Vers une nouvelle étude sur l’intérêt financier du vélo

Le ministère des Finances se frotte les yeux. Quoi, le vélo aurait une valeur économique, lui et son environnement ? Bien sûr, nous le savons bien, mais eux, il réclament toujours des chiffres, en espérant sans doute pouvoir rester sur leurs positions. Un appel d’offres est en cours pour la « Réalisation d’une étude sur l’impact économique et potentiel de développement liés à la croissance des usages du vélo en France. ».

Et c’est bien le ministère de l’économie, des finances et de l’industrie qui commande, ou plus exactement « un groupement de commandes, constitué de la Direction générale des entreprises du Ministère de l’économie et des finances, de la Coordination Interministérielle pour le Développement de la marche et de l’usage du Vélo du Ministère de la transition écologique et solidaire, de l’agence de l’environnement et de la Maîtrise de l’energie (Ademe) et de la Fédération Française de Cyclisme (Ffc) ». 

Commande (texte de l’appel d’offre)
Clôture « estimée » le 22 novembre. 

La plus grande étude sur le sujet date de 2009. Réalisées par le cabinet Altermodal pour Atout-France, elle s’intitulait : Spécial Economie du vélo, étude complète. 

En mai 2018, dans une lettre ouverte au Premier ministre, le Club des villes cyclables s’appuyait encore sur cette étude pour déclarer :  « Les retombées économiques directes de la pratique du vélo étaient estimées à 4,5 milliards d’euros par an 2008, dans la grande étude réalisée par Atout France sur l’économie du vélo. Elles progressent régulièrement comme la mise à jour de cette étude ne manquera pas de le confirmer : l’European cyclist federation (ECF) évalue en effet retombées aujourd’hui à 1000 euros par an et par citoyen européen. Plus la pratique du vélo est élevée, plus les retombées sont importantes ! »

Depuis des petites études ont été réalisées, parmi lesquelles l’enquête du Club des villes cyclables Le vélo et les Français en 2012, rendue publique en janvier 2013.

L’étude L’intermodalité vélo-train : une évaluation socio-économique des bénéfices de janvier 2017, réalisée par l’Ifsttar, évaluait les gains potentiels liés à la mise en place d’une bonne intermodalité train + vélo. 

Renforcer train + vélo au quotidien, du simple bon sens

En juillet 2017 paraissaient deux nouvelles études sur le tourisme à vélo en France : Le tourisme à vélo dans les villes françaises et Baromètre du tourisme à vélo en France (actualisation d’une étude menée en 2015). 

Enfin, le 14 novembre prochain la Fédération française de cyclotourisme présentera la deuxième édition de son étude sur Les retombées économiques du tourisme à vélo en France, sur un échantillon de 1000 personnes, dont une partie sont ses adhérents. La première édition, présentée en mai dernier, manifestait déjà assez clairement les limites de l’échantillon (Touriste à vélo ne signifie pas licencié FFCT). Ce sera encore en 2018

 

Soyons sûrs que la future étude sera une mise à jour de l’étude fondatrice de 2009, et qu’elle nous donnera d’abord une liste à jour de toutes les études déjà réalisées, petites comme grandes. Ces chiffres ne devraient pas faire autre chose que conforter les actifs du vélo dans leurs certitudes, tout en leur donnant des arguments. Frédéric Héran n’avait-il pas déjà ouvert la voie dans son livre Le retour de la bicyclette ? Dans le chapitre Bientôt l’argument économique (p. 164) il cite l’article « La marche et le vélo, quels bilans économiques pour l’individus et la collectivité ? » de Francis Papon, en 2002

Puisse la nouvelle étude favoriser l’adoption par le gouvernement de mesures fortes, et même financières, en faveur de toutes les pratiques du vélo ! Espérons aussi qu’aucun secteur ne sera oublié, par exemple l’intérêt de la pratique du vélo pour le commerce de centre-ville et pour la sécurité sociale. 

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4 thoughts on “Vers une nouvelle étude sur l’intérêt financier du vélo

  1. Le sujet est super important, mais les études citées et consultables manquent de crédibilité car faites par des gens déjà convaincus ou des gens ayant un conflit d’intérêt (cabinet conseillant les collectivités sur les aménagements par exemple).
    Un exemple? Extrait de la « grande étude » « Spécial économie du vélo » de 2009 citée: « Dans le cours de l’analyse, nous appellerons « séjours vélo » les séjours pour
    motif personnel (hors séjours affaire) comprenant une ou plusieurs nuitées (hors
    excursionnistes) pendant lesquels une activité vélo a été pratiquée et a été citée
    parmi les 3 principales activités pratiquées pendant le séjour. »
    Il s’ensuit une évaluation de l’impact économique du vélo fondé sur l’artifice sémantique « séjour vélo » ci-dessus. On multiplie le nombre de touristes visitant la France par le pourcentage de « séjours vélos » (3,3%, soit 5,5 millions de séjours) et on en déduit l’impact économique du vélo (en lisant l’étude, on s’aperçoit que les « séjours vélos » sont en réalité les estivants qui utilisent le vélo pour aller à la plage ou au lac, majoritairement).
    Comme d’habitude on confond corrélation et causalité. A aucun moment, la méthodologie retenue ne permet de démontrer l’impact direct du vélo comme CAUSE de tourisme et donc de revenus (qui n’auraient pas existé sans le vélo).
    Ce genre d’étude, dirigée par Nicolas Mercat, co-fondateur du cabinet Inddigo, qui se présente avec sa femme comme « militants par l’exemple de la cause du vélo », est de très mauvaise qualité méthodologique. C’est totalement néfaste et du pain bénit pour les anti-vélos.
    Pour faire réellement avancer les choses, il faudrait faire du bon boulot et le faire faire par des gens qui sont crédibles donc 1) compétents 2) sans conflits d’intérêts 3) sans convictions préalables affichées.
    Si l’étude citée de 2009 est simplement mise à jour, c’est de la pure perte de temps et totalement contre-productif.

    PS: l’étude est téléchargeable. Même si elle est très longue, on n’a pas besoin de tout lire pour se rendre compte de la médiocrité du travail; chacun pourra voir que le sujet est complexe et que des efforts beaucoup plus importants seraient nécessaires pour donner aux décideurs les outils de prise de décision fiables.

    • En tant qu’universitaire, je ne peux qu’être d’accord avec vous sur la faiblesse de la méthodologie de ce genre d’études.
      Mais il me semble toutefois très compliqué de faire travailler sur le sujet des gens qui soient réellement sans conflit d’intérêts ni convictions préalables affichées. Qui veut réellement bosser sur le vélo alors qu’il s’en fout ?
      Ou alors on va se retrouver avec des anti-vélos qui viendront bosser sur ce genre d’étude dans le seul but de revoir les chiffres à la baisse dans leurs intérêt personnel également.

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