La mairie de Paris se fait retoquer sa fermeture des voies sur berges rive droite

Difficultés de la mairie de Paris sur la fermeture des voies sur berges. Le tribunal administratif de Paris, saisi par des riverains, vient d’annuler l’arrêté municipal de fermeture aux automobilistes de la voie sur berges rive-droite. A terme cela ne devrait pas avoir de conséquences pratiques pour le public.
Quand la forme nuit au fond, et qu’un passage en force provoque des remous, sans pour autant laisser les cyclistes en prouver la pertinence.

 

La mairie a réagi immédiatement, comme on le voit sur les images de BFM tournées hier soir pendant la conférence de presse et juste après. Il s’agit d’un jugement sur la forme, comme il est normal, et non sur le fond. Les arguments donnés par la maire de Paris, portant sur les résultats en termes de pollution ou autres, ne sont pas de nature juridique, seuls ceux qui portent sur la qualité de l’étude d’impact et sur la nature de l’arrêté le sont.

AFP : Dans sa décision, le tribunal évoque notamment des “inexactitudes” dans l’étude d’impact du projet. Plus précisément, il rend caduque la délibération du 26 septembre 2016 du Conseil de Paris “déclarant l’intérêt général de l’opération d’aménagement des berges de la rive droite de la Seine”. Mais lors d’une conférence de presse, Anne Hidalgo vient d’annoncer que la Mairie de Paris allait faire appel de cette décision.

Le projet comportait la fermeture à la circulation automobile de la voie Georges Pompidou, de l’entrée du tunnel des Tuileries à la sortie du tunnel Henri IV, et la création d’une promenade publique sur le même emplacement [dénommée “Parc des rives de Seine“].

Le tribunal de Paris estime que l’étude d’impact du projet, qui a servi de base à la piétonnisation des berges de la rive droite, comporte “des inexactitudes, des omissions et des insuffisances concernant les effets du projet sur la circulation automobile, les émissions de polluants atmosphériques et les nuisances sonores, éléments majeurs d’appréciation de l’intérêt général du projet”.//. “L’arrêté a été pris sur le fondement de l’article L. 2213-2 de ce code qui ne permet pas au maire de prononcer une interdiction permanente d’accès des voitures à une voie mais uniquement d’interdire cet accès, à certaines heures, pour des nécessités liées à la circulation et à l’environnement”.
Et d’ajouter : “Le tribunal a, dès lors, considéré que le public n’avait pu apprécier les effets de la piétonisation des voies sur berge au regard de son importance et de ses enjeux”.
La décision de fermer les berges de la rive droite était souhaitée par la maire de Paris Anne Hidalgo afin de lutter contre la pollution de l’air et redonner aux piétons et vélos l’usage de ces berges de la Seine. Mais depuis cette décision, des rapports s’opposent sur le bilan – positifs pour certains, négatifs pour d’autres, de la piétonisation des berges rive droite.
En décembre 2016, la Métropole du Grand Paris dénonçait ainsi une “hausse du trafic et du bruit”, réclamant des “dispositions alternatives en matière de transport”. Plus récemment, en octobre 2017, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air d’Ile-de-France a jugé qu’il n’y avait pas eu, depuis cette décision, d’impact “significatif” sur l’exposition de la population à la pollution de l’air.

En début de semaine, cependant, le journal Le Parisien titrait : Paris : mais si, le trafic autour des voies sur berge s’améliore !
Notre article L’évaporation du trafic existe bien, quoi que vous en pensiez, de fin janvier, explique aussi en quoi certains rapports cités ici jouent sur les mots. Il a été rédigé à partir d’une conférence de Frédéric Héran. Vous y trouverez aussi des exemples de fermetures de routes à travers le monde.
Notons aussi que cette décision ne change strictement rien en ce moment puisque les berges sont inondées, et donc interdites à tous, autos comme humains.

On peut se douter que je suis favorable à cette fermeture, même si l’intérêt pour les vélos est assez limité1. Le coup de force consistant à trouver divers prétextes pour ne pas rouvrir après la période de Paris-Plage, en attendant le vote en conseil de Paris, n’était peut-être pas la bonne méthode2. Lors de la conférence de presse une journaliste, au sujet de l’arrêté, a demandé si la Mairie de Paris n’avait pas fait preuve d’amateurisme.
Se faire retoquer pour une question de forme, c’est idiot. Y gagner la garantie que le message sera simplifié, c’est vraiment avoir mal joué.

Voir aussi : Paris : Fermeture des voies sur berges – La Mairie de Paris fait appel de la décision et prend un nouvel arrêté de piétonnisation sur LCI. La maire indique que les faits (baisse de la pollution) lui donnent raison, ce qui est un argument “hors-sujet” puisque non-juridique. Pour la suite LCI reprend la dépêche de l’AFP. L’article de Actu-Environnement donne quelques éléments de plus, notamment sur la position du Conseil régional.
Le journal le mieux informé est certainement Le Parisien, qui traite de la question sur deux pages dans son édition d’aujourd’hui, sous le titre général de Camouflets à répétition pour Anne Hidalgo. La partie intitulée Le jugement en 5 questions nous concerne directement et si vous vous intéressez au sujet c’est là que vous en apprendrez le plus. Vous y verrez que ce ne sont pas « des riverains » qui ont attaqué mais « de nombreuses collectivités territoriales » (longue liste de communes et de Départements de la région, des établissements publics territoriaux, etc), 3 associations, 6 riverains et 2 commerçants. Quant à savoir si les berges pourront rouvrir aux piétons et cyclistes, et quand, je crois que les avis divergent3 !

 

Merci à Olivier Rigaud.

  1. La chance que représentait ce linéaire plat n’a pas été saisie pour créer une piste cyclable, ni ici en rive droite ni sur l’autre rive. On a privilégié la promenade et les loisirs pour enfants (escalade, vélo…) ou adultes (bars, bals et drague).
  2. Cette mise devant le fait accompli pouvait paraître habile. Ce fut peu probant par manque de fréquentation, l’automne arrivant. Les sous-terrains des deux extrémités (Tuileries, menant presque à la Concorde, et Sully, à deux pas de la place de la Bastille et de la gare de Lyon) étant alors fermés, les cyclistes n’avaient aucune raison de passer par là. Sinon ils auraient été la preuve de l’intérêt de l’axe pour les déplacements. C’est d’ailleurs sur les questions de circulation que les opposants se positionnent.
  3. Le Parisien ce soir indique : La voie Georges-Pompidou, actuellement sous les eaux, ne rouvrira pas de sitôt à la circulation automobile. C’est parti pour un feuilleton juridique au long cours…, ajoute-t-il.
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3 thoughts on “La mairie de Paris se fait retoquer sa fermeture des voies sur berges rive droite

  1. L’intérêt pour les vélos est assez limité? Ce n’est pas vrai tout le temps. Si en période de week-end ou vacances il est impossible de circuler à vélo, en semaine ou le soir la voie est complètement dégagée pour les cyclistes. Il est vrai qu’il y avait la place pour délimiter une piste cyclable, dommage…

  2. Améliorer les transports alternatifs (et le vélo en particulier), ça serait bien plus multiplier des petits aménagements pragmatiques et cohérents entre eux que de se polariser sur quelques lieux symboliques sans grand intéret. Par ailleurs toujours jouer sur le clivage gentils écolos / méchants automobilistes exacerbe les tensions et finit par être contre-productif.

  3. L’évaporation du trafic est-t-elle bien réelle dans le cas des voies sur berges parisiennes ? Les réponses semblent mitigées. Pourtant, de nombreux exemples dans le monde ont bien confirmé cette règle.
    Alors quelles sont les raisons de cette difficulté de mise en œuvre à Paris ?
    Il y a bien évidemment le temps : il faut laisser le temps à ces milliers d’automobilistes de trouver des solutions alternatives (TEC, vélos, covoiturage, déménagement résidentiel, changement de lieu de travail).
    Mais surtout il y a les discours politiques : quand d’un côté la Mairie de Paris décide de fermer ces voies, et que parallèlement la Région et la préfecture mettent la pression pour les ré-ouvrir, que font les automobilistes ?
    Ils lisent les journaux, s’informent, surtout lorsque c’est un sujet qui les impacte directement, et logiquement ils déduisent que cette fermeture pourrait être temporaire, que les routes actuellement empruntées ne sont que des déviations temporaires, et que les voies sur berges seront ré-ouvertes : au lieu de chercher des alternatives, ils attendent … ce qui inexorablement réduit l’effet de l’évaporation. Avec ce type de pression répétée, ce peu d’évaporation est directement induit par la Région.

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