Grandes promesses de la véloroute de la Seine

Aller du Havre à Paris par les bords de la Seine, cela pourra se faire. Ce sera la véloroute de la Seine, dont le projet prend déjà, et très vite, tournure. Ce sera formidable.
Une idée forte

L’idée remonte à plusieurs années, et notamment aux travaux du Grand Paris lancés par le président Sarkozy. Philippe Philizot est nommé en 2013 préfet délégué interministériel au développement de la Seine. Il en propose l’idée. 
L’an dernier les CAUE de la vallée organisaient des travaux d’étudiants qui furent présentés au pavillon de l’Arsenal (lieu de présentation des projets parisiens d’architecture)1.

Et puis j’ai été voir …

Rechignant à démarrer de Paris, trop consciente du parcours d’obstacle qu’est l’Ile-de-France, je suis partie du Havre.

Du Havre à Elbeuf, on ne va pas se plaindre

Les sorties du Havre et de Rouen sont aménagées, en neuf au Havre, en ancien peu entretenu à Rouen. Entre les deux il y a déjà de fort beaux passages en voie verte, en amont de Caudebec, environ 20 km, dans la boucle de La Bouille et même à la sortie d’Elbeuf, et de magnifiques paysages, variés et plats.

Tout l’itinéraire du département est flêché, en définitif parfois, provisoire souvent, donc pas de façon très ordonnée. Avec de l’attention et la carte routière, complétée par la carte gratuite des véloroutes et voies vertes du département, je m’en suis très bien sortie. Ne manquent cruellement que 4 panneaux sur ces quelques 200 km (au moins le double de l’axe routier, je suppose) : à proximité de la gare du Havre, au sud du théâtre antique de Lillebonne, au nord de Jumièges et sous le pont Gustave-Flaubert à Rouen.

J’ai trouvé que ça allait être formidable, mais pour autant je ne saurais recommander cet itinéraire, dans son état provisoire, à quiconque n’est pas un-e cycliste aguerri-e, et capable d’une certaine vélocité. Ils ont fait avec l’existant et cela n’est pas très brillant. 
Souvent une route « secondaire » parallèle à l’autoroute (avant et après Tancarville par exemple) sur lesquelles, un lundi 14 août, j’ai eu, parfois, déjà bien trop de camions. En temps normal cela ne passera pas. Et bien sûr, je n’ai pas de photo à montrer, trop occupée que j’étais à m’en tirer.

A Lillebonne c’est une très petite route jusqu’à Villequier, annoncée voie verte mais dotée de recommandations de modération pour les automobiles ; à Petit-Couronne la piste devient trottoir partagé, sans dommage en période de vacances, mais sûrement pas le reste du temps ; à Canteleu vous devez grimper un peu (il faut le deviner) pour éviter la route industrielle, puis redescendre, et vous perdre à l’entrée de Rouen.

J’y ai au moins découvert des traces archéologiques d’aménagements très bricolés des années 90 (je reconnais les logos dessinés alors, qui montrent l’absence de rénovation !), trouvé un chemin interdit, poussé le vélo sur la voie du TEOR2, mais, sans doute grâce à ça, trouvé très facilement un hôtel. La sortie, elle, existe sous la poussière et la méconnaissance de tous.

Mais la Seine-Maritime termine en beauté avec la traversée de sa dernière boucle de la Seine par le pont du chemin de fer d’Orival. Ensuite pique-nique à Criquebeuf dans la terrasse abritée du café Clin-Foc, fermé pour congés, puis me suis retrouvée dans un jardin privé où, encore une fois, je fus aimablement conseillée. Enfin, très belle voie verte absolument pas fléchée, de Léry à Val de Reuil, qui passe à la gare. Mais nous ne sommes plus en Seine-Maritime.

Dans l’Eure c’est une tout autre histoire

Reprenant à la gare de Val de Reuil, j’ai commencé par me faire piéger par le plaisir de suivre la voie verte jusqu’au bout. Rien n’est indiqué et il n’y a pas de carte disponible3. Manque de chance, cette voie verte longe l’Eure. J’ai dû repasser dans la vallée de la Seine, en passant par une côte épouvantable et quelques grand-routes effroyables, et n’en aurais jamais trouvé le chemin si je n’avais été abordée (malgré mon air de pas contente) par la providentielle épouse d’un responsable FFCT. Ensuite route sans circulation mais très longue, très belle, le long d’une boucle très étroite. Aux Andelys, 3 hôtels mais pont haut et « routier», route nationale, « pistes » peintes sur trottoir minuscule, et alternative le long du « Grand rang » en sens interdit…

A Gaillon, autre rencontre miraculeuse, certainement un des meilleurs connaisseurs de la politique locale et du terrain. Des deux plans affichés à l’office de tourisme, aucun ne me donnait la moindre idée de mon chemin. C’était finalement assez simple, mais impossible à deviner. J’ai ensuite tenté de suivre la Seine par le bord, il existe m’avait-il dit.  Herbe, racines et broussailles m’ont fait renoncer, il ne m’avait pas conseillé d’essayer. Le terrain est libre pour une très belle voie verte.

Souvent dans l’Eure, bien plus qu’en Seine-Maritime, je sens une forte attente sur le projet, tout le monde semble en avoir entendu parler, hôteliers, passants, agents des offices de tourisme, propriétaires… Parfois alors je fais remarquer qu’un petit fléchage provisoire aurait quelqu’intérêt. Mais si, s’écrie-t-on alors invariablement presqu’en colère, à Vernon c’est bien indiqué ! A Vernon il y a deux panneaux publicitaires, un de chaque côté du pont, et même la dame de l’office de tourisme ne savait pas très bien.

Alors je vous avoue la fin : j’en ai eu marre. Trop de cafouillages, pas moyen de rouler. La fameuse voie verte de Giverny n’est pas grand-chose (2 mètres de large!!!), et je n’ai pas vu le panneau qui fait finir par les rues du village. Le détour ensuite pour éviter la route qu’on ne sécurise pas. Et la voie verte de Gasny à Gisors, pas du tout indiquée, mais si belle (malgré quelques traversées signalées dangereuses mais qu’on ne corrige pas, alors que l’usure des damiers témoigne du temps qui passe) que je ne l’ai pas quittée pour la véloroute Londres-Paris, mais poursuivie jusqu’à Gisors. J’ai pris le train. Car la perspective de l’Ile-de-France … merci … !

Mais ça va être formidable, car le paysage l’est, le relief est plat, les côtes rares et douces, l’espace souvent disponible, semble-t-il, et la Seine … Hôteliers, citoyens, jardiniers et passants, visiblement tous l’espèrent, tous y croient ! Les touristes aussi, et vous le savez bien. Y’a pu qu’à. Y’aura aussi des résistances. Et pi faudra faire bien !

  1. Sur les préparatifs de l’an dernier, voir La Seine à vélo, un projet de véloroute qui démarre très bien
  2. TEOR, à Rouen : axe réservé aux bus, avec quais; interdit aux vélos, même en pleine rue commerciale ou sur les quais, dépourvus de voie cyclable.
  3. Il existe bien une carte touristique de l’Eure, avec mention des véloroutes et des voies vertes. Mais son échelle ne permet pas une utilisation sur le terrain, et, surtout, elle présente de la même façon l’existant et ce qui est envisagé pour l’avenir… Elle indique notamment un chemin entre Vézillons (sud des Andelys) et Vernon qui est peut-être celui dont on m’avait parlé à Gaillon.
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5 thoughts on “Grandes promesses de la véloroute de la Seine

  1. Merci Isabelle pour ce reportage. Oui, ça va être formidable, pour peu que les différentes collectivités puissent s’entendre, que l’on traite les points noirs, que l’on remplace le provisoire par du définitif, que l’on relie entre eux les beaux tronçons que tu as pu apprécier …. et que l’on mette du liant dans tout ça.
    Le département de la Seine-Maritime a créé il y a quelques années cet itinéraire « Véloroute du Val de Seine » sur tout son territoire et seulement sur son territoire … dommage que le département de l’Eure ne s’y soit pas associé à l’époque car cela aurait évité des passages très peu sécurisants en semaine.
    Ainsi, entre Caudebec-en-Caux et Jumièges, lors de notre randonnée de printemps, nous avons quitté l’itinéraire rive droite pour passer par la rive gauche (donc l’Eure) et suivre un itinéraire non-officiel, non-balisé fait de petites routes qui aurait été une belle alternative avec en prime le passage du Pont de Brotonne (anciennement 2×2 voies converti en 2 x (1 voie motorisés + 1 voie vélos et tracteurs) et le bac de Heurtauville-Jumièges.

  2. Cet itinéraire mal fini me fait penser à la Via Rhôna au niveau de Lhuis et Briord (Ain) qui n’y a jamais été finie. On doit aujourd’hui faire un détour sur la rive gauche en Isère. A qui réclamer pour reprendre les travaux ?

  3. Reportage fort intéressant. Ça me donne envie d’y aller, même si je saurai à quoi m’attendre en terme d’aménagement. Mais en France, on a l’habitude…

  4. Merci Isabelle. Pas surprenant de lire tout cela, mais tellement désolant de constater cette incapacité à construire un véritable itinéraire sur une longue distance. Toujours des tronçons pour les loisirs, dont se contentent les communes.
    J’ai pratiqué l’itinéraire à plusieurs reprises. En 1992, de Mantes-la-Jolie à Deauville en deux jours, surtout par la route et avec le meilleur moment sur la petite route du méandre de Jumièges, suivie de la traversée de la forêt de Brotonne (grâce au bac de Jumièges), pour finir dans le paysage sauvage et tranquille du marais Vernier.
    En randonnée d’une journée, j’ai aussi longé directement le chemin de halage de Vernon à Saint-Pierre-du-Vouvray, assez praticable et avec des paysages magnifiques (rive gauche). En revanche, c’était plus difficile de Mantes-la-Jolie à Vernon. C’est pourtant là que devrait être aménagée la voie-verte, évitant ainsi la route fréquentée de Vétheuil à la Roche-Guyon (rive droite).
    Enfin, de Poissy à Mantes-la-Jolie, l’itinéraire est quasiment là, avec des aménagements récents au niveau des Mureaux.
    Reste un tronçon que je n’ai jamais pratiqué, des Mureaux à Mantes-la-Jolie : il y a des industries et un passage étroit où l’autoroute longe la Seine (face à la centrale électrique de Porcheville), mais il ne faudrait pas grand chose pour faire la jonction.

  5. Je viens d’apprendre que le comité d’itinéraire se mettait en place, sous l’égide des DRC. L’article en lien montre aussi que c’est un peu laborieux, et que pour inaugurer en 2020, comme annoncé, il faudrait peut-être se bouger un peu plus … Proposons alors l’échéance du 2 août 2024 (ouverture des Jeux Olympiques) pour faire d’une pierre deux coups.

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