Une randonnée aux Pays-Bas avec CyclotransEurope

La randonnée annuelle de l’association CyclotransEurope a réuni sur 3 semaines une troupe de 20 à plus de 60 personnes selon les périodes. Elle proposait cette année de découvrir les Pays-Bas et y a tout du long roulé sur des routes destinées aux cyclistes.

Partant de Maubeuge, qui est en quelque sorte sa capitale puisque c’est là que la véloroute dont elle s’occupe entre en France, l’association a d’abord rendu visite à plusieurs villes du Nord. L’ADAV1 y signait en effet des « conventions » selon lesquelles elle conseille la commune et en reçoit des subsides.

De Maubeuge à Dunkerque l’amitié de la population pour les cyclistes se dégrade
A Maubeuge, dès la sortie de la gare les cyclistes voient des panneaux de véloroutes et roulent dans l’axe central destiné aux autobus. Ils sont guidés par un itinéraire direct et agréable pour passer la nuit au premier relais éco-vélo de France, dans l’ancienne gare. A l’approche de Dunkerque et de Bergues ce fut plutôt l’inverse, notre groupe s’est vu refoulé deux fois par des agriculteurs. L’un a interdit de passer sur la route jouxtant son bâtiment, au point de couper la chaîne des signaleurs, couper le groupe, et obliger des ados à rouler seuls et sans instructions sur une grand’route. J’étais dans un autre groupe qui a vu un tracteur nous foncer délibérément dessus.


A l’inverse la réception par les maires a été de plus en plus favorable
Le premier maire est sur la réserve, prêt à faire des choses légères s’il advenait que la population le demande mais n’ayant pas osé passer le centre-ville en zone 30 (il l’a donc passé à 40 km/h !!!). Il envisage cependant de créer un « centre d’hébergement pour cyclotouristes » (ce que pense faire aussi Dunkerque), car il les voit « peu compatibles » avec un 4 étoiles (merci monsieur). Les deux rencontres suivantes furent beaucoup plus agréables. Deux « conventions » ont été signées avec l’ADAV, à Saint-Laurent-Blangy (agglo d’Arras) pour éviter de faire des erreurs et à Bailleul.
Une troisième rencontre a eu lieu avec M. Franck Dhersin, conseiller régional, qui insiste sur l’absolue nécessité de faire figurer le vélo dans les SRADDET (Schémas d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires), comme l’avaient fait les DRC2 Sinon il sera impossible de financer des aménagements, prévient-il. Il annonce aussi qu’un comité de pilotage régional du vélo aura lieu en octobre.

Le groupe a constaté dans le nord de notre pays un beau potentiel d’itinéraires à vélo, sur d’actuels sentiers et chemins à viabiliser. La proximité des Ravel wallons3 et des véloroutes de Belgique et des Pays-Bas fait rêver aux nombreux cyclotouristes qui ne demandent qu’à prolonger leurs parcours vers la France. Ils font aussi rêver en France quelques édiles lucides …
En temps de guerre
Une randonnée en groupe, c’est parfois un peu pénible4. L’évocation de la bataille de Cambrai (1917), oubliée par les Allemands à qui on avait joué un bon tour, pour rien, exhumée par les Anglais en 1977, la présentation de la ligne Hindenburg et son musée à Bullecourt, la visite du musée de Dossin, une caserne devenue camp de départ vers la déportation, ou cette zone inondée, où passe la F325 (voir plus tard !), où les Allemands, en 45, se retrouvèrent dans la gadoue après avoir brisé les digues pour vider le pays… Tous ces souvenirs de notre Europe meurtrie5 … doivent nous faire relativiser les désagréments dus aux parleurs tardifs, ronfleurs ou remueurs de sacs en plastique, comme l’agacement provoqué par « ces débutants » qui roulent à gauche et qu’on n’arrive pas à doubler …

Le rêve d’un monde meilleur 
La suite du voyage a permis de continuer à rêver à un monde meilleur, plein de cyclistes joyeux, par exemple, et de sous-bois pleins d’oiseaux. Pour ma part je m’en suis échappée quelques jours pour visiter les villes de Utrecht, Arnhem et Nimègue, et explorer la véloroute rapide (la F325) qui lie ces deux dernières villes. J’ai pu y guider ensuite tout le groupe, après leur avoir fait visiter le garage de la gare de Arnhem. Je vous en ai rapporté quelques reportages6.

L’association CyclotransEurope est le pilote de la réalisation en France de la véloroute européenne n°3 ou route de Saint-Jacques de Compostelle. Sa randonnée annuelle a pour objectif de populariser son action et de nouer de nouveaux contacts. Elle contribue aussi à la culture cycliste des participants. L’organisation de la randonnée est très lourde, elle requiert plus d’une vingtaine de bénévoles pendant l’année et la randonnée.

CyclotransEurope. Vidéo relatant la randonnée (7 minutes), et un diaporama sur le site de l’ADAV-Maubeuge (12 minutes).

—Notes—

  1. L’ADAV, association Droit au vélo, est passée d’association lilloise à association régionale.
  2. Plus que deux jours pour faire inscrire le vélo dans les schémas régionaux.
  3. Ravel : réseau autonome de voies lentes, en Wallonie exclusivement. Réalisés à partir des bords de canaux ou anciennes voies ferrées, correspondent peu ou prou aux voies vertes françaises. Pour s’informer, ouvrir le site vélo-ravel.net
  4. Les « avantages » de participer à une telle randonnée sont bien plus importants que les désagréments : itinéraire établi, hébergements réservés, guides souvent très savants, participants sympathiques, etc
  5. Sur « véloroutes, ou vélo, et guerres », on peut revenir à l’article La Vennbahn au coeur de l’Europe, ou lire l’histoire des Pyrénées des années 36-40 dans le dernier numéro de 200.
  6. Reportages issus de l’escapade de quelques jours :
    – Stationnement et intersections aux Pays-Bas.
    Points-noeud et véloroute rapide.
    Enseignements.
    Peut-on transposer ?
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