Ce pays où les enfants ne jouent pas

1/3 des enfants de France ne jouent pas dehors (hors récréation, sans doute), et jusqu’à 2/3 dans les quartiers populaires. Les conséquences sanitaires en sont terribles, comme nous le montre le dernier rapport de l’observatoire de l’activité physique et de la sédentarité.
La France est pleine d’obèses qui ne bougent pas.

——–1—-Triste vie———————————-

Pas de jeux———
Les jours d’école, entre 30 et 40 % des enfants âgés de 3 à 10 ans ne pratiquent pas ou presque pas de jeux de plein air. Les jours sans école c’est un peu mieux, ils ne sont plus qu’un peu plus de 10% à ne pas jouer dehors. Vu autrement, 10 à 15 % de nos gamins ne sortent pas jouer, même les jours de congés.

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Enfants avec aucun jour où ils ont joué (en 2006) :
30% pendant les jours scolaires, 15% pendant les jours de congés

Plus la ville est grande, moins les enfants jouent.
Dans l’agglomération parisienne, seuls 30% des enfants pratiquent des jeux en plein air au moins deux fois par semaine. 70% de ces enfants ne jouent donc que parfois dehors. Dans les quartiers « prioritaires », la situation est encore pire.

Même situation chez les ados, seulement 31% ont au moins 1 heure par jour d’activité physique libre. Cela diminue avec l’âge et finalement 12 à 22% des garçons et 22 à 35% des filles de 15 à 17 ans présentent un trop faible niveau d’activité physique.
Cependant les deux tiers des collégiens pratiquent un sport en dehors de l’école, ce qui n’est pas la même chose que d’avoir de l’activité physique au quotidien (voir la différence entre la sédentarité et l’activité physique dans l’article Etre assis vous tue. Vous y verrez que le sport ne remplace pas l’activité physique du quotidien.).

Seulement 42 à 63% des garçons et 19 à 24% des filles de 15 à 17 ans ont une activité physique suffisante pour leur santé, plus élevée au sud qu’au nord et dans l’est plutôt que dans l’ouest, et plus les hommes que les femmes. Cette activité est davantage liée au travail qu’au loisir ou au cadre scolaire.

Chez les adultes un tiers a un niveau d’activité physique trop faible, les femmes plus que les hommes, et chez ces derniers la situation s’aggrave avec l’âge. L’activité physique est toujours plus importante en zone rurale qu’en zone urbaine, et, pour le travail, on s’en doute, plus chez les sans-diplôme que chez les bac+2.

Ni marche ni vélo————
Dans l’activité physique on compte les déplacements, et aujourd’hui 70% des enfants viennent en auto ou en bus, avec d’assez fortes différences régionales (En Alsace ils sont 40% à venir en classe à vélo ou à pied, déjà moins de 30% en Lorraine, moins de 20% en Poitou-Charentes.), or 45% des jeunes ont moins de 2 km à parcourir !
Tous âges confondus il en est de même, entre deux-roues à moteur, transports publics et automobile.
Concernant les politiques en faveur de la marche, notons que les hommes marchent moins que les femmes mais qu’ils sont plus souvent cyclistes. La structure urbaine a une nette influence sur les niveaux de ces pratiques, comme on le sait dès qu’on parle de Paris, par exemple, mais globalement en France la part de la marche dans les déplacements n’est que de 22%, une misère, et diminue avec l’augmentation du revenu!

Addiction aux écrans———–
Dès la petite enfance la surcharge pondérale est directement corrélée à la faiblesse de l’activité physique et au temps passé devant un écran. Les enfants obèses ont souvent un écran (TV, jeux etc) dans leur chambre et passent plus de 3 heures par jour devant. Ceci est corrélé avec le niveau social des parents.
De 3 à 17 ans la durée moyenne passée devant un écran est de 3 heures par jour, cela augmente avec l’âge et c’est encore plus marqué chez les garçons que chez les filles.

Sédentarité – réalité virtuelle – obésité nous tenons là le secret de l’évolution de nos sociétés … (On commence à savoir par ailleurs que l’abus de « digital » désorganise cerveaux et sociétés.)

————–2Mauvaise santé————————-

Obésité——————-
3% de nos moins de 17 ans sont obèses, 14% trop gros, et ça a commencé dès la maternelle.
« Dans l’enquête réalisée en 2009 pour les enfants scolarisés à Paris dans le secteur public, la surcharge pondérale (surpoids ou obésité) des élèves de grande section de maternelle est plus importante chez les enfants scolarisés en « quartier prioritaire » [de la « politique de la ville »]. En effet, elle s’élève à 15,8% chez les élèves des quartiers « prioritaires » contre 10,4% chez les élèves des quartiers « non prioritaires » (Figure 54). »

10% en surpoids et 2,7 % d’obèses à Paris dès le CE2 (en 2009). 13,7% et 5,5% en quartier populaire !

En 3° nous avons plus du quart du territoire avec presque 20% de gros gosses et plus de 4% d’obèses.

La surcharge pondérale augmente avec la diminution du niveau d’éducation des parents et dans les zones dites « prioritaires », et cela s’agrave au cours du temps. « La prévalence de la surcharge pondérale et de l’obésité a augmenté entre 2001 et 2009 chez les élèves de troisième issus des collèges relevant de l’éducation prioritaire, alors qu’elle est restée plutôt stable chez les autres. »

Chez les adultes vous ne serez pas surpris d’apprendre que 15% sont obèses, que bientôt 40% des hommes sont trop gros et que le tout est davantage dans le nord que dans le sud, et chez les pauvres que chez les riches. « La prévalence de la surcharge pondérale est particulièrement élevée chez les bénéficiaires de l’aide alimentaire. « et de façon encore plus marquée chez les femmes que chez les hommes. Est-ce l’effet du type de leur activité professionnelle ?

—————–1 + 2 = Maladies——————-

La sédentarité et l’obésité se conjuguent pour vous donner une très mauvaise santé. Les risques cardiaques, les décès par maladie vasculaire cérébrale, les diabètes, y sont directement corrélés, tout comme le cancer du sein, du poumon, du colon, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques.
Au-delà des statistiques il faut clairement considérer l’activité physique pour son effet préventif, et ceci même si bien d’autres facteurs augmentent les risques de maladies graves (alcool, prédisposition génétique, exposition aux oestrogènes…).
Par exemple l’activité physique est associée à une diminution du risque de cancer du côlon de l’ordre de 25%, et à une amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de sclérose en plaques.

—————-1 + 2 + 3 =Conclusions  joyeuses——————–

Voici quelques données agréables révélées par cet état des lieux qui devrait paraître chaque année. La France est pleine d’obèses qui ne bougent pas, et qui le payent en maladies.
 Nos enfants devraient jouer dans la rue, et nous devrions marcher et rouler, agir et bricoler, jardiner et courir après les oiseaux, papoter avec nos voisins et leur donner des coups de main.
Ce serait de la vraie « mixité sociale », avec entraide et complémentarité, et meilleure capacité à réagir en cas de coup dur.
Mais pour ça, il faut … en finir avec l’addiction à l’automobile, avais-je besoin de mettre les points sur les « i »?

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ÉTAT DES LIEUX DE L’ACTIVITÉ PHYSIQUE ET DE LA SÉDENTARITÉ EN FRANCE 2017
Corinne Praznoczy, Céline Lambert, Charlotte Pascal, ONAPS, Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité – Rapport. 130 pages.
Document entier, avec statistiques détaillées, sources et références scientifiques … à télécharger sur le site de l’ONAPS.
Le lire est indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à ce sujet, mon article n’en est qu’un fort superficiel reflet.

A noter : le décret « Sport sur ordonnance » entre en vigueur ce jour. ———
Il s’agit du décret n° 2016-1990 du 30 décembre 2016 relatif aux conditions de dispensation de l’activité physique adaptée, prescrite par le médecin traitant à des patients atteints d’une affection de longue durée, paru au Journal Officiel du 30 décembre 2016 sous le numéro 0304. Informations sur le site Orthorunsport.over-blog.com. La Médecine enfin autorisée à inclure l’activité physique dans ses prescriptions.

A lire aussi (plus facile à lire) :

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3 thoughts on “Ce pays où les enfants ne jouent pas

  1. Etude très intéressante qui plaide pour stimuler l’activité physique des enfants…. mais le gouvernement va rendre le casque obligatoire pour les enfants faisant du vélo ! Il développe ainsi une culture de la peur de l’activité physique.

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