Assises de la mobilité : Que doit contenir la Loi ? J.L. Saladin

Appliquer aux transports le principe de subsidiarité Jean-Luc Saladin

Le principe de subsidiarité nous dit, dans l’organisation sociale, que rien ne devrait être délégué à un niveau d’organisation supérieur et plus compliqué si cela n’est pas nécessaire.
Nous devrions donc, pour les transports, épuiser les possibilités de transport avec nos muscles, avant d’avoir recours à un moteur.

L’application de ce principe a pour conséquences de respecter, dans le domaine des transports, l’hygiène de notre corps et en particulier de notre système nerveux.
Si nous suivons ce principe, nous permettons à nos cinq sens de recevoir suffisamment de stimulis chaque jour pour garder un système nerveux en état de fonctionnement correct, rejoignant le vieux proverbe romain : «nihil in mente, quin primum in sensu», «il n’y a rien dans l’esprit qui ne soit d’abord venu par les sens ».

Nous arrivons alors aux 3 lois permettant une bonne intégration de tous les systèmes de transport :

I – Tout point de la ville doit rester accessible aux automobiles, librement.

Bien sûr l’accession ne sera pas toujours très facile, car les itinéraires seront parfois tortueux ou lents ; mais il faut respecter cela car il y a des gens qui aiment circuler en automobile, il y a des gens qui déménagent, il y a des handicapés qui roulent en voiture, il y a des gens qui transportent des courses, il y a des familles qui partent en vacances ou en reviennent, il y a des gens qui partent en voyage et sans doute beaucoup d’autres circonstances pour lesquelles la voiture reste un merveilleux outil.

II – Tout ce qui peut-être fait à pied ou à vélo doit pouvoir être fait à pied et à vélo.

Beaucoup de gens déclarent qu’ils utiliseraient volontiers leur vélo s’ils n’étaient importunés par la trop grande densité d’automobiles qui circulent dans toute grande ville. D’autre part il faut reconnaître que marcher dans une rue avec le bruit de la circulation est peu attractif.
Il faut donc octroyer des axes pertinents permettant de se déplacer à pied ou à vélo sans être gêné par les voitures, et même qu’ils procurent de l’agrément.

Ces équipements vélo-piéton doivent être prioritaires et en particulier être directs. La circulation des motorisés sera à l’inverse rendue difficile afin que les personnes arbitrent spontanément en faveur du démotorisé.

III – De l’application des deux premières lois on déduit la quantité et la place des transports en commun nécessaires au fonctionnement de la cité.

Les transports en commun sont des moyens de déplacements chers à gérer pour la collectivité. Ils doivent être considérés comme une ressource à ne pas gaspiller, d’autant qu’ils sont, en dépit de leurs vertus, une source de nuisance incontestable par leur volume, leur bruit, leur bilan énergétique et leurs rejets.
Il faut donc ne leur donner la place que strictement nécessaire.

 

Conclusion
Avec ces principes, les personnes garderont l’usage de leur corps pour leurs déplacements, sauf impossibilité.
Ils ne seront pas passifs comme dans les transports en commun ou leur voiture. Ils stimuleront leur vue, audition, kinesthésie, olfaction et même goût. Ils stimuleront la propioception, qui envoie des informations en permanence par les articulations, les tendons et les muscles.
Cela permettra de dépenser le moins d’argent possible pour les transports en commun et les voitures.
Cela permettra la mise en place d’une véritable hygiène du système nerveux en même temps qu’une hygiène des finances publiques et des budgets des ménages.

 

Si l’homme doit être la mesure de toutes choses,
l’homme avec sa bicyclette devrait être la mesure de nos modernes cités.

 

Dr Jean-Luc Saladin
Médecin généraliste,
directeur de thèses,
conseiller municipal du Havre.

Auteur du blog Vélo, cerveau et potager : Le potager est aux problèmes d’alimentation ce que le vélo est aux problèmes de transport.

ORDRE DE LA SUBSIDIARITE
Donne aussi l’ordre de préséance dans le zèle à apporter par associations, ingénieurs, techniciens et politiciens.

  1. ENFANTS (en particulier allant par ses propres moyens à l’école)
  2. FAUTEUIL HANDICAPE
  3. MARCHE A PIED
  4. ROLLER
  5. TROTTINETTE
  6. VELOS ET VPH (véhicules à propulsion humaine)
  7. BICYCLETTES A MOTEUR AUXILLIAIRE ET BICYCLETTES ELECTRIQUES
  8. TRANSPORTS INTERMEDIAIRES : ESCALIERS ROULANTS, FUNICULAIRES, REMONTE PENTES A VELO, TELE CABINES, TELESIEGES.
  9. VOITURETTES
  10. VOITURES, TAXIS, TAXIS COLLECTIFS
  11. TRANSPORTS EN COMMUN
  12. AVIONS ET HELICOPTERES.
Print Friendly, PDF & Email

2 thoughts on “Assises de la mobilité : Que doit contenir la Loi ? J.L. Saladin

  1. Bravo, très intéressant, j’aime beaucoup le concept !
    Très bien aussi le lien avec la santé, le physique, le psychisme, mais on n’en attendait pas moins de l’excellent Dr Saladin !
    Je suis aussi d’accord avec l’ordre de subsidiarité proposé, même si j’aurais placé les TC devant les voitures et les taxis devant les VP pour des raisons de rendement énergétique per capita.
    Je suis aussi parfaitement en ligne avec l’idée qu’il faille utiliser au mieux nos investissements en transport lourd, et j’ajouterai qu’il s’agit de se déshabituer le plus rapidement possible des réflexes d’enfants gâtés que nous avons pris, tout baignés dans cette débauche de consommation énergétique et dans l’illusion que tout ceci allait durer une éternité !
    Il nous faut nous dégriser avant qu’il ne soit définitivement trop tard et bâtir une civilisation plus économe en ressources, plus conviviale, plus saine et surtout plus durable !

  2. OK, et donc bravo aux quelques élus qui ont “osé” ne pas mettre en place (voire supprimer ?) des modes de déplacement en TC systématiques pour amener les élèves dans les écoles !
    Les élèves sont jeunes et pour la majorité d’entre eux en bonne condition physique, et les écoles sont actuellement dans nos villes rarement éloignées des lieux d’habitation (pour les écoles maternelles et primaires en tous cas, souvent aussi pour les collèges). Pourtant des transports scolaires sont très souvent organisés pour les élèves, qui dès leur plus jeune âge sont donc des personnes passives du point de vue de leur mobilité. Cela participe à en faire de futurs utilisateurs de moyens de déplacement motorisés, avec les conséquences connues (sur leur santé, sur l’environnement, sur l’espace public, sur l’addiction à la voiture etc).

Laisser un commentaire