Congrès de la Fub : une nouvelle époque pour l’action associative

Plus de 250 personnes se pressaient à la rencontre annuelle de la Fub, ce 28 avril 2017 à Nantes. Parmi les orateurs il y avait Johanna Rolland, maire de Nantes, Emmanuel Barbe, DSCR et père du casque obligatoire, le professeur Toussaint, chantre de l’activité physique au quotidien, Sylvie Banoun, déléguée interministérielle au vélo … Une nouvelle ère s’ouvre pour la construction des politiques cyclables. Correction du 5 mai vers 15 h 30 : note n°6.


Co-construction

Il fut beaucoup question de « co-construction », ou de « professionnalisation », les associations devant passer de la traditionnelle posture revendicatrice et critique à celle d’ »expert-usager »1.
Les bénévoles doivent « monter en compétence », développer une expertise fine sur le vélo mais aussi sur la compréhension des mécanismes politiques et sur le positionnement des divers opérateurs, publics ou privé (transports, loueurs de vélos, boutiques, services techniques, élus de divers rangs… ).
Johanna Rolland souligne que pour elle le vélo doit faire partie des grands débats, au nom de l’intérêt général. Il doit être traité avec sérieux et honnêteté, « autour d’une table », pour aboutir à des constructions légitimées et qui tiennent dans la durée. Elle veut aussi créer des « conseils des usagers de l’espace public ». Pour elle le vélo est l’outil de la transition écologique grâce auquel tout le monde peut y participer.

Photo prise par l’Au5v pendant un atelier. En temps normal les rangs étaient pleins.

Le casque : une affaire d’imprégnation
Emmanuel Barbe a voulu être prudent. Il ne s’attend pas à ce que la verbalisation pleuve sur les enfants qui cycleraient sans casque, mais il espère que le casque se diffuse dans toute la société.2 Il s’est dit impressionné par l’engagement des élus, ici à Nantes, et a même dit que tout cela serait bien capable de lui redonner envie d’aller à vélo.
Plusieurs chantiers s’ouvrent à lui, nous dit-il. D’abord la redéfinition des trottoirs, en lien avec l’éclatement des « nouveaux modes de déplacement personnel »3, mais il ne croit guère que cela servirait concrètement à quoi que ce soit car, là non plus, il ne voit pas comment on pourrait faire respecter la règle. Ensuite sur l’éclairage des vélos, notamment latéral, mais sans envisager de s’intéresser à la question des feux clignotants4.

L’éternelle question du financement
Sylvie Banoun, quant à elle, ne parle que d’un avenir assez proche. Elle ne dit pas que les associations ne recevront plus de subventions (elle les appelle les « aides directes »), mais on a bien compris que les décisions pourraient être retardées du fait de l’agenda politique.
Elle dit aussi que les aides à l’achat des VAE sont un grand succès : 1000 demandes arrivent chaque jour de semaine depuis le premier mars (date de prise d’effet de la mesure), alors que les aides à l’achat de voitures électriques n’ont été demandées que par 37 000 personnes pour toute l’année 2016. Si cela se confirme cela plaide pour sa reconduction, voire sa pérennisation 5.
Quant à l’IKV (indemnité kilométrique vélo) pour la fonction publique, on l’attend avant dimanche et elle serait facultative (elle appelle ça « volontaire ») mais concernerait toutes les fonctions publiques.
Plusieurs orateurs pensent que la Fub doit changer la vision qu’elle a d’elle-même. Les services qu’elle rend ou rendra ont de la valeur, sa liberté financière est aussi un gage de sa liberté d’action, pour l’intérêt général, pas seulement pour ses adhérents. Pour l’heure elle perçoit 1 € par adhérent et par an … Elle pourrait vendre des services aux non-adhérents comme aux adhérents, percevoir des adhésions à 30 € … Sur ce point nous pourrions bientôt en savoir plus puisque le samedi (29 avril) était consacré à une assemblée générale extraordinaire sur le thème « Plus nombreux, plus forts, quels leviers ? ».

Vers une enquête nationale
Une enquête nationale est en préparation à la Fub, sur le modèle de celle de l’ADFC6. Pour Charles Maguin, le président de l’association parisienne Paris en Selle, ce sera un « observatoire citoyen de la cyclabilité », qui va « objectiver » les choses, décoincer le dialogue.
La Fub y associera des partenaires non-étatiques (bien obligée!), clubs d’élus (certainement les DRC, représentés ici par leur secrétaire générale), chercheurs, villes partenaires…
Les clous rouillés et guidons d’or7 distribués chaque année seront abandonnés au profit d’une enquête auprès du public, dont les résultats seront ensuite triés par villes et catégorie de répondant.
L’intérêt c’est de faire apparaître la perception des usagers. Emmanuel Roche, qui a lancé une telle enquête à Chambéry, révèle que cela peut dégager des ressentis que les techniciens connaissent déjà, ce qui les renforce. Par contre, les priorités des habitants n’étaient pas les mêmes que ce que croyaient les techniciens, nul n’est omniscient.
Bonne ou mauvaise enquête, tout ce qui concourt à ce que les bonnes décisions soient prises est le bienvenu.

Programme sur le site de la Fub, fédération des usagers de la bicyclette.
L’an prochain ce sera à Lyon.
A suivre : une visite à vélo des rues et routes de l’agglomération.
A relire : La FUB inaugure le futur des déplacements, le congrès de l’an dernier à La Rochelle.

Liste des orateurs (auxquels il faudrait ajouter les animateurs, en tandem avec Olivier Schneider, président de la Fub) :

  • Johanna Rolland, présidente, Nantes Métropole
  • Emmanuel Barbe, Délégué Interministériel à la Sécurité Routière, DSCR
  • Sylvie Banoun, coordonnatrice interministérielle pour le développement de l’usage du vélo, MEEM
  • Philippe Grosvalet, président, Département de Loire-Atlantique
  • Thomas Quero, maire-adjoint, ville de Nantes
  • Jacques Garreau, vice-président, Nantes Métropole
  • Michel Gillot, vice-président, Club des Villes et Territoires Cyclables
  • Bernard Januel, conseiller délégué au vice-président de Chambéry Metropole en charge de l’écomobilité
    *
  • Laurent Fraisse, socio-économiste, membre associé au Laboratoire Interdisciplinaire de Sociologie Économique
  • Frédéric Barbe, enseignant-chercheur, laboratoire Ambiances Architectures Urbanités, ENSA Nantes
    *
  • Marine Fabre, directrice, Pignon sur rue
  • Anita Wenger, cheffe de projets en charge du prix villes cyclables et Marie-Laure Gebhard, coordinatrice romande et assistante de projet, PRO VELO Suisse (via Skype)
  • Charles Maguin, administrateur, FUB, président de Paris en Selle
  • Clémence Pascal, chargée du programme ALVEOLE, FUB
  • Camille Thomé, directrice, Départements et Régions Cyclables
  • Chloé Mispelon, chargée de communication et coordinatrice du groupe d’échange sur les baromètres de cyclabilité, European Cyclists’ Federation
  • François Prochasson, ingénieur urbaniste, Rue de l’Avenir
  • Olivier Blond, président, association RESPIRE
  • Samy Guyet, vice-président, Place au vélo Nantes
  • Antoine Boroch, animateur, BeauVélo, Beauvais
  • Alain Forest, président, Mouvement Associatif des Pays de la Loire
    *
  • Jean-Noël Freixinos, directeur général, Habitat 44
  • Anthonin Darbon, directeur de Cyclocity, filiale VLS de JCDecaux
  • Christophe Huge, directeur régional, JC DECAUX
  • Alain Boeswilwald, directeur général, TAN, filiale de Transdev
  • Jean-Sébastien Tronchon, leader support et services utilisateur cycle, B’TWIN
  • Marie-France Vayssières, Directrice Mobilités Alternatives, TAD et intermodalité, Keolis
  • Emmanuel Roche, chargé du développement de la politique cyclable et auteur d’une enquête de cyclabilité, Chambéry métropole
  • Julien Boillaud, chef d’agence, Nacarat Pays de Loire
  • Jean Favreau, architecte diplômé, auteur d’un court-métrage “30 façons de pédaler”
  • Charles Poretz, directeur, Cyclez
  • André Ghestem, président commission cycle, Union Sport & Cycle, Shimano France
  • Marie Pouponneau, ingénieure, service qualité de l’air, Direction Villes et Territoires Durables, ADEME
  • Mathieu Chassignet, ingénieur, service transports et mobilité, Direction Villes et Territoires Durables, ADEME
  • Camille Weisse, ingénieure d’études Climat Air Énergie, Air Pays de la Loire
    *
  • Dr Guillaume Barucq, médecin généraliste et élu à l’environnement, Ville de Biarritz
  • Dr Marie-Pierre Humeau-Chapuis, médecin spécialiste Pneumologie et Ingénieur en Éducation Thérapeutique du Patient
  • Dr Pierre Marette, cardiologue, Nantes
  • Dr Patricia Saraux-Salaun, médecin-directeur, Mission Santé Publique, Ville de Nantes
  • Pr Jean-François Toussaint, directeur, Institut de recherche bio-médicale et d’épidémiologie du sport
  • Jean-Philippe Santoni, pneumologue, bénévole à la Fondation du Souffle

Avec tout ça vous vous doutez bien que je ne vous ai pas tout raconté. Plus, même, je ne vous ai même pas parlé du « salon », pourtant bien fourni et ayant été très visité. Ce sera pour d’autres fois.

—Notes—

L’auteure de ce blog transformée en star ! 

  1. Cette transformation associative a déjà été opérée par nombre d’associations environnementalistes, il me semble.
  2. A mon avis c’est encore plus pernicieux qu’une obligation qu’on pourrait combattre.
  3. Sur les nouveaux modes de déplacement personnels, voir notre article Du vélo à l’auto il n’y a pas que la mobylette.
  4. Sur les feux clignotants, voir l’article La FUB nous aide à y voir clair, ou la note n°3 de l’article Où trouver l’info ???
  5. A l’inverse de ce que j’avais d’abord compris.
  6. Sur le prix de l’ADFC, Hans Kremers est plutôt admiratif, comme on le voit dans son article Le bicy-climat allemand. Ce n’est pas le cas d’autres prix, ainsi qu’expliqué dans De palmarès en palmarès : et alors ?
  7. Sur les prix distribués par la Fub, voir par exemple l’article Un clou rouillé aujourd’hui à Roue libre!
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8 thoughts on “Congrès de la Fub : une nouvelle époque pour l’action associative

    • Mais non, pourquoi donc ? Certains à pied, d’autres en taxis, certains à vélo, notamment pliant. Les congressistes bénéficiaient par ailleurs du prêt d’un vélo municipal de bonne qualité, à aller chercher à la Bicycletterie, place du Commerce. Je doute que beaucoup soient venus en avion, ce n’est pas tellement dans les habitudes ici. Pour ma part j’étais arrivée la veille en train à grande vitesse et me suis rendue sur place depuis mon hôtel à pied. Mais Nantes dispose aussi d’un bon réseau de tramway.

  1. C’est très irritant de voir que le délégué interministériel soit présent au congrès de la FUB pour faire la promotion de sa loi rendant le casque obligatoire. Il y a une collusion qui explique pourquoi la Fub n’a rien vu venir et ne s’est pas opposée à cette loi.

  2. « Ensuite sur l’éclairage des vélos, notamment latéral, mais sans envisager de s’intéresser à la question des feux clignotants. »
    Bonsoir Isabelle : ne manquerait -il quelque chose à cette phrase afin de la rendre plus intelligible ?

    • Merci pour la question. Ceci correspond à la question que je lui ai posée en courant alors qu’il rejoignait son taxi. J’ai juste compris qu’on ne s’intéresserait pas aux feux d’indication de direction, mais, à question rapide et sans doute mal posée, réponse rapide et peut-être imprécise. Attendons de voir.

    • Il y avait La Bécane à Jules (Céline et Jean-Christophe) et pas mal d’associations de la Fub, mais L’Heureux cyclage en tant que tel, non, je n’ai pas l’impression. Le congrès est tout de même adossé à l’assemblée générale de la Fub.

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