La pdg de la RATP nommée ministre des Transports

Elisabeth Borne, PDG de la RATP, vient d’être nommée ministre chargée des Transports. Elle est placée auprès de Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire. 

Elisabeth Borne a donc été nommée, le 17 mai 2017, ministre auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire, chargée des transports dans le premier Gouvernement du président Macron. Elle était jusque là pdg de la RATP.

Passer de secrétaire d’Etat à ministre, et de homme politique (Alain Vidalies) à femme de l’entreprise ne peut pas être une mauvaise chose. Mais à Transports on aurait préféré Mobilité, car transports, pour une personne venue de la RATP, cela pourrait vouloir dire … transports lourds.
Certains souligneront sans doute aussi qu’il n’y a rien pour le logement et l’urbanisme, thèmes totalement liés aux déplacements.

Elisabeth Borne aura été la seconde femme à la tête de la RATP, après Anne-Marie Idrac (pressentie pour ce gouvernement), et la première à la tête des transports.

Quant à Nicolas Hulot il aura eu avant lui de nombreuses dames, ministres ou secrétaires d’Etat. Dans le désordre : Ségolène Royal, Corinne Lepage (qui était aussi en lice pour intégrer le présent gouvernement), Dominique Voynet, Tokia Saïfi, Nelly Ollin, Chantal Jouanno, Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Létard, Barbara Pompili, Delphine Batho.
C’est à Corinne Lepage (ministre de l’Environnement, 1995-1997) que l’on doit la loi la plus utile pour le vélo (Loi sur l’Air, 1996, article 20). Et c’est à Ségolène Royal que l’on doit (si l’on peut dire, tant l’accouchement aura été freiné) l’IKV. Rappelons que l’IKV était prévue dès 2013.

Souhaitons que ce gouvernement ne soit pas, comme le précédent, « un quinquennat pour rien » pour le vélo, selon l’expression de Olivier Razemon1.

Deux grands chantiers, nous concernant, sont à l’ordre du jour, la pollution et les déplacements.

On peut espérer que la première mesure de Mme Borne soit enfin l’instauration de l’indemnité kilométrique vélo pour le secteur public, central comme territorial et hospitalier. Le texte est prêt, quasi signé par tous les ex-ministres concernés ; il devait être publié, nous avait-on assuré, « avant les élections »2; il est peut-être, veut-on se forcer à croire, quelque part dans les rotatives des Journaux officiels (si un tel miracle devait advenir, on le saura sous extrêmement peu. Olivier Razemon n’en croit rien).

Une autre mesure, indispensable, est à prendre, celle de donner à la coordinatrice pour le développement du vélo les moyens d’agir. Passer de 2 personnes à une véritable équipe est indispensable pour mener les multiples chantiers liés aux mobilités sans pétrole ni déchets.
Elle pourrait avoir enfin les moyens de mettre en oeuvre les 10 recommandations de la Fub3, qui demande que soit créé un fonds national dédié au vélo, impulsée une culture du vélo afin que les décisions liées à la santé ou à l’éducation n’oublient jamais le vélo, que l’on s’occupe du stationnement et des aides financières…
Elle pourrait aussi mettre en oeuvre les recommandations du Plan Mobilités actives4 de décembre 2014 :

  • Développer l’intermodalité transports collectifs / modes actifs ;
  • Partager l’espace public et sécuriser les modes actifs ;
  • Valoriser les enjeux économiques liés à la pratique du vélo ;
  • Prendre en compte les politiques de mobilité active dans l’urbanisme, le logement, et notamment le logement social ;
  • Développer les itinéraires de loisir et le tourisme à vélo ;
  • Faire découvrir les bienfaits de la marche et du vélo.

En 2014, Corinne Lepage dénonçait le poids des lobbies. « Il n’y a jamais eu vraiment de volonté politique de s’attaquer au problème », constate Corinne Lepage, titulaire du portefeuille de mai 1995 à juin 1997, dans le gouvernement d’Alain Juppé. « J’ai ouvert le bal en faisant voter la loi sur l’air du 30 décembre 1996, première transcription dans le droit français de la directive européenne sur la qualité de l’air, rappelle-t-elle. Cela aurait pu être une bonne loi, si… elle avait été appliquée, ce qui n’a jamais été le cas. » En cause, « la peur des politiques, gauche et droite confondus, face au poids des lobbies ». Alors que beaucoup de villes européennes ont mis en place des péages urbains et la circulation alternée, « en France, on ne touche pas à l’automobile », dit-elle. Le Monde, 14 mars 2014 .

Ce nouveau gouvernement a décidé d’innover, de casser les vieux carcans, de n’être ni de droite ni de gauche. L’action interministérielle devrait en être plus facile, ce qui nous arrangerait. Agnès Buzyn (solidarités et santé), Bruno Le Maire (Economie), Muriel Pénicaud (Travail), notamment, pourraient être mis dans la boucle. Plus d’autorité pour la déléguée à la mobilité active5  aura aussi pour effet que ne soient plus prises des décisions directement contraires aux intérêts du développement du vélo6, ou que ne soient sans cesse retardées les mesures les plus simples. Agir en grand, voilà ce qu’attendent les Français de leur gouvernement. Passer d’une époque à une autre …

 

On peut lire aussi :
Gouvernement : Elisabeth Borne, métro direct pour le ministère des Transports, dans Le Moniteur des travaux publics. Une biographie beaucoup plus complète que la mienne. On s’y inquiète que les transports soient mis avec le développement durable, on verrait bien qu’ils soient rattachés à la Cohésion des territoires.

Note d’espoir, si vous voulez me suivre : Edouard Philippe, Premier Ministre, est le maire du Havre, ville dont l’un des conseillers n’est autre que le docteur Jean-Luc Saladin, un des meilleurs avocats du vélo qui soit en France. D’ailleurs la communauté du Havre est dotée d’un réseau cyclable ambitieux, et on sait que le maire n’ignore rien du sujet. Si besoin, « taper » en haut pourra aider !

 

  1. Vélo 2012-2017 : un quinquennat (presque) pour rien. Le Monde, 13 mai 2017. Un EXCELLENT article de Olivier Razemon, un bilan détaillé de ces 5 ans du règne de Ségolène Royal sur la Petite reine.
  2. « Quant à l’IKV (indemnité kilométrique vélo) pour la fonction publique, on l’attend avant dimanche et elle serait facultative (elle appelle ça « volontaire ») mais concernerait toutes les fonctions publiques. » dans le compte-rendu du congrès de la Fub.
  3. La Fub a publié ses Dix mesures pour une politique vélo à l’occasion des élections présidentielles. Elle propose sur son site Parlons vélo aux citoyens de signer une pétition pour qu’elles soient mises en oeuvre.
  4. Plan d’action pour les mobilités actives : historique et bilan jusqu’à aujourd’hui sur le site du ministère de la Transition écologique et solidaire.
  5. Plus d’autorité, s’agissant de l’Etat, signifie mieux placé dans l’organigramme. Le mieux c’est de dépendre directement du Premier Ministre.
  6. Par « mesures contraires aux intérêts du vélo » on peut entendre ce qu’on veut, de l’obligation du casque au refus d’aides financières aux associations en passant par la construction d’infrastructures qui coupent la route aux cyclistes, aux communications culpabilisantes, et autres.
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2 thoughts on “La pdg de la RATP nommée ministre des Transports

  1. Elle pourrait aussi s’inspirer des propositions de la fondation Hulot : Investissements / résorption des coupures / communication positive / apprentissage mobilité à vélo / mesures fiscales. Voir le lien dans ma signature.

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