Véloroutes et voies vertes, repères chronologiques

Le programme des véloroutes françaises connaît un succès phénoménal, dû à sa rentabilité économique. Vous devriez être intéressés par cette présentation des origines, des hésitations et des responsables nationaux actuels.
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*Véloroutes et voies vertes en France, repères chronologiques*
par Isabelle Lesens, mars 2017
 

1976 à 1983 ———–Le mythe des Landes à vélo—————-


  • Articles de Michel Delore dans Le Monde sur « les Landes » à bicyclette, où il décrit le réseau de l’époque, surtout fait des pistes en plaques de béton que les Allemands avaient utilisées pour leurs motos. Il fait de ces « Landes » (en fait la Gironde) un véritable mythe pour cyclotouriste.

1980 Création de la FUBicy à Strasbourg par Jean Chaumien. Aujourd’hui Fub.
1989 Création du Club des Villes Cyclables à Bordeaux par Hélène Desplats. Aujourd’hui Club des villes et territoires cyclables.

1993 Le concept émerge dans quelques pays voisins

  • Premiers guides de véloroutes. Je connais à cette époque :
    St.Jacobs fietsroute, Haarlem – Tours et Tours – Pyreneeën par Clemens Sweerman
    LF1 Noordzee-route, littoral belge + Pays-Bas jusqu’à Den Helder.
  • Auparavant existaient déjà des livrets sur les pistes cyclables interurbaines de Suisse.
  • La FFCT créé le concept de « cycloroutes », itinéraires de longue distance radiales et destinées à des pratiquants plutôt sportifs.

1994 Déclarations au plus haut niveau, création du nom et diffusion du concept
 en France

  • Michel Barnier, à peine nommé ministre de l’Environnement, parle de cycloroutes sans savoir que le mot était pris. Il est donc amené à adopter celui de véloroutes.
  • Décembre: Les ministres chargés de l’Environnement et de l’Equipement créent le comité national de suivi de la politique vélo
  • Danemark : Lancement des 9 véloroutes nationales (peut-être même avant).

1995 La Belgique et l’ECF comprennent l’intérêt du concept

  • Octobre, Belgique : Michel Lebrun, Ministre de l’Aménagement du Territoire et des Travaux Publics, lance officiellement le programme RAVeL (Réseau autonome de voies lentes) en Wallonie. Ce programme s’inscrit dans un mouvement européen de création de voies lentes dont la Wallonie fut pionnière.
  • La fédération européenne des cyclistes ECF lance le concept d’eurovelo et s’engage sur 15 routes pour fin 2020.

1996

  • Fondation à Namur de l’asbl Chemins du Rail qui s’attache à la préservation et à la mise en valeur des anciennes lignes ferroviaires et vicinales et à leur transformation en voies vertes pour les usagers non motorisés : piétons, cyclistes, cavaliers, personnes à mobilité réduite, rolleurs, …
    L’association encourage également la sauvegarde du patrimoine ferroviaire : balises, signaux, bornes, tunnels, gares, … Gilbert Perrin en est le président et principal animateur.
  • Création de CyclotransEurope, qui promeut une véloroute internationale allant de Norvège jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle.
  • Création de l’association des départements cyclables, devenue Départements & régions cyclables, par Jean-Marie Lorenz (†), conseiller général du Bas-Rhin.

1997 ——–Givry- Cluny———————

  • Création de la piste de la Bourgogne du sud, 44 km d’un coup (plus tard prolongée des deux côtés, avec le tunnel du bois clair au sud, 1,6 km). C’est André Gentien, maire de Buxy (sur le parcours) et conseiller général, qui en fut l’initiateur.
    Le succès est immédiat et interpelle largement. Cette voie marque le vrai commencement de toute la politique nationale des véloroutes.
  • Mai : Abbaye de Val-Dieu (Aubel, Belgique) « Premières Rencontres européennes du Trafic lent et des Chemins du Rail ». Décision de fonder l’Association Européenne des Voies Vertes (AEVV).
  • Création de lAF3V association française des véloroutes et voies vertes, par le Bourguignon Jean-Paul Lepetit, à l’occasion de cette rencontre et parce qu’aucune autorité n’était là pour représenter la France.

1998

  • 8 janvier, Assemblée constituante de l’association européenne des voies vertes, AEVV. Les statuts ont été signés par 17 représentants d’institutions (dont la Région Wallonne et la Fondation des chemins de fer espagnols) et d’associations de plusieurs pays européens, dont l’AF3V. Le premier président est Joachim Jimenez, directeur de la fondation des chemins de fer espagnols.
  • 15 décembre : Premier schéma national des itinéraires cyclables d’intérêt national, grâce à la présence d’esprit et au savoir-faire de Jean-Marie Tétart (alors conseiller général des Yvelines et fonctionnaire au ministère de l’Equipement) lors d’un Comité interministériel d’aménagement et de développement du territoire (CIADT). Deux options étaient présentes, celle de donner des labels ou celle de dessiner un schéma national, option que JM Tetart a contribué à mettre en œuvre, et qui sera suivie de l’inscription des voies vertes dans certains contrats de plan.

2000

  • 12 septembre, l’AEVV lance la Déclaration de Lille dont le souhait est la création d’un « Réseau Vert Européen » réservé aux usagers non-motorisés, combinant majoritairement des voies vertes permettant des itinéraires continus de grande distance et un maillage local pour le déplacement et les loisirs.
    A cette occasion la Définition internationale des Voies Vertes est arrêtée : Voies de communication autonomes réservées aux déplacements non motorisés, développées dans un souci d’aménagement intégré valorisant l’environnement et la qualité de la vie, et réunissant des conditions suffisantes de largeur, de déclivité et de revêtement pour garantir une utilisation conviviale et sécurisée à tous les usagers de toute capacité.

2001 —-Mission nationale des véloroutes et voies vertes———

  • Création de la mission nationale véloroutes et voies vertes chargée de mettre en œuvre le schéma national. La circulaire interministérielle (31 mai) comprend le cahier des charges qui propose les caractéristiques techniques du réseau national de véloroutes et voies vertes à réaliser, et engage la mise en oeuvre du schéma national des véloroutes et voies vertes avec en particulier l’élaboration des volets régionaux.
 La nomination du premier chargé de mission n’interviendra que deux ans plus tard.

2003

  • Jean-Marie Berthier anime la Mission véloroutes et voies vertes, MN3V. Il est isolé et sans moyens. 
En 2007 Jean-Louis Pons lui succèdera jusqu’à sa retraite fin septembre 2014, toujours au sein du ministère de l’Environnement. Il anticipe de quelques mois son départ, désabusé de ne pas arriver à obtenir la modification de la définition officielle des voies vertes.

« Dans la définition, elles sont interdites à tout véhicule sauf aux vélos. Ingérable, inutilisable, évidemment. Il voudrait qu’elles soient au service du pays traversé, que les véhicules de service, ceux de secours, ceux des riverains, puissent y passer. Plus simple encore, il propose que les voies réservées soient d’office autorisées aux vélos, toutes d’un coup et sans autre changement. Ça éviterait par exemple que le chemin du canal de Bourgogne, partie du Tour de Bourgogne, soit interdit aux vélos sur la moitié de sa longueur… « (blog Isabelle et le vélo)

  • L’AF3V publie son 1er guide : « Catalogue touristique ». 83 tronçons.

2004


  • Septembre, définition des voies vertes par décret. Elles sont totalement interdites à la circulation motorisée. Le panneau sera créé plus tard.
  • Octobre, au congrès du CVC : Jean-Marie Tétart, qui fut le 3° chargé de mission interministériel vélo (après moi puis Jean Chaumien), cite Isabelle Lesens, Pierre Lortet et Michel Delmotte parmi les « ancêtres » des véloroutes en France.
  • Dans le cadre des PDU l’état finançait jusqu’à 35% les réseaux cyclables d’agglomération (hors région parisienne). En 2004 et 2005 il n’y aura rien.

2006

  • L’AF3V publie son 1er guide des véloroutes et voies vertes. 4° en 2010
  • Avril, nomination de Hubert Peigné coordonnateur interministériel pour le développement de l’usage du vélo.

2007

  • Création de l’Observatoire des véloroutes par l’ADC, qui deviendra DRC pour départements et régions cyclables. L’observatoire avait été précédé d’un diagnostic, en 2005-2006, avec le club des villes cyclables, la fédération des Pays touristiques et la MN3V.

2011 Adam Bodor nommé responsable véloroutes à ECF

2012 1e Conférence européenne “EuroVelo, Voies vertes et Vélotourisme” 26 septembre 2012 – Nantes.

2013

  • Création de France vélo tourisme, groupement de professionnels et de collectivités territoriales, à l’initiative de l’Etat qui ensuite ne prendra pas les moyens d’y jouer un rôle. Sa mission essentielle est de promouvoir le tourisme à vélo en France.
 Ses fondateurs sont finalement des experts du tourisme et de la filière vélo et les trois grandes fédérations touristiques que sont :

Fédération Nationale des Comités Régionaux du Tourisme (FNCRT)
Réseau national des destinations départementales (RN2D)
Offices de Tourisme de France (FNOTSI).

2014 ———-L’Etat français se retire———————–
A la fin de l’année il n’y a plus de mission nationale (voir plus haut), puisque Jean-Louis Pons n’a jamais été remplacé.

2016
Décret n° 2016-1071 du 3 août 2016 relatif au schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET). Il en fixe les modalités de mise en oeuvre. Le réseau cyclable peut y figurer. Les thèmes et l’articulation sont librement décidés par la région, dans les domaines de compétence du schéma.

En 2017…
5 ou 6 entités se partagent (ou se disputent) aujourd’hui la responsabilité des véloroutes et des voies vertes en France. L’association des départements cyclables (institutionnels), l’AF3V (citoyens), et France vélo tourisme (professionnels du tourisme) s’intéressent au réseau, chacun à sa façon. La FFCT délivre ses trophées Destinations et Itinéraires et ses prix de villes vélotouristiques. CyclotransEurope assurait jusqu’à aujourd’hui le pilotage de la véloroute de St-Jacques de Compostelle. L’Etat quant à lui a disparu du dispositif, au point-même de ne plus subventionner les acteurs du vélo-tourisme, ce qui gêne un peu les DRC et énormément l’AF3V (et pas la FFCT, qui relève du ministère des sports, ni CyclotransEurope, qui perçoit des cotisations de collectivités).

  

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Les premiers Guides en France
Chamina : Loire à vélo, 2010; Tour de Bourgogne, 2011.
Ouest-France : (Nicolas Moreau-Delacquis) Véloroute du Rhin, 2015
A l’étranger : 1993, premiers guides de véloroute connus par moi. Voir chronologie.

Les livres fondateurs
La France par les voies vertes, 2003 (beau livre) puis février 2006 (broché, plus petit) par Michel Bonduelle, éd. Ouest-France.
La Bourgogne à vélo, Michel Bonduelle, éd. Ouest-France, 2008

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Ces éléments ont été réunis à l’occasion d’une demande de Judith Un (Espace Pama, Châlon) qui avait invité à célébrer le « Tour des reines » quelques « femmes exemplaires par leur action dans le développement des mobilités Actives ». Cet événement s’est tenu le 8 mars dernier à Dijon dans les locaux de La Bécane à Jules. Hommage à Judith pour sa ténacité à faire la promotion du vélo et des vélos pour un monde meilleur, et à Jean-Christophe pour sa créativité au service du vélo au service de tous.

Chers historiens, je n’ai pas apporté à la conception de cette liste plus de soin que n’en exigeait une «mini-conférence ». Il me plaisait de montrer l’ancienneté du sujet et la multiplicité des intervenants. Il n’y a sans doute pas beaucoup d’erreurs, mais il manque des informations concernant les pays voisins (Espagne, Suisse, Danemark, Allemagne, Pays-Bas … tous jouant un rôle important dans le domaine des véloroutes ou des voies vertes).

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10 thoughts on “Véloroutes et voies vertes, repères chronologiques

  1. Par rapport à ce que dit Jeanne, on vient d’en voir fleurir un à Brunoy (91) en pleine zone dense, sur la piste cyclable de la D38/D94. Pourquoi ce choix pour un tronçon de quelques dizaines de mètres ?
    1/ Parce qu’il semble impossible de séparer les piétons des cyclistes et que le panneau « zone de rencontre » ne peut s’appliquer dans ce cas.
    2/ Parce qu’il n’y a pas de trottoir possible. Cependant il suffirait de prendre de la place sur l’emprise routière et dégager un trottoir pour séparer piétons et cyclistes.

  2. Dans la chronologie , vous pouvez ajouter ceci :
    1995 : simultanément les Régions Centre et Pays de la Loire mettent en route leur projet en commun sous le nom de : La Loire à vélo; celle-ci constitue le maillon ouest de l’Euro-véloroute N°6, de l’Atlantique à la mer Noire.

  3. C’est vrai que les VVV de qualité ont un succès important. Elles montrent bien qu’avec l’aménagement d’itinéraires sécurisés les Français, comme tous les Européens, sont capables de se mettre au vélo.
    C’est une erreur de limiter les VVV à des itinéraires touristiques. Ce réseau d’itinéraires sécurisés doit se développer et se ramifier partout sur le territoire, permettre de sortir des villes, relier les villages périurbains et les villes voisines. Le vélo doit être pris en compte comme un moyen de déplacement normal.
    J’ai eu l’occasion de refaire la voie verte de Givry-Cluny récemment. Cette très belle voie verte! Mais on peu regretter quelle n’ait pas conduit à faire rentrer le vélo dans Cluny où aucun aménagement cyclable n’est réalisé, ni piste ni bande cyclable, pas de double sens cyclable! On a le sentiment que la voie verte avec ses barrières d’un autre âge est une « réserve d’indiens » concédée au cyclistes pour qu’ils ne viennent pas gêner les automobiliste ailleurs! Un peu triste!

    • La voie verte Givry – Cluny une des plus anciennes de France, emprunte une ancienne voie de chemin de fer qui déservait les gares souvent excentrées par rapport à la commune traversée. Certaines de ces gares existent toujours du moins comme bâtiments.
      Rien n’empêche de quitter cette voie verte ou forcément on ne retrouve pas les pistes cyclables que l’on souhaiterait comme par exemple à Cluny où on fait plus pour le cheval que pour le vélo. Après tout il en faut pour tout le monde.

  4. C’est là que l’on réalise que les voies vertes prennent de l’âge et qu’à regarder de plus près on s’aperçoit que ne sont pas les plus anciennes qui prennent le plus de rides.
    Comme par exemple une des doyennes Givry – Cluny qui se porte pas trop mal contrairement à son prolongement en direction de Chalon sur Saône. Si vous êtes à la recherche d’un massage du postérieur en vélo je vous conseille Givry – St Rémy. Ce ne sont bien sûr pas les pneus de vélo qui l’ont ainsi déformée mais les racines des arbres qui soulèvent le revêtement. (J’aurais bien voulu joindre les photos).
    Les entitées concernées ne s’entendent ni se disputent pour venir réparer, peut-être que cette responsabilité n’est pas définie ou qu’il manque simplement les moyens.
    Comme quoi il ne suffit pas d’étendre le réseau, mais il va falloir un jour l’entretenir, Ou prévoir, à minima, une garantie décénale.

  5. La déformation du revêtement « goudron » des VV est un problème important, en particulier sur la Via Rhôna au Sud de Condrieu (69). On en est à la 3ème réfection en moins de 10 ans.
    Au delà de la responsabilité des collectivités locales traversées vis à vis de l’entretien, le problème technique reste posé : faut-il un revêtement en enrobé dans les zones où poussent des arbres avides d’eau comme le saule ou le peuplier en bordure de cours d’eau ? Puis empêcher les racines de détériorer la VV, OK mais à quel coût?

  6. Merci de cet historique sur les VVV, révélateur de l’absence de continuité dans les politiques publiques. La loi sur la transition énergétique a fait l’impasse sur le vélo, sauf la timide indemnité transport, mais la part modale du vélo comme moyen de déplacement plafonne depuis longtemps à 3%. Elle est de 10% en Allemagne. Il faut noter que le gouvernement fédéral apporte plus de 50 millions d’€ par an au développement du vélo.
    Pourtant, le comité interministériel d’aménagement et de développement du territoire (CIADT) du 11 mai 2010, consacré à un plan d’action en faveur des territoires ruraux, avait actualisé le schéma national des véloroutes et voies vertes (SR3V) de 1998 et engagé un 2ème appel à projets sur les Pôles d’excellence rurale (PER).
    Actuellement, seule fonctionne la démarche « Une Voirie pour Tous » animée par le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) qui dispose de nombreux outils réglementaires à la disposition des collectivités territoriales : bandes et pistes cyclables, chaussées à bande centrale banalisée, zones 30, zones 20 …
    Ces outils doivent permettre de relier une voie verte, que l’on trouve plutôt en zone rurale, avec les zones urbanisées. Cette continuité est un des objectifs majeurs du cahier des charges national joint à la circulaire interministérielle du 31 mai 2001 et je partage totalement le commentaire d’Albert Cessieux.
    Il est en effet désolant que l’itinéraire vélo constitué notamment par la voie verte Givry-Cluny soit interrompu à l’entrée de Cluny. La collectivité territoriale pourrait solliciter le CEREMA pour aider à trouver un itinéraire urbain qui assure cette continuité.
    Je me permets de conseiller un ouvrage récent du CEREMA intitulé « Voirie urbaine, guide d’aménagement » de 2016 (lien dans ma signature), en vente au prix de 52€.
    En ce qui concerne la détérioration des voies cyclables par les racines de saules ou peupliers, il est préférable « d’éloigner » ces arbres des voies cyclables et de favoriser les arbres à racines plongeantes. Sinon, il faut durcir le revêtement et privilégier le béton dans ces sections difficiles. C’est cher mais durable.
    Encore merci, chère Isabelle, d’apporter ta contribution toujours appréciée et de faciliter les échanges.

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