Brest vide ses caisses

Comme Emmanuel Macron, les touristes accourent à Brest. Ils font revivre l’hôtellerie, et se précipitent pour voir « le premier téléférique urbain de France ». A part le Président de la République ils sont bien les seuls. (Ajouts de documentation en note le 8 juillet 2017 à 11 h.)

Le télé-féérique de rêve
Les touristes courent à Brest pour découvrir le téléférique, le premier en France qui soit en ville1, inauguré en novembre dernier. Ils sont à peu près les seuls2, et heureusement, car l’engin est encore souvent en panne et pas toujours pour quelques minutes3. J’ai moi-même été obligée de rentrer à pied.
Le téléférique se prend non loin du tramway (mais pas à côté de lui), et arrive aux Capucins, un bâtiment industriel gigantesque et rénové qui pourra devenir un centre culturel et d’entreprises « innovantes » de premier plan. Pour l’heure il est surtout un fascinant espace vide dans un grand bâtiment où les enfants jouent et font du vélo, les étudiants étudient et quelques adultes lisent.
Derrière se trouve un « éco »-quartier en construction, de taille réduite et à l’architecture d’aspect banal, qui ne devrait pas attirer les foules d’étudiants en architecture.

Le tramway aspirateur
Donc un téléférique qui ne sert qu’à attirer les touristes, et un tramway dont on me dit qu’il est très bien car il dessert les deux zones commerciales, une à chaque bout ! Un tramway, d’habitude, ça sert à revitaliser le centre-ville, celui-ci, me dit un employé de supermarché habitant du centre-ville, « il est bien parce qu’il me permet d’échapper aux prix trop élevés des commerces du centre ».

Le parking vide
A l’entrée nord de la ville, à proximité de la station de tram Place de Strasbourg, on a pourtant créé un parking pour autos et vélos. Il est gratuit sur présentation d’un ticket de tram validé (ce qui ne veut pas dire utilisé), mais il n’est jamais plein, « les gens vont au boulot en auto » m’explique-t-on. 60 autos l’occupent en moyenne chaque jour, pour 450 places.

Dans la partie vélos c’est pire puisqu’il n’y a que deux vélos en moyenne, me dit mon passionnant informateur qui a remarqué qu’avant le tram il y avait davantage de vélos en ville. Pour accéder à ce parking il faut aussi avoir un ticket de tramway.
Comme ces parkings n’acceptent pas de stationnement résidentiel, ils ne risquent pas de se remplir.

Le maire de Brest a-t-il compris tout faux? Il aurait déjà dit qu’il ne se représenterait pas, mais est-ce une raison pour fermer le télé-féérique en juillet et août, même pour entretien annuel, à la meilleure période pour les touristes ?

La ville laide et magnifique à la fois
Entre téléférique-gadget et tramway à contre-courant, il m’est resté de ma visite au téléférique ce dont personne ne m’avait parlé : la superbe vue depuis un petit réduit près de la gare, la promenade de la forteresse et du cours Dajot, et la subtile réorganisation de l’axe central qui accueille le tramway.

Espaces piétons où les livraisons sont possibles, mini-rond-points efficaces, et le passage sous l’avenue Georges-Clemenceau devenu vaste esplanade piétonne rendant l’Hôtel-de-Ville à sa gloire… le travail mérite admiration. On ne peut pas dire que le vélo ait été oublié, même, mais il n’y avait comme d’habitude pas assez de place pour lui dans les deux sens…

Un jalonnement abondant indique qu’on tient compte des cyclistes, mais peut être pas assez : si le plus court chemin à vélo de la mairie à la gare avait été indiqué je n’aurais pas raté mon train. Par contre les vélos sont autorisés dans tramway et téléférique, avec le même ticket. Décidément, je ne vois pas pourquoi le parking se remplirait !

 

Brest est une ville qui respire. Elle n’est pas belle, elle gaspille peut-être son argent, mais elle a de l’ambition et est une vraie ville. Une ville où, « malgré tous ses défauts » je comprend qu’on puisse s’installer. Brest est en plein vent maritime ! Après tout, son téléférique, elle n’en a pas besoin !

—Notes—

  1. Le téléférique de Brest est le premier de France à se vouloir urbain, celui de Grenoble, inauguré en 1934, a une vocation touristique et une forte fréquentation. Aucun des autres projets sur notre sol n’a encore abouti. Le téléférique de Grenoble fonctionne.
  2. Le téléférique ne figure même pas sur le site de l’office de tourisme, pas plus d’ailleurs que le tramway, et pourtant nous sommes à la rubrique « se déplacer ». Sur le site de la Ville il en est encore à son inauguration.
  3. Le téléférique a été construit par la société BMF. La fiche technique montre l’extrême complexité du dispositif. Vous pouvez également lire la présentation de l’ensemble urbain sur le site du quartier des Capucins.
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18 thoughts on “Brest vide ses caisses

  1. Lors d’un voyage à Brest-même, j’ai demandé à des agents du tramway si les vélos pouvaient rouler sur la voie tramway et ils m’ont répondu négativement. Si un/e Brestois/e peut confirmer, ça m’intéresse.

  2. A Brest, les choses sont faites pour les apparences. Il n’y a pas de recherche d’adéquation avec les besoins réels des gens qui y vivent. Donc des équipements imaginés par des gens qui ne les utiliseront jamais, qui sont juste contents d’avoir justifié leur salaire pour aller payer leurs impôts dans les communes littorales limitrophes.

  3. Orléans c’est une grosse blague, son téléphérique pire que Brest. Tout ça pour essayer de conccurencer Tours. Elle ferait mieux de mettre ses investissements ailleurs quand on voit la rang de la ville en France. Pareil pour Brest, il y a d’autres priorités.

  4. Le mauvais fonctionnement du téléphérique de Brest s’explique par le fait qu’ils ont choisi une solution technique innovante et pas encore éprouvée (système funitel à croisement vertical, c’est un première mondiale).

  5. Eh bien chère Isabelle vous oubliez les Finistériens « pas de Brest même » comme on dit ici, des sortes de « provinciaux » locaux dont je suis ; et nous, nous adorons aller prendre le téléphérique le week-end pour profiter du super plateau des Capucins avec sa géniale médiathèque… Sommes-nous pour autant des touristes ? Non, des locaux, aspirés par l’effet métropole (qui existe bel et bien) ; un rôle pour lequel Brest est fondée à « investir » un peu.
    Nous on ne fait pas de vélo à Brest parce qu’on vient de trop loin (une trentaine de kilomètres), et qu’en ce moment la ligne de TER est en rénovation ; donc si jamais on prend le tram (c’est rare, on préfère marcher) ce n’est pas pour éviter de pédaler.
    Enfin bref, votre regard est trop extérieur … Comme vous dites « vous n’y êtes pas restée assez longtemps ».

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