L’industrie du cycle va-t-elle tuer le vélo de maman ?

Le marché du vélo recommence à flamber… grâce au VAE.
Les vendeurs de vélos sont contents. L’an dernier ils ont retrouvé le volume de vélos qu’ils avaient vendus en 2010, grâce à un +6,4% de chiffre d’affaires par rapport à 2015, ont-ils indiqué lors de leur présentation annuelle des chiffres du vélo, organisée par leur nouveau syndicat, Sport & Cycle. Un succès tiré par les vélos de sport et les VAE. 

Tout le monde est content, les détaillants, qui vendent les vélos les plus chers et dont les prix montent (prix moyen d’un vélo : 737 €), et les enseignes multi-sport, grâce aux vélos d’entrée de gamme vendus jusqu’à moins de 300 € (prix moyen 219 €) et dont on se félicite qu’ils facilitent l’accès au vélo. Les premiers font 49% du chiffre d’affaire, les seconds 55 % des vélos vendus pour 36% du chiffre. Pas un mot sur les vélos d’occasion, qui participent aussi à l’accès au vélo, c’est normal, nous sommes dans le secteur industriel. Non plus sur les vélos de voyage ou les vélos spéciaux.

Quels vélos ?

En tête des ventes, les VTT et les VAE. Ce n’est pas encore la fin des vélos de course, qui ont un peu moins d’acheteurs mais qu’on vend un peu plus cher.
Les VAE ne représentent à ce jour que 4% des ventes en France, mais augmentent régulièrement depuis 10 ans. En Belgique c’est 39%, 29% aux Pays-Bas et 15% en Allemagne. Le VAE d’aujourd’hui est donc perçu par la profession comme le VTT des années 90, c’est ce nouveau machin qui fait exploser le marché du vélo.
La profession semble en effet avoir une très grande foi en la capacité du VAE d’assurer l’avenir du marché. La preuve en est pour eux son développement important dans les stations de montagne, et que même des sportifs … seniors l’adoptent pour continuer à grimper des cols. D’usage en grande banlieue pour aller au travail il ne fut pas question. La prime des 200 € maximum est aussi présentée comme un élément très favorable, 15000 demandes de subvention ayant été formulées dès le premier mois. Ils souhaitent donc qu’elle se prolonge, bien que cela ne prouve pas que les mêmes vélos n’auraient pas été vendus de toutes façons et que l’on ne sache pas encore à quels usages ces achats sont destinés.


Reste la question des batteries, pour lesquelles la profession vient de mettre en place sa propre filière de recyclage (en service à partir de juillet prochain).

Retour de la fabrication en France?
Collections, renouvellement des gammes, concepts commerciaux… font qu’il est de moins en moins supportable pour le fabriquant de devoir attendre 6 mois la livraison des cadres commandés en Asie. Il en va notamment du « réassort », c’est-à-dire en clair qu’on tend à fabriquer au fur et à mesure des commandes. Donc la fabrication des cadres devrait être rapatriée en Europe, ce qui épargnera des droits de douane (se montant à 48,5%) qui avaient pourtant été institués pour les protéger. 1/4 des vélos et 1/4 des VAE seraient vraiment faits en France, paraît-il. Côté VAE les droits de douane ne seraient que de 6%, ce qui pourrait contribuer à l’amour que lui portent les industriels.

Alors tout va bien ? 

Pas si sûr. Il y a un gros problème aujourd’hui, selon les industriels du vélo, c’est celui de remettre les enfants sur un vélo pour aller en classe. Sinon, le vélo se re-effondrera, disent-ils craindre. C’est une motivation comme une autre. Déjà les ventes de vélos d’enfants sont en baisse. L’obligation du casque n’y est évidemment pour rien puisqu’il s’agit de l’an dernier. En revanche le soutien (pas unanime) qui est apporté à cette obligation peut être corrélé à la marge qu’il dégage : 50% m’a dit le représentant d’un de ces constructeurs pour qui le casque est si important. Quoi qu’il en soit un appel est donc lancé aux collectivités locales pour la création de pistes cyclables. Pour sauver le marché.

Les statistiques présentées ce vendredi matin ne tiennent pas compte des accessoires ni des vélos spéciaux. Il semble qu’un vélo cargo rapporte plus qu’un vélo équipé de sièges pour enfants, fut-il à assistance électrique … Parions alors sur la disparition de ces sièges, ou au moins sur la baisse de leur qualité.
Les perspectives présentées à la fin de la matinée pour les années à venir ont tout d’une vision d’industriels, et bien peu de celle d’une urbaniste ou d’une mère de famille. Attention à ce que « le marché » ne nous tue pas le vélo !

Sport & Cycle
L’Union Sport & Cycle est la fusion, effectuée en novembre dernier, des trois syndicats historiques du secteur du sport : FIFAS1, FPS2 et UNIVELO3. C’est le syndicat du secteur des articles et équipements de sport, loisirs, cycle et mobilité. Il y a 4 collèges, les fabriquants, les distributeurs, les entreprises du cycle et de la mobilité active, et les services autour du sport. Rien qui ressemble à la structuration d’un système vélo pour la mobilité urbaine, lequel intégrerait vendeurs de garages à vélos, éditeurs de guides et cartes, enseignants de vélo-écoles, ateliers de réparation par soi-même et de recyclage, loueurs de vélos, professions utilisant un vélo, etc …

Il y a trois co-présidents, Jérôme Valentin, DG de Cycleurope, Eric Daligault, DG de Kompan (fabriquant d’aires de jeux), et Pierre Gogin, ex-président délégué de la FPS.
Dans le bureau on trouve les représentants de Cyclelab (réseau Culture vélo), Skinet, Intersport, Decathlon, Sport 2000, Amer sports (matériel de sport, sauf vêtements) et Cornilleau (tennis de table).
Le délégué général est Virgile Caillet, ce qui nous fait, avec 100/100 d’hommes, un monde masculin plus tourné vers le sport que vers les utilités … Pour sauver la mobilité active on pourrait rêver mieux.

—Notes—

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10 thoughts on “L’industrie du cycle va-t-elle tuer le vélo de maman ?

  1. J’ai constaté que mes enfants étaient demandeurs de VTT comme leurs copains, c’est un peu comme le 4×4 parisien, on n’en a pas besoin, mais le marketing ou la pression sociale veut que vous l’achetiez.
    Pour les vélos de ville pour enfants, mis à part quelques marques couteuses (puky, islabike, frog), il est difficile de trouver un modèle bon marché avec un poids raisonnable. Le 24 pouces de ville (éclairage, garde boue, porte bagage) de Décathlon à 250€ pèse 17kg (mais comment font-ils? Ils sont en fonte?). Et encore il a une fourche rigide. Heureusement qu’il est en aluminium. Il faut dire que les pneus font 700g chacun (avec des crampons qui vibrent et ralentissent). L’éclairage est d’une technologie de la fin 19ième: à filament (mais avec une dynamo moyeu). Bref on veut quelque chose de correct en neuf, il faut mettre 450€ chez puky (15kg), ce qui reste plus lourds que ma randonneuse tout équipée taille 58 en acier moyen de gamme.
    Chez les autres marques (islabike), dès qu’on les équipe, on atteint des prix stratosphériques pour les budgets (600€).
    Bref, on est loin des prix et du poids des demi-courses d’il y a 30 ans, il manque clairement un gamme intermédiaire à prix raisonnable dont le constructeur n’aurait pas fait d’économies de bouts de chandelles.
    A quand un vélo de ville pour enfant à 320€ avec un cadre, des roues, des pneus et un éclairage dignes du 21ième siècle? Pour le moment cette solution n’existe que par l’occasion et l’upgrade …

    • Étant également à la recherche d’un vélo 20 pouces pour ma fille (équipé de vitesses bien entendu), je me suis confronté au problème du poids des vélos. J’habite en Alsace et j’ai la chance d’être pas trop loin de Fribourg qui a un excellent magasin dédié aux vélos, draisiennes et accessoires pour enfants (et uniquement pour enfants).
      Nous avons trouvé la pépite mais nous n’avons pas encore franchi le pas. On voudrait l’équiper cyclotourisme et avec les ajouts (béquille, éclairage, garde-boue, porte-bagage) la facture s’alourdit encore un peu. Mais le poids plume du vélo fait vraiment pencher la balance : 7.8 Kg en 20 » pour 400€ et 8.8 Kg en 24 » pour 450€ (tout équipé il monte à 9.5 en 20 » et 520€). Les vélos sont de très bonne qualité et de fabrication allemande. De plus, sur leur site ( https://www.woombikes.com ) ils proposent une livraison en France… Affaire à suivre.

  2. On pourrait aussi mettre cela en rapport avec cette déclaration de Mikael Colville-Andersen : « Industrie du cycle : la majorité de la population ne veut pas de vos vélos ».

  3. Non, tout ne va pas bien. Je vis à mi-temps à Wassenaar aux Pays-Bas et à mi-temps à Charleville. Outre les pistes cyclables en site propre qui manquent cruellement en ville, l’utilisation générale et quotidienne de vélos demande un concessionnaire de vélos de bonne qualité, quitte à payer plus de 1000 €, qui se charge de la maintenance. Et bien, à presque 60000 habitants, je vais en trouver deux ou trois à Charleville, à l’assortiment très très réduit. Peut-être faut-il que les marchands de vélos vivent et prolifèrent. Merci pour ce blogue !

  4. 1) Concernant les VAE : cet engouement peut effectivement paraître une hérésie pour les cyclistes que nous sommes ; néanmoins, je commence à avoir des problèmes de genoux de plus en plus invalidants et le VAE sera peut-être un jour ou l’autre une solution salvatrice pour moi.
    2) Concernant la pratique quotidienne des enfants et des plus grands : j’étais en vacances dans le Luberon ; les routes sont étroites et les automobilistes roulent comme des fous. Cela est rédhibitoire pour l’utilisation du vélo, même pour faire de toutes petites distances pour aller faire ses courses. Quelle tristesse !

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