Assises de la mobilité : Que doit contenir la Loi ? A. Guggenheim

Les trois premiers articles de la Loi !
Abel Guggenheim

Exposé des motifs

Pour couper une planche, planter un clou, enfoncer une vis, on utilise généralement une scie, un marteau, un tournevis. On n’utilise les équivalents plus puissants (scie circulaire, marteau pneumatique, …) de ces outils que lorsqu’on doit faire ces opérations dans de grandes dimensions, de façon répétitive, dans des environnements complexes, …
Dans certains endroits du monde, il en est de même pour le transport des biens et des personnes : on marche pour se rendre dans un endroit proche, on prend son vélo pour aller un peu plus loin, on n’utilise un véhicule motorisé que pour des distances importantes, ou pour déplacer des charges lourdes.

En France et dans un certain nombre de pays, le transport semble obéir à une logique inverse, que l’on peut classer dans la catégorie « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? » : utiliser un engin d’une tonne, bruyant, polluant et consommateur d’énergie, pour le déplacement d’une personne ou le transport d’une baguette de pain sur quelques centaines de mètres semble la norme, mais pas l’exercice d’une force musculaire modérée, directement ou avec l’aide d’un engin léger comportant deux roues dont l’une est mûe par le mouvement des jambes transmis par une chaîne, une courroie ou un cardan. Un cycliste parcourant trois kilomètres pour se rendre sur son lieu de travail sait qu’ils sera toujours suspecté de fausse modestie s’il rejette les félicitations pour son courage ou son caractère sportif. S’il répond, lorsqu’on lui prétend que « le vélo, c’est dangereux ! », que ce sont les véhicules motorisés qui sont dangereux, il y a de fortes chances que son interlocuteur pense qu’il se moque ou joue sur les mots, alors qu’il n’énonce qu’une vérité d’évidence.
Il en sera de même du parent conduisant ses enfants à l’école à pied en leur tenant la main, à qui un autre parent y débarquant un enfant (passé auparavant directement de la poussette au siège arrière de l’automobile), aura expliqué qu’il conduit ses enfants à l’école en voiture parce qu’à pied c’est dangereux !

Un des principaux objectifs de la présente loi consiste donc simplement à remettre à l’endroit ce qui est à l’envers, sur le terrain comme dans les esprits, et doit donc être explicité dès les premiers articles.

 

Projet de loi d’orientation des mobilités

Article 1
Le transport des biens et des personnes est organisé suivant le principe de subsidiarité.

Article 2
Pour se déplacer, pour transporter des marchandises, chaque citoyen utilise de préférence la marche ou le vélo. Si les conditions de son déplacement l’amènent à utiliser un mode de déplacement motorisé, il utilise le mode le plus simple, le moins bruyant, le moins polluant, le moins émetteur de gaz à effet de serre, le moins coûteux en surface, en argent, en énergie, en ressources non renouvelables, pour lui comme pour la collectivité, ou la moins mauvaise combinaison de différents modes suivant les mêmes critères.

Article 3
Les collectivités locales, les organismes publics et privés exerçant leur activité dans les domaines de l’aménagement et des transports organisent les territoires et mettent à disposition des citoyens des réseaux, des véhicules, du personnel leur permettant d’exercer effectivement les choix découlant du principe mentionné à l’article 1. Cette politique s’appuie si possible sur des dispositions prescriptives et incitatives, mais si nécessaire restrictives et répressives.

 

Abel Guggenheim
Cycliste à Paris depuis les années 60.
Militant associatif depuis les années 90.
Chroniqueur sur France Bleu (émission Roue libre) de 2013 à 2016.

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4 thoughts on “Assises de la mobilité : Que doit contenir la Loi ? A. Guggenheim

  1. Ça s’appelle le bon sens, et quand on ressent le besoin d’en faire une loi, c’est que l’on marche sur la tête depuis un moment. La première priorité d’une loi, c’est d’être applicable… et là ça va pas être simple !
    Il y a beaucoup plus simple, c’est le coût du transport : le litre d’essence est ridiculement bas. Augmentons progressivement mais rapidement la fiscalité sur les produits pétroliers, utilisons ces produits financiers pour organiser la transition énergétique de notre pays et tout ira très vite !!
    L’autre solution c’est d’attendre qu’il n’y en ait plus… mais il y a gros à parier que ce n’est pas une bonne idée !!!

    • Oui mais… On ne peut pas augmenter la fiscalité sans une logique claire qui donne une impression de justice à celui qui la subira. La justice pour tous, c’est la taxe-carbone pour tout. Pour la voiture elle y est déjà, incluse dans la TICPE (ex-TIPP). Mais on peut invoquer aussi le coût de la congestion, comme les Londoniens, les Stockholmois et les Milanais. C’est le péage urbain. Si celui-ci est suffisamment élevé, on peut alors augmenter le prix des transports en commun, jusqu’à en supprimer toute subvention. Alors seulement l’effort du cycliste sera récompensé par de réelles économies !

  2. On marche vraiment sur la tête : combien de gens prennent leur voiture pour aller à la salle de sport pédaler sur un engin fixé au sol? existe-t-il encore des équipements domestiques pour la musique, la télévision… qui ne soient pas fournis avec une télécommande, comme si nous étions incapables de nous lever pour aller changer de disque ou de chaîne… La flemme, soit… Mais quand même… Sommes-nous les fins de race humaine? A quoi ressemblera l’humanité dans cent ans?

  3. Bravo Abel ! oui vive le bon sens ! Michèle, 🙂 “aussi” cycliste depuis les années 60, “aussi “militante depuis les années 90, sur la santé, la mobilité, les modes de vie etc… Bon vélo et “bon tout” !

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