Le Havre invente la journée sans voitures de trois jours

Vendredi, samedi, dimanche, Le Havre recevait les petit et grand géants de Nantes, venus en frères féliciter la Ville pour ses 500 ans. Pour l’occasion, la ville redevint ville …

Dès le dimanche d’avant avait été interdit tout stationnement d’automobile dans un périmètre couvrant toute la ville basse, celle qui avait été créée par François 1er, détruite par les Anglais en 1944, et reconstruite par Auguste Perret. Environ 133 hectares (selon wikipedia, 150 hectares ayant été rasés lors des bombardements) étaient concernés.

Le mercredi les effets commencent à se faire sentir, les automobilistes comprennent que c’est du sérieux. Ils n’essayent plus de trouver la faille, et même ne s’approchent plus du centre. Quelques voitures roulent encore, craintivement, on les entend à peine. Le tramway s’arrête aux portes de la ville neuve.

Vendredi les piétons envahissent la ville. 
Grands jours de paix !
Les commerçants comprennent, éberlués, ce que ce serait que de travailler portes ouvertes; les habitants sont là, ils se sont adaptés. La marche a repris ses droits, les habitants redécouvrent escaliers et sentes piétonnes, même pour venir des communes voisines, et même avec une poussette. Le vélo a moins pris ses aises1. La SNCF avait affrété des trains supplémentaires à deux étages, aussitôt bondés de Caenais, Rouennais, Parisiens…

Il fallait bien 3 jours pour se préparer, et 3 jours pour s’apercevoir que c’était bien.
Combien faudra-t-il de jours pour recommencer et pérenniser ? Les habitants et les commerçants en rêvent … Et si Le Havre devenait Ville-pilote de la démotorisation? Elle a bien su commencer. Et puis elle a des relations au Gouvernement maintenant …

*

—Notes—

(a) Cela aurait été un rêve sans partage si…  les motocyclistes, la nuit venue, ne s’étaient engouffrés dans la brèche et n’avaient semé leur terreur. On entendit leurs rodéos jusque dans les collines qui dominent la ville, j’en vis encore dimanche après-midi près de la gare rouler furieusement au mépris de toute prudence et de tout bon sens.

(b) Un tel périmètre fermé à titre provisoire implique force barrières mobiles et bobines de ruban, mais surtout services de sécurité à pied, à vélo, en auto et à cheval, souvent armés, au sol, sur les toits et dans les airs. Cela implique également force volontaires. Pérenne il en irait autrement.

(c) Lire aussi : Le bruit de l’humainSavez-vous quel bruit ferait une ville débarrassée du bruit des moteurs ? Ecoutez …

 

  1.  Est-ce car les côtes au Havre sont sérieuses et qu’alors on ne s’y improvise pas cycliste?
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8 thoughts on “Le Havre invente la journée sans voitures de trois jours

  1. En fait les festivités des 500 ans du Havre, depuis Le défilé inaugural jusqu’au rassemblement de voiliers de septembre, favorisent la venue de milliers de personnes. Les risques d’attentats obligent à la sécurisation et piétonisation d’un important périmètre. Il est rassurant de voir qu’à chaque fois de plus en plus de vélos ont bénéficié d’une liberté extraordinaire… Dommage qu’il n’y en ait pas eu autant que souhaité 🙂

  2. Contrairement à vous, j’ai vu énormément plus de vélos que d’habitude, probablement pas tous des locaux d’ailleurs…
    Dans le même temps on s’apprête à supprimer la circulation des piétons et à compliquer celle des cyclistes dans le tunnel Jenner qui relie “ville haute” et “ville basse” depuis 60 ans ! Et même si, lors des rencontres que le collectif Vélorution a pu obtenir pour présenter et soutenir son contre-projet, la municipalité a reconnu que ce projet était le meilleur, le tout-bagnole va encore gagner pour de nombreuses années…
    Quant au bruit d’une ville sans voiture, j’ai déjà eu l’occasion d’y goûter à l’occasion du passage d’une course cycliste. La circulation automobile avait été interdite sur mon avenue pendant toute la journée et nous avions été tout surpris d’entendre les conversations des piétons ou riverains voisins…

  3. Pour le tunnel Jenner, la Ville du Havre précise que c’est la commission nationale d’évaluation de la sécurité des ouvrages routiers (règles de sécurité “Montblanc”) qui l’oblige à fermer.

    • Le contre-projet du collectif Vélorution prenait en compte les demandes de la CNESOR en dédiant un des deux tubes aux voitures et l’autre aux modes doux et aux véhicules de secours, comme à la Croix Rousse à Lyon ou au tunnel du Chat en Savoie. Cela nécessitait de passer d’une ventilation longitudinale à une ventilation transversale pour le tube automobile. Certes, cela a un coût mais il n’a même pas été étudié…! La culture du tout voiture reste bien ancrée dans la tête de certains politiques…

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