Le Plan vélo de Paris est un désastre, estime l’association Paris en Selle

Impréparation, désastre, accident industriel, communication désordonnée et mensongère, telles sont quelques unes des appréciations que l’association Paris en Selle porte sur l’action de la Ville de Paris en matière de vélo. Tout n’est pas absolument perdu cependant … 

L’association rendait public ce jour la seconde édition de son Observatoire de l’avancement et de la qualité du Plan vélo parisien1.

14 km réalisés, dont des voies de bus et de simples marquages au sol
A 2,5 ans de la fin du mandat, 12% du plan a été réalisé, et encore, de piètre qualité pour au moins 1/3 du linéaire. Sur 700 km promis sur le mandat, 600 ne seraient que des marquages au sol sans aucune autre modification. Même ce qui est jugé « satisfaisant » est taxé de points d’exclamation2. Ces 14 km comprennent les voies d’autobus autorisées aux vélos et les double-sens, réalisés par marquage léger dans les zones 30. Une partie du Plan ne pourra qu’être abandonnée, par exemple 1/4 du réseau Express vélo, incluant l’avenue du Général Leclerc3.

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Les chiffres de réalisation ou de projets varient au gré des occasions. Fin 2017, devant Arnold Schwarzenegger, Anne Hidalgo affirme que 120 km avaient été réalisés en 2017, par ailleurs « année du vélo ». Après avoir promis en 2015 que Paris serait la capitale du vélo, après que les années 2016 puis 2017 soient baptisées « année du vélo », la maire annonce 200 km de pistes cyclables de plus pour 2017, avec une carte où ce sont des scooters qui localisent les endroits de travaux ! On en est à 14 km, selon les comptes de l’association, qui déplore la communication désordonnée de la Ville.

Les raisons du retard sont multiples, selon l’association
L’impréparation. Les vélibs ne seront jamais en service à temps, les deux ans de concertation sur l’avenue du général Leclerc sont anéantis, il n’y a plus un seul arceau de stationnement en stock… et même l’appel d’offre pour des box de stationnement sur voirie a dû être déclaré infructueux, pour cause, croit-on savoir, d’ambitions irréalistes. Le budget participatif, qui comporte plusieurs projets concernant le vélo, est lui aussi « en déshérence ».
L’oubli fréquent de la notion de continuité et de ce que recouvrent les mots de réseau express vélo. Mettre des vélos dans les couloirs du bus n’est qu’un pis-aller, mais pire encore en mettre dans la « rocade des gares », projet de bus à Haut-niveau de service, est une contradiction dans les termes. Quand aux projets de réaménagement des grandes places, la place des vélos n’y est pas du tout à la hauteur des enjeux.
Les méthodes de concertation après coup, qui obligent à tout refaire puisque Paris en Selle se targue de ne rien lâcher.
Le préfet de police, rebaptisé #michelbagnole,
Une pression peut-être pas assez forte, concède Paris en Selle. C’est pourtant elle qui avait rendu public l’énorme retard pris à la mi-mandat.

Concernant Vélib, l’association veut la création d’un comité d’usagers, une compensation d’au moins 3 mois de gratuité puisqu’aujourd’hui le service est presque totalement défaillant (et non quelques heures, puisque la plupart des usagers ne dépensent pas la demi-heure gratuite!), le rétablissement de l’option 45 minutes gratuites, correspondant aux besoins des banlieusards…

Pour le réseau cyclable, elle réclame qu’il soit conçu à l’échelle de la métropole et qu’il se focalise désormais sur le réseau structurant en n’oubliant jamais les continuités : pouvoir aller du nord au sud et d’est en ouest.

Réorganisation des services un an et demi avant la fin des travaux
Paris en Selle ne se veut pas complètement pessimiste. Elle révèle que la mairie avait pris conscience du fiasco, et sans doute aussi qu’il allait se voir. Le directeur de la voirie a été remplacé début décembre, et la nouvelle directrice a déjà rencontré l’association. Elle ne figure dans l’annuaire des services que depuis le 6 janvier.

Elle n’a plus qu’un an et demi (la maire ne voulant plus de travaux l’année présidant les élections) pour achever le plan vélo, établir une doctrine d’ »urbanisme cyclable » (et non plus de seul réseau routier), installer un pilotage du plan vélo, former les agents, revoir les méthodes de concertation…
En clair l’association souligne qu’il n’y avait pas d’équipe dédiée, pas de maître du calendrier, et une concertation toujours en bout de course ne pouvant avoir d’influence que sur des détails.

Paris en Selle attend aussi beaucoup des nouvelles brigades de circulation, si elles veulent bien veiller au respect des aménagements cyclables, par les citoyens et par eux-mêmes… Depuis début janvier ils échappent au giron du préfet de police.

Plan vélo Paris par Paris en Selle.
Association Paris en Selle.

Lire aussi :

  • Plan vélo à Paris : le retard s’accentue. France bleu, 9 janvier.
  • 2017, une « année du vélo manquée » à Paris, selon des cyclistes. Europe1, 9 janvier
  • Paris: Une association de cyclistes dresse un bilan mitigé des promesses vélo d’Anne Hidalgo. 20 minutes, 9 janvier.
  • Le Monde, 12 janvier 2017 : Sortie de piste pour le nouveau Vélib’ parisien / L’aventure des vélos flottants tourne au fiasco.

—Notes—

  1. La première édition de l’observatoire est présentée ici : Paris se voulait capitale du vélo, février 2017.
  2. Dans le « satisfaisant mais », voir la piste menant à Boulogne-Billancourt.
  3. Pour l’échec du projet de l’avenue du Général-Leclerc, voir Le préfet de police de Paris accusé de mettre en danger les habitants.
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10 thoughts on “Le Plan vélo de Paris est un désastre, estime l’association Paris en Selle

  1. « X-Pont, Caroline Grandjean a fait ses armes au service aménagement de la DDE de Loire-Atlantique, où elle a participé à plusieurs grands projets dont celui de l’aéroport de Notre-Dame des Landes.
    Elle a rejoint en 2005 le cabinet du maire de Paris en tant que conseillère en charge des transports.
    Depuis 2009, elle était passée des déplacements au logement comme directrice de la gérance de la RIVP (Régie immobilière de la Ville de Paris) et directrice générale de la filiale Habitat social français.
    A la Sogaris, elle devrait pouvoir lier les deux mondes qu’elle connaît bien : celui de l’immobilier et celui des déplacements. » (Les Echos, décembre 2012)

  2. Je suis vraiment lassé d’attendre et d’espérer. Malgré son constat négatif, Paris en Selle trouve le REV quais de Seine du XVIe satisfaisant, alors qu’un très bon article sur ce blog (en lien) prouve le contraire. Depuis plusieurs années c’est le néant à part les dessins de petits cyclistes au sol qui se sont multipliés mais que l’on peut finalement considérer comme une nième forme de green washing.
    Dans le même temps on assiste impuissants au massacre du Velib, sans doute considéré comme une distraction pour touriste pas très utile en hiver, qui aura a minima 3 mois d’interruption et 6 mois de perturbations si jamais le prestataire ne jette pas l’éponge entre temps.
    Ce qui est finalement étonnant c’est qu’on se soit fait berner aussi longtemps (17 ans maintenant, eh oui!). Il faut ouvrir les yeux : La mairie de Paris est clairement pro transports en commun (et s’en ait donné les moyens notamment sur le réseau de bus), a choisit de faire des actions retentissantes mais sans grand impact (quais, journée sans voiture) pour masquer son extrême timidité générale sur la réduction de l’impact de la voiture. Elle n’est certainement pas pro vélo et encore moins pro piétons (je ne connais pas une seule rue piétonne créée depuis Delanoë).
    Maintenant j’attends juste que cette équipe ne fasse plus semblant et en rabatte sur sa com’ « Paris capitale du vélo » qui, sans aucun résultat concret, finit par vraiment taper sur les nerfs.

  3. Je fais tous mes trajets en vélo dans Paris et même la plupart du temps quand je vais en banlieue et ce depuis 17 ans.
    Je suis propriétaire de mon vélo et j’utilise occasionnellement velib mais prenais mon vélo à la fin des années 70, début des années 80.
    Beaucoup de mesures très positives ont été prises dans les années 2000. Mais depuis quelques années, c’est la cata.
    Oui, je suis désolé, mais depuis qu’Anne Hidalgo est maire de Paris, je vois la situation des cyclistes se dégrader:
    Changement de prestataire velib fait sans concertation et qui va coûter une fortune avec peu d’amélioration dans les prestations et une très forte augmentation de l’abonnement. Les stations sont devenues introuvables, la voirie est très mal entretenue et très mal signalisée, beaucoup de pistes cyclables sont minables, pas nettoyées (Bd de Clichy), voire carrément dangereuses (Magenta). Tout est à l’avenant.
    Stationnements sauvages, scooters roulant sur les pistes cyclables, le tout étant rarement sanctionné. Pratiquement rien n’a été construit depuis 2014 pour permettre aux cyclistes d’accrocher leurs vélos au plus près. Alors que les vols de vélos se multiplient, il n’y a toujours pas de parking sécurisé proposés aux cyclistes (j’évite soigneusement le 19e et les Halles ou je prends un vélib pour y aller). Pour ce qui me concerne, j’ai eu 2 vols de vélos (bien attachés) sur une période de 2 ans.
    La com catastrophique de la mairie de Paris (exemple le plus emblématique: piste cyclable en état de marche le long de la Seine finie mais mise en service on ne sait pas pourquoi beaucoup plus tard, avec l’image désastreuse dans les media d’embouteillages monstres face à une piste cyclable vide. Certains automobiliste ont la haine et je les comprends
    J’envisage actuellement très sérieusement d’arrêter le vélo dans Paris.
    Si l’on continue cette politique catastrophique, alors oui, le nombre de cyclistes ne va pas augmenter et je vous annonce même qu’il peut diminuer.

  4. La politique de cette mairie est désastreuse. On prétend vouloir réduire la pollution, mais on ne fait que des mesurettes (par exemple la discrimination des véhicules sur un critère d’âge, qui revient à autoriser les riches à polluer autant qu’ils le souhaitent, et en plus à les légitimer – puisque leur grosse bagnole moche, mais récente, est autorisée).
    Et pour le vélo, on attend toujours des mesures utiles…
    Même dans ma petite ville de province, qui n’est pourtant pas la meilleure en la matière, ça avance plus que ça.
    Je suis assez content de rester dans ma campagne et de ne venir à Paris qu’occasionnellement.

  5. Suite à son refus par le préfet, le collectif Libérer-leclerc.paris organise début février une mobilisation sur le terrain pour réclamer l’aménagement de l’avenue du Général-Leclerc (qui est aujourd’hui une autoroute urbaine 2×3 voies) en boulevard urbain donnant leur place aux piétons, cyclistes, bus et automobilistes/camions de livraison etc. (Présentation du sujet sur le blog : lien dans la note n° 3)

  6. Encore une incompréhension dans les aménagements ; en cours celui du début de la rue Vercingétorix dans le 14è. Il existait une vraie piste cyclable qui fonctionnait parfaitement, séparée de la circulation (je l’emprunte depuis 10 ans pour aller à Malakoff tous les jours). Des travaux depuis 3 mois ont déplacé cette piste à côté d’une voie unique pour les voitures, du coup quand ça bloque, les motos empruntent la piste cyclable (ce qui n’arrivait jamais auparavant), des camionnettes de livraison se garent, et on n’est pas à l’abri d’une voiture qui morde sur le minuscule terre-plein….
    Il y aura une station Autolib prochainement sur une des voies, donc gênant pour les vélos.
    Enfin, en arrivant de la place de Catalogne, il y avait un feu qui permettait de rejoindre la piste, ce feu a été supprimé, il faut attendre q’un automobiliste complaisant s’arrête , le soir, c’est une vraie galère…Pour moi, des travaux inutiles à cet endroit, de l’argent gaspillé

    • Des travaux mal conçus, c’est possible. Mais inutiles, certainement pas! Cette piste, la plus ancienne de Paris, avait de gros défauts :
      – Elle était envahie de piétons.
      – Les traversées de rues étaient mal commodes : double raidillon à rue de la Procession, alors que la rue Vercingetorix est plate. Exiguïté, raidillon et absence de zone d’attente à rue d’Alesia.
      – Accès à boulevard Brune … « discutable », et à cet accès lui-même ( niveau ancienne gare) en deux phases…
      Par contre l’accès à Malakoff, avec le franchissement du périph, a fini par être très soigné.

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