La Fub lance son baromètre des villes cyclables. Brisera-t-il la glace ?

Les Allemands l’avaient engagé il y a 9 ans, la Fub s’en est inspirée et a fait d’emblée aussi fort. Pour elle, avec 113 000 réponses, son Baromètre des villes cyclables montre l’appétit des Français pour le vélo. L’enjeu est maintenant qu’il convainque ministère et Parlement. Pour la future loi des Mobilités Fub et CVC présentent des demandes similaires, assez éloignées de celles des contributeurs de ce blog. Le maire de Toulouse, lui, préfère une deuxième rocade. La partie n’est pas jouée.

35 questions et 113 000 questionnaires remplis, à plus de 80% par des non-adhérents, cela fait 316 communes françaises diagnostiquées par les cyclistes et les non-encore cyclistes.
Avec des résultats dont il faudra tenir compte.

  • 80% des répondants veulent être séparés du trafic motorisé.
  • 90% des répondants disent que les conditions de leur ville ne permettent ni aux enfants ni aux retraités de circuler à vélo.
  • 8% seulement se disent respectés par les conducteurs de véhicule motorisé.
  • 90% constatent que ces mêmes véhicules sont garés sur les aménagements cyclables …

L’enseignement majeur de cette enquête
c’est que le vélo passionne
et que les Français ont soif de vélo


Alors la Fub demande encore et toujours :

  • Un budget national, comme il y en a pour les routes, qu’elle estime à 200 millions d’euros par an pendant 5 ans pour commencer1, exactement comme ce que demande le club des villes cyclables2. C’est 10 km de tramway par an, 10 km de sédentarité évités. Or la sédentarité c’est ce qui va nous « revenir dans la tronche » même avant (juste avant…) le changement climatique, rappelle Olivier Schneider, le président.
  • Un appel à projets pilotes (ou démonstrateur de comment faire pour que ça marche)
  • La résorption des coupures (fleuves, routes, rails etc) notamment par des passerelles3.
  • Des réseaux express vélo entre les villes (REV), puisque c’est entre les villes et leur environnement que se trouvent les problèmes les plus lourds4 et où la pratique du vélo, sauf dimanches matin, s’effondre.
  • Un plan de 200 000 places protégées pour les vélos dans les gares, à réaliser dans les 3 ans.
  • L’inscription des garages à vélos dans les bilans énergétiques des co-propriétés (et pas seulement le calfeutrage des passoires thermiques).

A noter que les demandes formulées par le Club des villes cyclables sont très similaires :
La résorption des coupures urbaines et le rétablissement des continuités piétonnes et cyclistes dans les territoires (Métropoles et zones de faible densité);
• La mise en œuvre d’un programme national de réalisation de réseaux express vélo et de liaisons inter-agglomérations et de rabattement à vélo vers des modes de transports collectifs;
• Le lancement d’un grand plan ambitieux de stationnement dans les équipements publics, les gares, les opérations de rénovation urbaine;
• L’accélération de la réalisation du Schéma national véloroutes et voies vertes afin de relier les territoires, les centralités en périphérie des villes, les liaisons inter-pôles et d’amplifier les retombées économiques du tourisme à vélo.

Les propositions formulées pas les experts sollicités par ce blog5 tournaient quant à elles autour de l’affirmation de principes, la subsidiarité (ou hiérarchie entre modes) et le droit absolu de marcher ou cycler ; de moyens, la fiscalité, les barèmes de remboursement, les incitations et pénalités financières. Nous avons aussi demandé la réécriture du code de la route6 et la recherche de qualité dans les infrastructures. Seules les coupures urbaines se trouvent dans les trois listes.

Concernant les contributions sur le site officiel des Assises, il faut aller à « Mobilités plus propres : réduire notre empreinte environnementale / Comment l’Etat ou les collectivités locales peuvent-ils encourager toutes les formes de déplacements doux ? » ici, et voir qu’il y a beaucoup à lire et que c’est de très bon niveau. Bon courage !

La Fub espère que son baromètre7 contribuera à provoquer une prise de conscience. Sans une volonté politique forte rien ne se passera, prévient-elle. Or la difficulté c’est que le vélo ne relève pas d’une filière. Il est bon marché, mais complexe. Il est le royaume de l’intelligence.
Oui le vélo fait baisser le chiffre d’affaires de l’industrie pétrolière, mais oui il renforce l’économie locale, en emplois comme en chiffre d’affaire. Oui il y a une industrie du vélo en France.

Mais c’est de nos villes et de nos rues et routes que nous devons rêver.
Avec cette enquête la Fub espère crever l’écran (de fumée bien sûr) qui est fait autour du local et de l’inventivité citoyenne. Elle espère que les industriels du Transport, les start’ups digitalisées, les commerces et approvisionneurs de moteurs … relâcheront un peu leur pression sur la ministre des Transports.
Une loi sur la mobilité ne doit pas être une loi sur les transports !

  • Les premiers résultats sont sur le site Parlons vélo!
  • Les résultats ville par ville (classement, appréciations etc.) seront dévoilés lors du congrès annuel le 16 mars à Lyon.
  • Si vous restez sur votre faim, je vous recommande8 la lecture de cet article : Le développement du vélo en ville bute sur les questions de sécurité Actu-Environnement, 6 décembre 2017La sécurité des déplacements est l’un des principaux freins au développement du vélo en ville, révèle une grande enquête menée par la Fédération des usagers de la bicyclette. L’ONG réclame un plan vélo dans la future loi sur les mobilités.
  • Ne pas sous-estimer les pesanteurs ! Nous apprenons ce matin, par l’association 2pieds-2roues, que le maire de Toulouse ne rêve encore que d’une rocade : Pour diminuer le trafic automobile, il propose de construire de nouvelles routes.
    Mais, toujours selon 2pieds-2roues, le président du Conseil Départemental de la Haute-Garonne, M. Méric, prend conscience que l’on va vers une impasse : « L’idée que la 3e ligne de métro et le contournement vont tout régler est fausse. » De même, « l’irrigation par les bus Linéo est totalement insuffisante », aurait-il dit.
    Toulouse Métropole et le Département, les principaux financeurs, sont en phase : les presque 4 milliards d’euros pour une politique des transports en commun, dite la plus ambitieuse de France après Paris selon Jean-Michel Lattes (adjoint au maire de Toulouse en charge des déplacements, président du syndicat des transports) n’amélioreront que peu la mobilité des habitants de l’aire urbaine toulousaine.
    Les transports sont bien la dernière des solutions à considérer. Pour la mobilité il y a beaucoup plus efficace à faire avant, pour pas cher et plus vite.

—Notes—

  1. Sur les dépenses à engager, lire l’article La France, petit pays radin (pour le vélo du quotidien), ainsi que Prévoir 12 à 22 € par an et par habitant.
  2. Le Club des villes et territoires cyclables a suggéré que ces financements soient prioritairement mobilisés vers les territoires dont d’autres projets seront retardés ou abandonnés, permettant ainsi de mettre en œuvre des solutions alternatives concrètes de mobilité.
  3. La nouvelle passerelle de Bordeaux-lac devrait coûter 6 millions, celle de Creil un peu plus de 5. Le rond-point d’Eidhoven aura coûté un peu plus de 6 millions. Le Monde du 8 décembre parlait de 21 millions pour la double passerelle de la bibliothèque François-Mitterand à Paris, avec un ascenseur, et de 9,1 millions pour la passerelle Solférino, double elle aussi, toutes deux ayant une fonction de prestige et étant fort peu commodes à vélo!
  4. Il suffit de scruter une carte routière pour voir que de nombreuses villes ne sont accessibles que des routes rouge ou orange, souvent complétées par une déviation ou une rocade.
  5.  Assises de la mobilité : que doit contenir la Loi ? Conclusions
  6. Sur le droit applicable au vélo on peut commencer par lire Vélo et Droit, un couple mal assorti.
  7. Le bicy-climat allemand. Hans Kermers, 14 mai 2015.
  8. Lire aussi, dans l’article Atelier des Assises de la mobilité : c’était bien pour préparer une Loi ? les informations sur le cahier d’acteur de la Fub et sur la session d’atelier qui s’est tenue à Paris. Pour toutes les informations sur les Assises, utiliser le tag #AssisesMobilité.
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