Le casque a-t-il un lien avec l’insécurité routière ?

1 Un appel à manifester a été lancé pour samedi prochain afin de protester contre l’insécurité routière que subissent les cyclistes. Qui sont ces cyclistes exaspérés et qui va manifester ?

1 L’appel pour la manifestation du 17 juin 2017 a été lancé le 30 mai sur facebook par deux personnes du milieu cyclo-sportif1, dont la pratique, faite de recherche de vitesse et de compétition, rend plus vulnérable que d’autres. Le casque n’est cependant devenu obligatoire pour leur pratique qu’en mai 2003, après avoir été chaudement recommandé malgré l’hostilité des sportifs concernés2.

La question est de savoir si cette manifestation concerne les cyclistes, ou bien seulement les cyclistes sportifs. Les premiers sont les plus nombreux, et de très loin3, et sont eux aussi concernés par les routes dangereuses : Soit elles les dissuadent d’utiliser un vélo, soit elles sont absolument inévitables et les cyclistes sont bien obligés d’y aller. Rappelons aussi que les grands-routes sont aussi les plus roulantes et les plus plates.

Les plus experts d’entre ceux qu’on nomme les cyclistes quotidiens savent qu’ils ne doivent leur intégrité qu’à leur visibilité. Ils s’efforcent donc de rouler loin du bord (à 1/3 de la largeur de la voie) afin d’obliger les véhicules motorisés à les doubler en changeant de file ou à rester derrière. 
Certains départements suivent l’exemple d’un ancien président de la FFCT, Jacques Vicart, en créant des « surlargeurs banalisées », de qualité identique à la route, solution minimale à partir de laquelle on peut commencer à parler de prise en compte des cyclistes.

Les organisateurs de cette manifestation appelaient à participer en tenue cycliste et casqué. La FFCT, qui semble considérer le casque comme évident (et dont les membres exercent souvent une forte pression pour son port par tout cycliste qui passe sous leurs yeux …), arrivée après-coup, se contentait de le mettre dans la liste des consignes. Suite aux débats, l’obligation de venir casqué semble abandonnée formellement. C’est un point évidemment important.

Rien d’étonnant alors à ce que les cyclistes urbains se soient interrogés, en particulier les vélotafeurs (qui parcourent souvent de nombreux kilomètres sur de grandes portions de routes pas du tout prévues pour eux)Si le casque est obligatoire, je n’irai pas, dit l’un. Faut venir rasé et en Lycra, aussi ? ironise un autre. Ces cyclistes se refusent tout simplement à s’affubler d’un casque, que d’ailleurs ils ne possèdent pas, alors que ce dont ils souffrent réside dans la largeur des routes et les vitesses induites. L’absence de la FFCT sur les questions ferroviaires4 peut faire penser que cette obsession pour le casque relève d’une complicité avec le monde routier, qui est leur « partenaire » habituel pour se rendre aux départs. Concernant le casque, Alexis Frémeaux, président de MDB, fait remarquer que tous les décès à l’origine de cette manifestation se sont produits avec casque, ce qui montre bien qu’il faut chercher des solutions ailleurs.

Au début j’ai suggéré « allons-y, en tenue habituelle de tous les jours » et ainsi convaincu certains, peut-être provisoirement, de participer.

2 Depuis ces épisodes, le contact entre cyclistes urbains et cyclistes sportifs a été établi. A l’heure où je publie, l’adhésion à cet appel à manifester est suspendu à l’abandon réel de l’obligation du casque et au contenu de la lettre de revendications. Nous devrions en savoir plus dans quelques heures.

—Notes—

Accidents, courses en voie de disparitions : le cyclisme, un sport en danger. Le Parisien, 6 juin 2017

  1. L’appel vient du champion Niels Brouze et du directeur sportif du véloclub du Bourget, Teodoro Bartuccio.
  2. Wikipedia: casque de vélo.
  3. On vend 3 millions de vélos par an en France, qui s’additionnent d’année en année, la FFC a environ 119 000 licenciés et la FFCT en annonce 120 000.
  4. L’absence de la FFCT sur la question des trains Thalys a été remarquée. N’acceptant pas les vélos, ils rendent l’accès aux Pays-Bas et à une partie de l’Allemagne quasiment impossible.
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5 thoughts on “Le casque a-t-il un lien avec l’insécurité routière ?

  1. Les cyclistes sportifs sont encore plus affectés par le différentiel de vitesse que les cyclistes urbains. Si en milieu urbain des mesures peuvent être prises (avec des succès mitigés) pour apaiser la circulation, la problématique est bien plus ardue sur route départementale ou nationale.

  2. Nous sommes pour la plupart tantôt cycliste, tantôt automobiliste.
    Cycliste invétéré malgré un accident, je mettrai plus l’accent sur le clignotant que sur le casque : utiliser le clignotant implique un changement de trajectoire nécessaire pour doubler un 2 roues ; ne pas s’en servir c’est généralement doubler sans vraiment faire d’écart.
    Faites le test en comptant le nombre d’automobilistes qui vous doublent sans utiliser ce que j’appelle l’option. Questionnez autour de vous le nombre d’automobilistes sanctionnés pour non-usage du clignotant. Á ma connaissance ils sont plus que rares.
    Ce manquement est d’autant plus grave lorsque les automobiles se suivent.
    Et pourtant personne ne met l’accent sur ce sujet qui me semble aussi important sinon plus que le casque. On privilégie la sécurité active plus que la passive.
    Faut-t-il pour autant manifester?

  3. Alors attendons quelques heures … mais nous sommes le 14 juin, le rassemblement le 17 au matin…
    Adhérente FFCT et FUB, si j’habitais Paris je participerais à ce rassemblement, en « cycliste urbaine » : la rue n’est pas la route et se doit d’être partagée entre tous les usagers, avec priorité aux plus vulnérables qui ne doivent pas être contraints de porter une armure pour se déplacer par le moyen de déplacement de leur choix (pour l’occasion le vélo, mode actif non polluant peu coûteux et bon à la santé).
    Bonne balade conviviale, le vélo c’est cela aussi, pas l’affrontement vélo/voitures !
    Michèle 🙂

  4. Bon, finalement, pas de port du casque obligatoire et c’était une bonne chose. Les différentes pratiques du vélo doivent apprendre à cohabiter. Je pratique en ville et en club. La FFCT a raison d’insister (d’obliger) ses adhérents à porter le casque : en groupe, les chutes interviennent majoritairement à l’intérieur du « peloton », quand ça « frotte » ou qu’il y a un nid de poule ou du vent… Et ça fait des chutes avec des clavicules ou des genoux qui pètent et des situations violentes mais pas trop où le casque est utile. La FFCT a donc du insister pour que ses ouailles portent le casque et elle a eu raison. A présent que le message est passé, on peut comprendre sa réticence à lâcher sur ce point, car ils ont en effet sauvé des vies.
    -> Contre une voiture, en ville ou quand tu te fais serrer contre une barrière par un camion ou un bus qui ne t’a pas vu, le casque ne sert pas à grand chose. Il ne résiste pas à la roue du camion. Deux utilisations différentes deux conclusions différentes.
    –> Je fais du vélo (un peu) sportif le dimanche, en lycra, avec un casque et il m’arrive de suer. J’en fais la semaine pour aller à la gare, en habit de boulot et sans casque. Quand je vais à Paris, j’utilise le Vélib, sans casque, comme tout le monde. Et la fois où j’en aurais peut-être eu besoin, j’étais à pied et me suis fait heurter par un scooter sur un trottoir…
    —> L’essentiel est de pouvoir échanger entre des tenants de pratiques différentes et il faut continuer.

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