voit de moins en moins dans les couloirs de bus (attendons les années suivantes pour voir, car la surveillance de la circulation a très fortement baissé depuis la fin 2015). En 2015 on avait continué à leur offrir plus de stationnements sur chaussée, alors que le nombre n’avait pas augmenté pour les vélos.

Motos-couloirs bus

Stationnement des vélos / utilisation du vélib
Nous le savons, le stationnement est le facteur principal dans l’habitude de choisir un mode de déplacement. A Paris, fort peu de place dans les immeubles d’habitation, et … 578 places pour vélos dans les parcs publics (et encore certaines ne sont accessibles que par un ascenseur trop petit pour y caser un vélo !!!). Il n’est donc pas étonnant d’en voir tant dormir dehors, et de voir que les abonnements à vélib augmentent encore pour les longues périodes, et baissent pour la journée (bien que représentant l’écrasante majorité) et la semaine.
Ce sont les jeunes mecs qui squattent les stations de vélib : « Les abonnés longue durée du système Vélib’ sont en majorité des hommes entre 26 et 45 ans qui résident à Paris. Leur moyenne d’âge est de 36 ans. » A 30% ils sont utilisés pour aller ou revenir du travail, tous les autres motifs sont aux environ de 10% (faire du sport, se balader, faire des achats, aller à une sortie, aller à un rendez-vous de boulot, etc.).
Contrairement à ce que nous croyions, les vébilistes ont moins d’accidents que les vrais cyclistes : « les 161 victimes cyclistes utilisant Vélib’ représentent 25% de l’ensemble des victimes cyclistes en 2015, alors que la part des cyclistes Vélib’ dans la circulation, parmi l’ensemble des cyclistes, (était) de 46%. » On les croyait imprudents par ignorance, ils sont peut-être prudents par manque d’habitude.

Les cyclistes parigots sont aussi banlieusards
Ah, mais qui sont nos cyclistes de la capitale ? 64 % sont Parisiens, ce qui veut dire que pas loin de 40% franchissent les barrières. 60 % sont des hommes, et, tous sexes compris, 8% seulement sont vieux ou bientôt.

Ces données sont compilées chaque année par un service de la mairie de Paris. Il faut les attendre un peu, mais ça vaut la peine. On y voit plein de choses.

Déclin contrasté d’autolib’, nombre dérisoire de voitures privées électriques
Par exemple on voit que le succès d’autolib avait déjà commencé à décliner en 2015, pour tous les types d’abonnement, que là encore les hommes sont majoritaires (63%), mais que le nombre de sorties, lui, avait beaucoup augmenté : + 29% entre 2014 et 2015, soit une location toutes les 5,3 secondes en 2015 contre 1 toutes les 15 secondes en 2012. En tous cas ce n’est pas pour rien, la longueur moyenne d’un déplacement est de presque 10 km; la proportion d’usage exclusivement dans Paris baisse. 
Enfin, nous le savons tous, la maire de Paris partage avec la ministre de l’Environnement une passion compulsive pour l’électrique. En 2015, 80 169 recharges de véhicules privés ont été effectuées dans des stations Autolib’, soit 358 par jour en décembre, le mois le plus fort, ou, autrement compté, pour 3220 abonnés.

Le stationnement auto sur la chaussée, principale et injustifiée source de tension 

On voit aussi que l’essentiel du stationnement automobile se trouve dans les immeubles (64%), 10% dans les garages privés, 9% dans les parcs publics (concédés) et 18% sur la chaussée. Cette part, sur laquelle se focalisent toutes les tensions (avec la propreté des trottoirs) n’avait quasiment pas baissé entre 2014 et 2015. 
Ce qui est intéressant c’est aussi de voir que les voitures des parcs concédés sortent de moins en moins, et que les accidents baissent aussi : « On constate une diminution du nombre total d’accidents corporels (- 6%) et du nombre total de victimes (- 8%) à Paris par rapport à 2014, ainsi que du nombre de blessés légers (-9% soit 632 de moins).

« Les usagers les plus vulnérables sont en majorité les deux-roues motorisés et les piétons. »
En revanche « le nombre de tués (+ 21%, soit 8 tués de plus) et de blessés graves (+ 8% soit 49 de plus) augmente. (…) La gravité des accidents à Paris demeure bien inférieure à celle du milieu urbain français dans son ensemble. » En 2015 on aura recensé dans Paris 4705 accidents de voiture, 752 de vélo, 1596 de piétons (le nombre de blessés graves ayant augmenté) et 3487 de motos. Blessés et tués additionnés, cela donne 3306 motards, 1609 piétons, 1418 automobilistes et 640 cyclistes. (Précisons que les cyclistes sont certainement plus accidentés que ce que permettent de voir les constats, puisque souvent ils n’en font pas, et que la plupart des chutes de piétons ne sont pas non plus enregistrées, alors que le moindre pépin en motorisé fait l’objet d’un constat pour peu qu’il n’ait pas lieu tout seul. Mais rappelons aussi que les cyclistes tués ne sont jamais plus de 2 ou 3 par an dans Paris.)

victimes d'accidents
« Les personnes âgées constituent une part prépondérante (76%) des piétons tués. Le taux de gravité des accidents de piétons en 2015 (14,2%) est supérieur à celui de l’ensemble des accidents (12,1%). » C’est bien ce que j’ai constaté ces 3 dernières années dans le XV° arrondissement.
« Le taux de gravité des accidents de vélos en 2015 est de 7,7%. Ce taux est inférieur à celui de l’ensemble des accidents à Paris (12,1%). Les 161 victimes cyclistes utilisant Vélib’ représentent 25% de l’ensemble des victimes cyclistes en 2015, alors que la part des cyclistes Vélib’ dans la circulation, parmi l’ensemble des cyclistes, est de 46% en 2015. »

Accidents

Il y a encore plein de données dans ce toujours excellent fascicule, sur les autocars de tourisme, sur les taxis, les bateau-bus, sur les nuits d’hôtel, même, et sur la fréquentation des principaux « sites culturels ». Vous trouverez aussi le nombre de camions, le trafic sur la Seine, et plusieurs pages sur la pollution3 puis sur le bruit (mais pour lequel je ne vois que 13 points de mesure).

couvBrochure en entier Bilan des déplacements
téléchargeable sur le site de la mairie de Paris
dans « Ces éléments pourraient aussi vous intéresser« .

Lire aussi :

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— Notes —
Le 1er mars … Rue de l’Avenir repère que la couverture a changé !!! Rue de l’avenir‏ @ruedelavenir 1 mars @CapitaleMoto @isaduvelo apparition d’un vélo sur la couverture du document ! (et là c’est le piéton qui a disparu !!!)

  1. Sur la planification urbaine de la ville de Paris, voir la formidable exposition que présente en ce moment le pavillon de l’Arsenal.
  2. Pour Frédéric Héran, auteur du livre Le retour de la bicyclette, la baisse des motos et scooters est surtout due au risque très élevé d’accident.
  3. Voici l’occasion de vous montrer une illustration très parlante.
    Par ailleurs en juin dernier Le Monde publiait un éclairant article Combien de temps devez-vous pédaler en ville avant que la pollution n’annule le bénéfice de votre effort ?, et donnait des comparatifs entre les plus grandes villes du monde (signalé par Patrick Frenay)

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2 thoughts on “Paris, première décrue pour les motos

  1. Lors d’un récent reportage sur Public Sénat, on a eu un bel échantillon de la civilité, de la courtoisie, et du partage de la rue dont font preuve certains conducteurs de 2 roues à l’égard des cyclistes à Paris… Je parle par euphémisme, vous l’aurez compris.
    C’est quotidiennement qu’il faut subir des comportements à risque, des empiètements sur les voies réservées aux cyclistes, sur les trottoirs, assortis d’insultes voire de menaces physiques si on ose leur faire remarquer. Et comme j’ai aussi dû utiliser un scooter pour me rendre à mon travail de nuit en banlieue (il y a assez longtemps), je peux aussi témoigner du fait que beaucoup n’épargnent pas celles et ceux qui essaient de respecter les limites de vitesse, le code de la route, et les autres usagers.

  2. Oui, c’est malheureusement vrai, et le dénominateur commun de toutes ces incivilités semble être, sans véritable surprise, un profond mépris pour tout ce qui est moins rapide et moins gros qu’eux, une forme de pathologie aiguë du « toujours plus vite »…qui se termine tristement parfois par le repos éternel…

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