Les cyclistes trouveront-ils leur place dans les Assises de la mobilité?

Voici le mode d’emploi des Assises de la mobilité, qui seront organisées par les préfectures de région de maintenant à fin novembre, voire début décembre. Et pour commencer, découvrez comment s’est passé le lancement officiel des Assises, hier après-midi. (Dernière mise à jour le 2017-09-22 à 14:13.)

C’est le Premier ministre qui a ouvert les Assises de la mobilité, hier, devant un amphi assez plein, complété par une salle de visioconférence, à l’ex-Bourse de Paris, face à l’AFP. « 1557, le 10 août », nous lance-t-il, enchaînant sur la rencontre de Philippe II et du Connétable de Montmorency. Il plante le décor en plein dans l’Histoire, citant Braudel et son « L’identité de la la France » (Arthaud, 1986). Les liaisons (alors routière) sont le ciment de toute nation, elles le sont tout autant de la France, nous balance-t-il.

(1) —-3 x 3 x 6———————
Ensuite, quittant ce registre romanesque et historique, il énonça :
3 besoins

  1. Le temps, 1 h par jour dans les transports c’est autant de moins pour famille et amis;
  2. L’équité, 40% de la population n’a pas de transports en commun;
  3. L’agilité, tout trajet est de porte-à-porte, le téléphone de poche permet de tout organiser.

3 défis : la sobriété, l’attractivité et la sincérité financière (on ne promet que ce qu’on sait pouvoir payer et on dit comment on le payera).
6 axes de réflexion pour ces assises : propre, connecté, réduction des inégalités, complémentarité, sécurité du matériel, gouvernance et financement.

(2)   — Table ronde————————
A suivi une série d’exposés animés par une personne qui tenta de se situer dans le même registre narratif qu’Edouard Philippe, mais ne trouvant que … Victor-Hugo. Des exposés je ne vous dirai rien, si ce n’est que chacun des intervenants y a joué son rôle, le sondeur, le sociologue, la chef d’entreprise, sans grande surprise.

(3) ——-6———————
Enfin Elisabeth Borne, la ministre des Transports, donna la liste des 6 objectifs des Assises, dans la ligne de ce qu’avait dit Edouard Philippe :

  1. Baisser les gaz à effet de serre, liens vers santé publique et véhicules non-thermiques; mobilité active, baisse de la mobilité subie;
  2. Tirer parti du numérique, notamment billétique intégrée, informations etc, à travers tout le pays.
  3. Cadre de régulation, concurrence loyale.
  4. Mobilité pour tous et partout, mieux tirer parti des bus scolaires, des transports sanitaires etc. Tirer parti des forces de chaque mode, rabattement vers les modes lourds
  5. Sécurité: entretien des réseaux, terrorisme, cyber-attaques
  6. Finances, gouvernance; nouveaux modèles économiques, nouvelles ressources; répartition contribuable – usager dans le financement (prix payé par le voyageur).

Auparavant elle avait rappelé, comme l’avait fait le Premier ministre, que la Loti avait 35 ans (1982), la dotant par lapsus d’un nouveau nom : Loi d’organisation des transports intérieurs1.


(4) ——-
Ateliers : Une direction flottante—————————–

Les participants se retrouvèrent ensuite dans leurs ateliers. Certains ne l’avaient pas choisi, O. Schneider (Fub) et Lorelei Limousin (Réseau action Climat) se retrouvant par exemple dans « Mobilités interconnectées ». D’autres étaient « en mission » pour leur entreprise et n’avaient rien demandé. Certains ateliers ont eu un micro tournant, d’autres ont travaillé par table, de nombreux participants n’ont pas su clairement s’ils avaient un animateur, d’autres pensent en avoir eu deux, et personne n’a compris s’il y aurait d’autres séances. Tous les 15 jours mais pas avec tout le monde, semble à l’inverse avoir entendu un quidam.
Bâclé, à l’arrache, sans méthode, niveau micro-trottoir, voici quelques uns des qualificatifs entendus à la sortie. Disons qu’ils ont essuyé les plâtres.


Quels résultats attendre de ces Assises?————–
Elisabeth Borne n’affiche pas d’inquiétudes, le Gouvernement ayant fixé les objectifs. Je doute que cela suffise.

Au contraire on peut craindre qu’à ce compte la rupture espérée n’ait pas lieu, que ce soient naturellement les entreprises et les filières industrielles qui se fassent le mieux entendre, et qu’au final on se contente d’infléchir les courbes.
L’atelier sur les investissements travaille déjà au choix des infrastructures à financer (après qu’on ait bien dit qu’on ferait une pause et qu’on n’avait plus beaucoup de sous), pourquoi penserait-il aux réseaux cyclables, alors qu’on ne sait même pas si on aura encore besoin de nouvelles infrastructures lourdes ?

Olivier Schneider n’a pas l’intention de s’épuiser en réunions sur les applications pour téléphone de poche, il va demander à ce que les cyclistes soient auditionnés par chaque atelier. Ou au moins par ceux qui existeront encore. Quant au Gouvernement, il vient tout juste de recruter quelqu’un au cabinet de madame Borne pour s’occuper des Assises.

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En plus des ateliers thématiques, voici ce que vous pouvez faire pour participer :

Les Ateliers des territoires : Quels besoins de mobilité ?

Des réunions publiques, ouvertes à la population, à travers le pays, afin de débattre sur les besoins et les contraintes liées à la mobilité. Objectif : Identifier les besoins de mobilité actuels et leurs évolutions au cours des prochaines. L’approche retenue est de travailler par type de territoire (métropoles, villes moyennes, grands ensembles périphériques, périurbain, rural) plutôt que par région. Les lieux de ces réunions en tiendront compte, et seront au moins au nombre de trois par Région.

Selon mes informations les réunions devraient être sur invitation pour ne réunir qu’une cinquantaine de personnes à la fois, avec une bonne représentativité de la diversité des situations. Seraient alors conviées des associations, des universitaires et institutionnels, des entreprises jeunes et innovantes (start’ups ) locales, et le grand public par tirage au sort sur les listes électorales et candidatures.

Les Ateliers de l’innovation : Quelles nouvelles solutions ?

Un appel à idées à destination des entreprises et des territoires, en vue de l’attribution de prix d’innovation et d’un large partage de ces initiatives.
Objectif : Promouvoir les bonnes pratiques et les solutions innovantes de mobilités, afin de donner de la visibilité à des initiatives locales peu connues. Favoriser le développement des solutions innovantes, notamment pour améliorer l’accessibilité des zones rurales et périurbaines et pour réduire la congestion dans les métropoles.

Un comité de l’innovation, pérenne, est créé. Il s’occupera de l’appel à projets et cherchera à identifier les freins et leviers.

Les Ateliers des experts : Quels enjeux pour les politiques de mobilité ?

Cahiers d’acteurs, contributions individuelles ou institutionnelles, avec un comité scientifique composé d’experts, d’entrepreneurs, d’organisations professionnelles et syndicales, de représentants d’ONG (…) pour piloter la réflexion et produire des recommandations.
Thèmes : Mobilité et numérique, financement des transports, mobilités urbaines, le droit à la mobilité, les mobilités actives. Sur ce dernier point l’enjeu identifié est plutôt « général » : comment soutenir le développement des mobilités actives ? 

Dans le même esprit, ouverture d’une plateforme internet. C’est là que vous devriez aller en priorité.

D’autres réunions peuvent être montées par qui veut, collectivité territoriale ou organisme.

Les Ateliers de l’investissement : Quelles infrastructures pour 2030 ?

Supervisé par un comité d’orientation et de suivi des infrastructures. Celui-ci sera composé principalement d’élus (parlementaires, élus locaux, personnalités qualifiées) et présidé par Philippe Duron2. Ce comité perdurera une fois la loi votée pour en assurer le suivi.
Objectifs : Préparer la programmation des investissements et de leurs financements qui sera soumise au Parlement dans le cadre de la loi d’orientation des mobilités.

Une commission spécifique du Conseil de la transition énergétique produira un rapport d’ensemble du travail des ateliers thématiques. Elle sera aussi consultée sur le texte de loi.

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  1. LOTI, loi d’orientation des transports intérieurs, 30 décembre 1982. Elle fut la première grande loi du président Mitterrand, affirmant notamment le droit pour chacun de se déplacer et de choisir les moyens pour le faire, « dans des conditions raisonnables d’accès, de qualité et de prix ainsi que de coûts pour la collectivité ».
  2. Philippe Duron, homme politique de gauche, ancien député et maire normand, spécialiste des transports. Voir sa biographie.
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3 thoughts on “Les cyclistes trouveront-ils leur place dans les Assises de la mobilité?

  1. Edouard Philippe annonce 20 milliards pour accélérer la transition écologique (Actu-Environnement, 25 septembre), une partie ira aux transports, et nos craintes commencent à se justifier. Voir l’avant-dernier paragraphe.

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