(1) Du vélo à l’auto il n’y a pas que la mobylette

La gestion de la voirie ne cesse de se complexifier, et encore n’avons-nous pas pris la mesure des nouveaux engins de mobilité personnelle. Du vélo à l’auto, en passant par tous les vélos assistés et les motos à pédales, les vélos qui dépassent les autos, les autos sans moteur, et sans parler des jouets électroniques et des véhicules sans moteur et sans pédales, les frontières ont disparu. La réglementation, elle, n’a pas suivi. Dernière mise à jour 24 avril.

Jusque là nous avions piétons-vélos-2RM-bus-autos, et déjà certains se seraient bien passé des vélos.
Dans les années 90 les patins à roulettes sont devenus des rollers et ont envahi aires piétonnes et trottoirs. A Paris ils ont envahi les berges de la Seine, les dimanches, vers la fin des années 90, rendant la progression des cyclistes très pénible (aujourd’hui c’est pire, quand les piétons sont là les cyclistes ne peuvent quasiment plus passer). Depuis les rollers ont disparu comme moyen de déplacement, et décru comme loisir, avant-même que l’Etat n’ait eu le temps de les voir et de réglementer leur usage. Ils sont restés « piétons », comme une grande partie des nouveaux Objets Non Identifiés de nos rues.

Avec la fin des patins ce n’est pas mieux, car sont apparus les trottinettes, simples ou électriques, les monoroues électriques et autres « engins de déplacement personnel », planches à roulette électroniques et autres gyropodes, dont je parlais l’an dernier. « ils viennent du monde des robots et déploient une puissance industrielle et financière impressionnante » notais-je alors, et si le sujet vous intéresse je vous invite à relire mon article Attention ils veulent envahir les pistes cyclables. J’y évoque quelques uns de leurs redoutables procédés commerciaux. Au regard du code de la route, que cela leur plaise ou non ils sont tous des piétons1.

————————————————————————————————————————————-

Il y a aussi maintenant les VAE, limités réglementairement à 25 km/h, et les VAE rapides, autorisés à atteindre les 45 km/h et mis dans la catégorie des mobylettes, avec la réglementation qui va avec. Et ce n’est pas tout. Un vélo à assistance électrique (VAE rapide) peut aller plus vite qu’une twizy.


Que dire des vélos qui doivent être vendus montés et qu’on trouve pourtant en kit ??? Ce sandwichbikes a pour lui son élégance et la simplicité de son montage … Il vise un public raffiné, mais est interdit en France, comme les vélos allongés vendus en magasin (les premiers car les vélos vendus doivent être montés, les second car il n’y a pas de point d’attache pour les passagers). Quelle autorité se soucie de tout cela ?

Que dire des kits de motorisation qu’on trouve facilement et qui font échapper à tout contrôle et enregistrement ? En tous cas, les batteries d’autos et 2RM ont doublé leur capacité, passant de 200 km à 400 (théoriques), et viennent donc concurrencer directement l’automobile thermique.

  

La draisienne, ancêtre du vélo, revient pour petits et grands (pour commencer, un très beau modèle au parc de Chamarande, en Essonne). Sera-ce un vélo ou un piéton, alors qu’on peut rouler très vite avec ? En tous cas l’utiliser sur un trottoir lui ferait perdre beaucoup de son intérêt.

Les vélomobiles, les vélo-cargos, les armadillos, les voitures à pédales, tout ce monde arrive en force et révolutionne la mobilité (ici une voiture qui se plie en deux !).

Les vélocargos par exemple auraient besoin d’embarquer plus de puissance, mais pas plus de vitesse. Cette distinction existe-t-elle pour l’administration ?

Les vélomobiles et certaines voitures à pédales (ce qui finalement est la même chose) ne roulent pas sur les autoroutes, mais n’hésitent pas à utiliser les grands routes nationales européennes. De par leur gabarit ils y sont perçus comme un véhicule et leurs pilotes (chauffeurs ???) ne ressentent aucun danger particulier du fait de leurs vitesses compatibles.

   


On se plaît à rappeler que la mobylette fut d’abord un vélo à moteur et certains pensent qu’elle aurait mieux fait de le rester, cela autorisait à pédaler et à aller à sage prudence. Cela obligeait surtout à s’arrêter pour enclencher le moteur. Ici une mobylette de 1949, et un scooter à batterie amovible, ce qui, pour le comportement, n’a rien à voir. Sur le B2Gbikes suisse ont doit un peu pédaler, mais il roule à 60 km/h.

On n’oubliera pas non plus d’évoquer la voiture automobile sans chauffeur, ni les petites autos, homologuées et immatriculées, limitées à 45 km/h ou 80 selon le modèle, ni encore les assistances qui ne seront plus seulement électriques mais au soleil ou au pétrole, les batteries, au plomb, au lithium ou à l’hydrogène, ce qui ouvre la place à nouvelles réflexions d’organisation… Rien n’est aussi simple qu’avant. Par exemple les motos ne feraient du bruit qu’à cause de leurs pots ajoutés illégalement. Si l’on s’en tient aux pneus, même à plus de 50 à l’heure elles ne font pas de bruit, contrairement aux voitures thermiques, qui en font même à 30 !

Et surtout on n’oubliera pas la voiture à pédales de Stilic Force (à louer à La boutique du futur, Montrouge, en région parisienne) qui s’apparente dans son principe aux vélomobiles, et se conduit sans permis, comme les voiturettes électriques.

Quant à la EV4, mise au point par Rainbowsystem, elle roule à 40 km/h, ce qui est parfait en zone urbaine, est plus étroite qu’un vélo, et super-stable. Pourquoi s’en prive-t-on ?

*

*

—Une petite dernière—
Photo ci-desssous
@briceperrin 3 avr. – Euh, c’est quoi du coup comme engin ? Un mini fat boy pliant à assistance électrique ? Le vélo devient aussi segmenté que l’auto…
@EmmanuelSPV – La marque ne fait pas que du vélo, mais que de l’électrique https://www.moovway.com/collections/all-products …
@frenchwayfarer – Tiens j’ai vu un jeune avec ce moovway kart il y a qqs jours. La blague. Une sorte de fauteuil roulant en fait. ?
@thom_manivelle 4 avr. – Pour le remplacer !?
@EmmanuelSPV – ou pour aller légalement sur les pistes cyclables avec.. ?
@MDB13eme 11 avr. – pas de plaque, pas d’homologation sur route => rouler sans assurance = gros pb en cas d’accident corporel responsable
@littlebigfred 3 avr. – Prochaine fois, faisons progresser la science : est-ce un ancien automobiliste?

*

Réglementer la voirie devient impossible,  à suivre

—Note—

Cet article m’a été inspiré par de vieilles réflexions sur les règles du code de la route, mais aussi par Jean-Luc Saladin (sur le continuum entre véhicules et sur les bicyclettes à moteur) et par le Shift project, un club de réflexion sur la transition carbone, en particulier sa séance du 30 mars sur « Mobilité dans les zones de moyenne densité, moins de carbone, plus de lien. ». Il a en outre bénéficié de ma visite au salon Roue-libre de la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris en mars dernier.

  1. Sur la règle applicable à ces engins, lire la dernière page de cet article de 60 M de C., envoyé par Samy Guillet. 60m_526_trottinettes
Print Friendly, PDF & Email

8 thoughts on “(1) Du vélo à l’auto il n’y a pas que la mobylette

  1. mais pourquoi vouloir toujours réglementer… car ce qui est vrai à Paris ne sera pas vrai en ruralité…
    Un vélomobile et un trike font entre 70 et 80 cm de large, donc pareil qu’un vélo.
    Le vélomobile protège des mauvaises conditions météo.
    Le vélo couché consomme 2 fois moins d’énergie qu’un vélo droit et permet de ne pas avoir de problème au dos.

    En ruralité, où il y a beaucoup de kilomètres entre les villages et les petites villes où il n’y a aucune piste cyclable, le vélomobile est très avantageux pour faire du velotaf et toutes les petites courses quotidiennes sans se soucier de la météo.
    J’ai été plusieurs fois à Paris en vélo mobile, en venant de Soissons. Pour rejoindre Saint-Quentin-en-Yvelines on roule en vélomobile sur la voie des bus sans problème, et sur les pistes cyclables on suit le flot.

    Etant rural, je n’ai jamais grillé un feux rouge comme font les nombreux cyclistes parisiens qui me font halluciner.
    Les grandes villes de plus 500 000 habitants et le reste de la France sont 2 mondes différents pour le vélo.
    En VTT je peux encore faire du 40km/h de moyenne pendant 1 heure, mais en grande ville, je fais du 20km/h à 15km/h car on suit les autres, on fait attention aux joggeurs…

    Pour les quais de Seine, il est vrai qu’il faudrait partager la route entre les piétons, les cyclistes, les rollers … De même à Nice, il y a un problème de partage de la promenade des Anglais, mais si la piste cyclable pouvait être sur la route ce serait mieux.
    Tous ces moyens de locomotions (électriques ou non) sont mieux que la voiture.

    Voici des liens d’utilisation du vélomobile dans Paris :
    http://velorizontal.bbfr.net/t17956p875-velomobile-electric-leiba-x-stream-iut-aisne
    http://velorizontal.bbfr.net/t21362p400-velomobile-electric-leiba-x-stream-iut-aisne-suite
    http://velorizontal.bbfr.net/t21362p50-velomobile-electric-leiba-x-stream-iut-aisne-suite

    • 40Km/h de moyenne en VTT sur une heure? Je veux voir ça! Je ne la tiens pas en vélo de course…
      En vélomobile, sans dénivelé, je ne dis pas, mais en VTT non.

  2. Tout à fait, trop de réglementation tue le bon sens.
    Chaque geste devrait être accompagné d’un minimum de réflexion.
    Mais prenons nous encore le temps de réfléchir?

  3. hello, j’allais au boulot chaque jour à vélomobile à Paris, mais j’en ai eu marre d’être pris en photo. Sinon, je peux témoigner du fait ce serait le moyen de locomotion idéal pour la ville, ainsi que le vélocar que j’utilise pas mal. Mais je pense qu’il faudra 30 ou 60 ans pour changer les mentalités…

  4. Bon article objectif. Merci. L’hégémonie de la voiture a dicté l’environnement et les réglementations. Le progrès nous oblige à une interrogation sur l’évolution souhaitable de la législation concernant ces nouveaux moyens de déplacements.
    Je vous invite à lire ou relire ce texte documenté de Kris De Decker: http://www.lowtechmagazine.com/les-v%C3%A9lomobiles-electriques-aussi-rapides-et-confortables-que-les-automobiles-mais-80-fois-plus-efficaces.html
    Plus précisément la seconde partie : Véhicule illégal. Imbroglio juridique.
    J’en souligne trois lignes : « Une voiture avec une vitesse maximale de 270 km/h peut être conduite partout sur la Terre, tandis qu’une vélomobile avec une assistance électrique jusqu’à 50 km/h est illégale dans la plupart des pays ».

Laisser un commentaire