Les territoires du vélo virent à la confusion

Les changements de nom sont l’occasion de faire remarquer à quel point cela créé de la confusion. Chacun y va de son « territoire » comme si, surtout, chacun cherchait à étendre le sien et à nier celui du voisin. 

 

Batailles de territoires———-

Rien ne va droit dans nos territoires. « Nous avons décidé de sortir de la Conférence nationale des territoires » ont déclaré l’Association des maires de France (AMF), l’Association des départements de France (ADF) et l’association Régions de France en ce début de juillet1. Au moins les signataires sont-ils clairement identifiés, mais l’Agence nationale de cohésion des territoires qui devait naître cet été, sera peut-être créée par ordonnance. « Il faut veiller à ce que toutes les réformes, toutes les inflexions des politiques publiques, particulièrement en matière de mobilités, d’universités, de recherche, de sécurité, soient jugées en fonction de leur impact territorial. » disait Jean-Pierre Duport récemment à propos de l’aménagement du territoire. « S’appuyer sur les collectivités territoriales pour que chaque mission publique soit assurée dans les meilleures conditions (…). Cette clarification des missions reposera dès la rentrée sur une concertation étroite avec les représentants des collectivités territoriales. » (source privée). La mobilité ne devrait pas y être même mentionnée.

Sortir de la dépendance à la voiture dans le périurbain et le rural
Recherches en cours. Forum Vies mobiles.

Parcoursup ne met pas fin aux inégalités territoriales2, nous a-t-on dit, et l’observatoire des territoires, créé en 2004 à partir de la Délégation à l’Aménagement du Territoire et du Commissariat général à légalité des territoires, montre dans son dernier rapport que les revenus varient selon les territoires3. 

Les revenus sont en général forts dans les centre-ville, faible dans la couronne autour, sur une épaisseur de 3 ou 4 km, puis à nouveau élevés ou très élevés dans une couronne de 7 à 10 km. Ensuite ils baissent à mesure qu’on s’éloigne encore.
Ceci est un enseignement majeur, les ZUP et cités sont tout près du centre et doivent donc impérativement être reliées au centre par des axes piétonniers et cyclables. Elles ne correspondent à aucun découpage administratif en vigueur et en réalité sont du même territoire.  Et vous chercherez bien, les différents mode de déplacement ne sont pas distingués par cet organisme, même dans les publications en préparation sur « l’accès » à la santé et « l’accès » aux services. Ce non-dit n’est-il pas révélateur et pourtant essentiel ?

Grille communale de densité. Observatoire des territoires.

 

 Les « exclus du transport » doivent découvrir le vélo.

Qu’est-ce qu’un territoire? ———-

Espace « Mobilités actives » installé autour du Club des villes et territoires cyclables, au sein du Salon des Transports publics. 2 confusions au moins.

La Caisse des dépôts a créé une marque, la « Banque des territoires ». La Caisse affiche la « Transition territoriale«  (aide aux collectivités territoriales) comme première activité, suivie par la « Transition démographique » (aide à la construction de logements), le numérique et l’écologie

Le club des villes cyclables s’est re-baptisé en 2008 Club des villes et territoires cyclables. On devine qu’il s’agissait d’une réponse au fait que la « ville » au sens de « commune » ne correspondait plus ni aux espaces de la mobilité ni aux sphères de la décision, et que « territoire » était le seul mot assez imprécis qu’on puisse trouver pour évoquer cette réalité.
Mais pourquoi le club s’intéresse-t-il tant à l’industrie et au commerce en lien avec le vélo ? A croire que ni la Fédération du commerce et de la réparation (FNCRM) ni celle de la filière industrielle (Union Sport & Cycle) n’occupent leur territoire.
Et pourquoi des régions y adhèrent-elles, comme la Nouvelle Occitanie récemment ? A tout prendre Ile-de-France mobilité, dont le champs d’action n’est plus cantonné aux transports, y est plus légitime, bien que l’île-de-France ne soit conurbation que dans la zone dite du Grand-Paris. Remarquez, la dernière invention peut aussi nous interroger, après nous avoir fait rigoler (trop vite peut-être!) : le club des villes cyclables relaye une information concernant … l’alimentation dans la restauration collective !!! 

L’association des départements (et régions) cyclables -ADC à sa création- n’était-elle pas le territoire naturel des régions ? Comme elle s’appelle depuis juin de cette année « Vélo&territoire », ce qui ne veut plus dire grand’chose de précis si ce n’est qu’elle nie son territoire d’origine, je ne sais pas comment ces associations vont se différencier entre elles. L’association se réfère en effet aux « Régions, Départements, Intercommunalités » et affiche des objectifs (« faire du vélo un outil de mobilité à part entière ; porter la France au premier rang des destinations mondiales du tourisme à vélo ; faire de la France une grande nation cyclable ») que l’on qualifiera de « généraux« . Elle se voit un « rôle fédérateur autour de la vision partagée de la France à vélo 2030″, rien de moins4.

Les Plans de mobilité rurale. Cerema, juillet 2018. 
Un riche dossier constitué avec la même méthode que celle 
de l'Observatoire des Plans de déplacement urbains. 
(Source : Commissariat général à l'égalité des territoires)

Le directeur du Tour de France a lui-même déclaré que « La bicyclette est l’avenir du vélo », ce qui peut vouloir dire que le « vélo » n’aura d’avenir que si la bicyclette est là. Comme l’an dernier ils avaient organisé des « ateliers » à certaines étapes et la Fub en a profité plusieurs fois pour afficher son espoir d’une politique nationale du vélo. C’est courageux, car la pratique et les difficultés ne sont pas les mêmes, et la confusion reconnue généralement comme peu souhaitable.

 

♦ Serait-ce un épisode de plus dans la bataille des territoires qui agite le monde du vélo ? ———-

Il y a aussi ceux qui auraient voulu chapeauter « toutes les pratiques du vélo » et pour cela ne plus s’appeler cyclotourisme mais vélo5, engendrant un curieux jeu de jambe entre logo et nom et entre adresses électroniques6, qui ne l’empêche pas de décerner des labels de territoires et d’itinéraires. Il y a ceux qui parlent de vélo et qui en réalité ne parlent que de vélo sportif7 tout en, à l’occasion, s’intéressant à la sécurité à vélo, et, depuis longtemps, au VTT. Il y a ceux qui mesurent les longueurs d’aménagement8, ceux qui en évaluent la qualité9 et se sentent mal aimés, et ceux qui organisent le Tour de France, dont on ne peut pas dire qu’il ne marque pas notre territoire rural, ni n’en assure la promotion, même si l’on a un doute sur sa capacité à s’intéresser au vélo de tout le monde.

Et il y a ceux qui réunissent leur assemblée générale dans une mairie dont ils taisent le nom de peur sans doute que ce territoire soit revendiqué: e_lettre_ag_juin_2018. Il y a aussi ceux qui sont à la fois élu et associatif, ce qui ne doit pas être si simple, et ceux qui sortent de leur rôle de garde du corps et tabassent une personne dans le public… Voir « Alexandre Benalla. Il a su (…) profiter de la faiblesse de ce nouveau monde que l’on nous promet » dans le blog de Georges Moreas, un article qui traite de la confusion des genres et de la perte des repères.

Le 14 juin dernier, les Talents européens de la « mobilité » récompensaient surtout des gens du transport, entretenant la confusion, dont un chercheur allemand, Dirk Weisse, de Karlsruhe, qui parcourt 36 km à vélo chaque jour entre son domicile et son travail et a été distingué pour ses travaux et non pour son moyen de déplacement10.

Assemblée générale du Club des villes et territoires cyclables, 14 juin, 10h – 11h30. Accueil par Philippe Goujon, maire du 15°. Paris, mairie du 15° arrondissement.

Et puis et puis, on dirait que la Fub, Fédération des Usagers de la Bicyclette, qui est peut-être la seule dont le nom est humain, ne « koalisera »11 que si les koalisés le veulent, et ne fournira son « ombrelle » que lorsqu’elle aura clarifié son identité12 et être passée du 20° au 21° siècle13! La Fub serait-elle la seule des grands à ne pas vouloir chapeauter les autres ou leur grignoter le territoire ? Elle est pourtant la seule à reconnaître se trouver en secteur concurrentiel.

Que celle ou celui qui ne s’est jamais mêlée de ce qui ne la regardait pas lance la première pierre ! Ce ne sera donc pas moi. Que ce soit « pour rendre service » ou par négligence, le résultat est le même : personne n’aime qu’un intrus se mêle de ses propres affaires. Alors, que chacun s’occupe de ses oignons et pas de ceux des autres, que chacun renforce sa propre identité, et tout ira mieux.

 

Une confusion que nous ne connaissons pas ———-

S’il est en tous cas une confusion que nous ne connaissons pas, c’est celle des femmes et des hommes. La très belle photo de Simone Veil accompagnée de son époux, sur la façade du Panthéon début juillet, témoigne de la subtilité des affaires de territoire. C’est elle qui fut la grande Française en laquelle tant de personnes sont reconnaissantes. Son époux, qui s’écarta pour lui laisser la place, mais lui fut indispensable, l’accompagne ici sans lui voler la lumière. Chef d’oeuvre d’équilibre et de justice, d’écoute et de respect14 dont nous tous devrions nous inspirer. 

Découvrez bien notre territoire commun tout en le respectant ! Vous êtes chez vous tant que vous savez que vous n’en êtes pas. Nous sommes des invités, nous devons donc être respectueux, même si chacun de nous a besoin d’un petit territoire pour tenir debout. Chacun a besoin d’être respecté et tenu à distance.

Un nouvel élan pour l’AF3V

 

—-Notes—

Cet article m’a été inspiré par l’écriture de celui sur les talents du vélo, prix remis par le club des villes et territoires cyclables. 

 

  1. Les exécutifs locaux rompent le dialogue avec l’Etat. l’Opinion 03 juillet 2018. Ils dénoncent une « impasse » dans les discussions. 
  2. Parcours sup ne met pas fin aux inégalités territoriales. Métropolitiques.
  3.  Les données compilées par l’Observatoire des territoires paraissent très utiles, et probablement utilisées par les chercheurs. Le dernier rapport annuel porte sur Population (et mouvements migratoires), Education et enseignement supérieur, Emploi transfontalier, le tout mis en regard si possible avec l’Europe.
  4. Ajouté le 14 octobre 2018 : Rien de neuf sous le ciel du vélo. Voir cet article de 2010 : Nouvelles découpes chez les élus.
  5. FFCT : un coup de force qui a failli mal tourner.
  6. Les envois viennent de @ffvelo ou de @ffct, semble-t-il sans préméditation, les textes contenant l’une ou l’autre appellation ou les deux.
  7. »Le vélo a la cote chez les cadres sup’ » révèle RTL, « les adhésions ont augmenté de 20% en 10 ans à la fédération de cyclisme »
  8. Vélo&Territoires et son observatoire des véloroutes additionne les métrages d’aménagement.
  9. L’AF3V et sa carte interactive porte des jugements sur la qualité des aménagements.
  10. Voir aussi : La « révolution des mobilités » pourrait finir en modernisation des transports.
  11. L’IKV s’engage à faire pression pour l’amélioration de l’IKV
  12. « Le président de la Fub a proposé en assemblée générale la création d’une « ombrelle » « regroupant tous les acteurs et usagers du vélo (hors sport). » Non sans, au préalable, s’interroger de façon approfondie sur « les valeurs de la Fub sur une échelle à 20 ans qui puissent répondre aux enjeux à venir. » Source : Le journal des mobilités actives, printemps 2018, publiée par l’association toulousaine 2pieds-2roues.
  13. Recrutement du nouveau directeur de la Fub : La FUB se renouvelle.
  14. Simone Veil déclara pourtant « « Je suis favorable à toutes les mesures de discrimination positive susceptibles de réduire les inégalités des chances, les inégalités sociales, les inégalités de rémunération, les inégalités de promotion dont souffrent encore les femmes… », pensant, comme le fait remarquer la Coordination Française pour le Lobby Européen des femmes (CLEF) , « aux détresses des femmes, et surtout des oubliées d’alors ».
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1 thought on “Les territoires du vélo virent à la confusion

  1. Merci d’avoir fait apparaître monsieur Antoine Veil aux côtés de Simone son épouse. Alors président de l’Agence Française d’Ingénierie Touristique (AFIT) il m’accompagna à bicyclette sur le Danube à vélo. Nous voulions vérifier l’opportunité et la faisabilité de l’idée de Loire à vélo. Vous connaissez la suite.

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