Bientôt, peut-être …

Nous aurons bientôt un plan vélo. Du moins Elisabeth Borne l’a-t-elle affirmé, et Nicolas Hulot a confirmé derrière. Pour l’heure ce matin les ministres présentaient un « plan pour la mobilité propre et la qualité de l’air » … sans vélo. MàJ 28 juillet  (Presse)

Le Plan vélo devrait être présenté début septembre, dans un mois, donc. On ne voit pas ce que ce mois pourra ajouter, il sera certainement le plus abouti que le contexte le permettra, mais rien ne nous dit qu’il nous satisfera.  Ce qui nous en est dit aujourd’hui, si c’est ça le Plan ce n’est peut-être même pas la peine : aménagements cyclables, sécurité routière, vol, mesures incitatives, culture vélo… de la continuité de l’existant.

Ce matin, le plan « pour la mobilité propre et la qualité de l’air » n’a présenté quasiment que des mesures liées à l’automobile. Au même moment, d’ailleurs, les actualités de la ministre étaient la déclaration d’utilité publique pour l’autoroute Toulouse – Castres et l’inauguration de l’A304 dans les Ardennes. 

Des ambitions de continuité
Si pour Elisabeth Borne le vélo est une certitude, Nicolas Hulot, son ministre de tutelle, en est visiblement moins persuadé. Ses marottes à lui ce sont l’hydrogène, les autos partagées et les zones à faible émission1 Réduire la dépendance à l’automobile c’est pour lui passer au co-voiturage et aux autobus à haut niveau de service. Nicolas Hulot n’a parlé que d’automobile électrique et de santé, ou d’air respirable et de pollution de fond. Il a donc proposé un catalogue de mesures, appel à projets pour transports en site propre, mesures fiscales pour les transports de marchandises, voies pour le co-voiturage, plus de bornes de recharge électrique, remboursement à 50% par les entreprises des dépenses de co-voiturage (comme pour les transports publics), etc. 

Sincèrement je trouve tout ça raisonnable, mais pas à la hauteur du changement climatique.  C’est air ambiant respirable et motorisation non-carbonée versus disparition des espèces, dérèglement climatique et effondrement du système. Nous sommes loin des décisions radicales et systémiques qui s’imposent.

Schéma conçu par J.L. Saladin

Revenir à avant le point de non-retour
Pour le vélo, l’ambition est de passer de 3 à 9% de part modale en 2024, c’est-à-dire, paraît-il, revenir à la situation de 1970. En effet, que s’est-il passé en 1970 en France ? C’est l’année où nous avons basculé dans l’ère de l’automobile, où elle a pris le pouvoir. Pour moi c’est l’été où elle était devenue si envahissante qu’il a fallu créer des sens uniques partout et des carrefours régis par un tas de feux, rendant la vie impossible aux cyclistes et m’empêchant concrètement de continuer d’aller en classe à vélo. Si on revenait à juste avant 1970? 

Les adaptations envisagées ne sont que des rustines collées sur un tuyau dont l’air fuit de toutes parts. Respirer un air moins vicié, c’est bien ; rétablir nos capacités à nous nourrir et éviter l’effondrement de l’intelligence, ce serait certainement mieux. 

 

Petite leçon d’explication de texte.

  • Développer les mobilités actives et partagées. Pourquoi devraient-elles être à la fois actives et partagées?
  • 80% des déplacements sont faits en véhicules individuel. En quoi est-ce mauvais? Cela ne l’est que si véhicule signifie automobile.

 

Le plan d’action en détails

 

Pour réfléchir

-1- Ce que proposent les meilleurs spécialistes.

-2- Un peu d’histoire

-3- L’avis de la Fub

Report du plan vélo à la rentrée : le gouvernement grille sa toute dernière cartouche. Le 20 juillet, Nicolas Hulot et Elisabeth Borne présentaient les principales mesures de la future Loi d’Orientation des Mobilités « en faveur de la mobilité propre et la qualité de l’air ». Le vélo étant le véhicule propre par excellence, les médias et le grand public s’attendaient à vivre l’annonce des détails de la stratégie en faveur du vélo. (…) Ce report inquiète. (…)
Si l’ambition pour la mobilité propre et la qualité de l’air (…) de tripler la part modale est sincère, ce report est le dernier possible. Les délais posés par l’exercice de projet de loi de finances étant incompressibles, en clair si les trois mesures phares du plan vélo ne sont pas actées d’ici début septembre, 2018 et 2019 seront des années blanches (supplémentaires). Le signal sera alors très clair : l’éventuel plan vélo ne sera que mollement sincère, à peine structuré, et surtout pas financé.
Le communiqué : CP_report_plan_velo_20-07-18 – copie

-4- L’avis du réseau action climat

Des reculs majeurs Pour Lorelei Limousin, responsable des politiques Transport au Réseau Action Climat « Alors même qu’une loi mobilités est en préparation, le gouvernement freine la transition énergétique dans le secteur des transports dont les émissions ne font pourtant qu’augmenter. Plutôt que de miser massivement sur le report modal vers d’autres modes de transport que le routier et l’efficacité énergétique des véhicules, le gouvernement se tourne vers de fausses solutions comme les biocarburants. C’est irresponsable d’un point de vue climatique mais également sanitaire. » Texte en entier ici. 

-5- Les journaux

  • L’article du Parisien : Le plan vélo se dégonfle, bien informé sur l’actualité.
  • Celui d’Olivier Razemon, riche pour l’historique : l’allégorie du client frustré… et sa conclusion (« ces hésitations, cette absence de franchise« …).
  • « On va enfin prendre le taureau par les cornes« , se félicite Nicolas Hulot. En réalité, plutôt un os à ronger en attendant la loi d’orientation sur les mobilités, maintes fois repoussée depuis la clôture des assises de la mobilité en décembre dernier. Actu-Environnement, 20 juillet : Mobilités propres : Nicolas Hulot tente de mobiliser en attendant la loi. Un article complet et très critique.
  • Le plan vélo est-il sur la sellette ? « Chaque mesure en faveur des cyclistes serait une sorte d’humiliation pour les automobilistes« . Europe1, 22 juillet. Un début d’explication.
  • Avis au gouvernement: un plan vélo n’équivaut pas à jeter l’argent par les fenêtres. Slate, 23 juilletEspérée pour le 20 juillet, l’annonce des mesures du plan vélo a été repoussée à la mi-septembre. Une politique ambitieuse en faveur du deux-roues aurait pourtant un vrai intérêt économique.
  • Le gouvernement soutient la voiture « propre », laissant vélo et train à l’abandon. Reporterre, 23 juillet.
  • Make our bagnole great again! Le canard enchaîné, 25 juillet 2018. Le canard vise juste et pilonne sans peur et sans hésiter.

-6- J’en parle à la radio.

Dimanche 22 juillet 2018 à 14h, dans Rayons Libres, sur Cause-Commune.
On parlera de ça, et de mon action de conseillère d’arrondissement (Paris-15).

 93.1 FM (en IdF) ou .
(Rediffusion fréquente le lundi à la même heure)

—Note—

  1. Appel à projets pour les collectivités sur les zones à faibles émissions
    Dépôt des dossiers et informations – Date limite de dépôt : mardi 18 décembre 2018, 16h – 
    ADEME – Dossier complet – 2018-07-20. Le partenariat Etat-collectivités sera officialisé le 8 octobre à l’occasion d’un évènement avec l’ensemble des collectivités qui s’engageront dans la démarche.
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11 thoughts on “Bientôt, peut-être …

  1. La mobilité électrique est une chimère technologique de plus, qui plus est lorsqu’elle doit concerner des véhicules individuels. Fabriquer une batterie au lithium demande de grandes quantités de pétrole, pour une voiture la fabrication d’une batterie demande autant de pétrole que la consommation d’une voiture à moteur thermique sur sa durée de vie… Donc, même s’il n’y a pas de pollution directe dans nos villes riches, les gaz à effet de serre continuent d’être produits massivement. Ce qui n’a aucun sens écologique…

    • Il serait intéressant de citer vos sources pour cette affirmation : « Fabriquer une batterie au lithium demande de grandes quantités de pétrole, pour une voiture la fabrication d’une batterie demande autant de pétrole que la consommation d’une voiture à moteur thermique sur sa durée de vie…« .
      Pour ma part, je me réfère à l’analyse complète en cycle de vie, comparé entre véhicules électriques et véhicules essence/diesel, menée par l’ADEME en 2013. Elle montre effectivement qu’un véhicule électrique produit l’essentiel de sa pollution au moment de la production… mais qu’il en produit très peu pour le reste de sa durée de vie. En moyenne (les seuils sont différents selon les polluants), j’ai retenu qu’au bout de 100.000 km avant de partir à la caisse, un véhicule électrique était moins polluant sur l’ensemble de son cycle de vie qu’un véhicule essence/diesel.
      Tout ça pour dire que je ne considère absolument pas les véhicules électriques comme une solution alternative à la situation actuelle ! Il faudra dans tous les cas réduire les voitures au profit des modes actifs et des transports en commun. Mais ça n’empêche pas qu’il me semble dommageable de laisser croire que véhicule électrique et essence/diesel seraient « aussi pires » l’un que l’autre…
      Source = « Élaboration selon les principes des ACV des bilans énergétiques, des émissions de gaz à effet de serre et des autres impacts environnementaux induits par l’ensemble des filières de véhicules électriques et de véhicules thermiques, VP de segment B (citadine polyvalente) et VUL à l’horizon 2012 et 2020 » – ADEME 2013

  2. Les Assises de la mobilité ? Un leurre qui fonctionna à merveille, destiné à « envoyer les cyclistes de tous les jours » dans le néant, le mur des fausses promesses ?
    La peau de chagrin du Plan National Vélo se réduit chaque jour; autant le supprimer tout de suite et, dans chaque ville, chaque bourg , chaque village, préparer « la fête » ad hoc pour le jour où sera écrasé le tout dernier cycliste local ? Grand-dieu, puissè-je me tromper à 100% !

  3. Une façon de nous accompagner tout doucement pour aller dans le mur. Quand un jour on y sera réellement, peut être qu’on prendra les mesures… Peut-être faut-il en arriver là.

  4. Pourquoi tant d’atermoiements pour si peu de pouvoir direct? Ce n’est pas l’État qui s’occupe des cheminements cyclistes ou de l’apaisement de la circulation, ce sont les autorités locales.
    L’Etat devrait donc mener une politique du bâton et de la carotte vis à vis d’elles :
    Pas de cheminement cycliste de qualité => pas de subvention pour rénover la route. Pas de zone 30 et de double-sens cyclable => retenue sur dotations. Vu ainsi Bercy n’aurait aucune raison de freiner des quatre fers, c’est une mesure qui rapporte !

  5. En attendant le fameux plan vélo qui risque d’être un plan à grands trous, le gouvernement ne prend même pas la peine de pérenniser l’IKV pour les seuls fonctionnaires de l’Etat qui en bénéficient provisoirement, à savoir ceux relevant des ministères chargés du développement durable et du logement :
    https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000037301309&dateTexte=&categorieLien=id
    C’est vraiment pitoyable !

  6. Je le signale ici : dans le Canard du 8 août, en page 3, l’article « Du big bang des transports à l’impasse » donne des éléments de réponse complémentaires. Conclusion de l’article :
    « Bilan de la dernière visite d’Elisabeth Borne à l’Elysée : son projet ne fait pas rêver. Il pourrait même s’émietter. Quelques articles seraient glissés dans le prochain projet de loi de finances, et une minuscule loi servirait de voiture-balai au premier trimestre 2019. Du big bang au big flop ? »

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