La région Ile-de-France ne rougit pas de son plan vélo

Cela ressemble à du saupoudrage mais on nous jure que cela n’en est pas. 13 projets seront subventionnés suite à un appel à projets, dont on espère qu’ils seront inspirants, ou déterminants. 

La présidente espère que ses subventions vont enclencher un cercle vertueux, et de toutes façons, pense-t-elle, autant aider ceux qui veulent agir plutôt que ceux qui trainent. Et d’ailleurs leur volonté est vérifiée, un plan triennal d’action exigé, une réflexion globale aussi.

C’est rare d’entendre une présidente de région présenter un Plan vélo. Valérie Pécresse, présidente de l’Ile-de-France, l’a fait mercredi dernier avec ouverture d’esprit et un pragmatisme non dogmatique … qui lui fait s’intéresser aussi aux bus à hydrogène (elle se rendra à Tokyo pour en voir) et à l’économie sociale (les Lulu dans ma rue, petits services de voisinage, pourraient bénéficier des vélos électriques de la Région pour se déployer en banlieue). Elle ne force personne et préfère attendre les demandes, celles des plateformes logistiques, pourquoi pas (suite à une question) si elles veulent s’intéresser au vélo, bien qu’elle les voit plutôt synonymes de camions. 

La présidente pense beaucoup au vélo électrique, y compris pour remplacer son petit vélo du dimanche à elle, qui faiblit et dont je parierais qu’il lui manque surtout un peu d’huile sur la chaîne. Un programme de 10 000 vélos électriques en location de moyenne durée  sera opérationnel à la fin de l’année. 

Le plus grand parc de vélos électriques bientôt en location en Ile-de-France.

La région veut tripler le nombre de déplacements à vélos d’ici à 2021 (en partant de 2% en 2010), en ciblant les déplacements liés aux activités régulières, école, études, boulot. Elle pense autant infrastructures que services. 591 km de pistes et bandes, 413 km de zones apaisées, ont été co-financées depuis 2016. 2 millions d’euros sont réservés pour les coupures urbaines. Ainsi la passerelle entre Poissy et Carrières sous Poissy devrait-elle être co-financée à 50 %. Si elle se fait. On n’a pas parlé non plus de celle qui devrait aller des Mureaux à Meulan

3 projets de passerelles en Ile-de-France, sur le site du Syndicat Mixte d’aménagement, de gestion et d’entretien des berges de la Seine et de l’Oise.

Ces chiffres de linéaire bien sûr ne veulent pas dire grand’chose, et c’est encore pire lorsqu’on connaît la piètre qualité de certaines réalisations. On en saura un peu plus lorsque que la révision de la carte régionale des aménagements cyclables sera finie (pour l’heure elle se fait sous l’égide de l’IAU, avec Geovelo et les internautes. On ne verra rien avant deux ans, paraît-il). 

Valérie Pécresse est plutôt mécontente, elle a appris de la bouche d’Elisabeth Borne, la ministre des transports, que le Plan vélo national ne donnerait rien pour la région d’Ile-de-France car elle est la plus riche. Peut-être, mais elle est aussi la plus peuplée et la plus dense (et j’ajoute la plus couturée, et aussi celle qui fait les modes). En tous cas, 3 millions d’habitants au centre (Paris), 5 dans la petite couronne, 5 dans la grande, la cible sera la petite couronne, où 50% des trajets de moins de 3 km se font en auto et où 50% des trajets pour le boulot font moins de 7 km. Paris n’aura aucun privilège (et certains de ses dossiers ont été refusés, telle la piste de la rue de Rivoli), mais on cherchera à s’affranchir des frontières administratives, qui ne correspondent pas aux bassins de déplacements. 

L’appel à projets « mobilité quotidienne »

L’appel à projets, lancé en juin dernier, a plutôt bien marché, nous a-t-on dit, et c’était surtout ça le sujet de la communication du 13 mars. 30 dossiers ont été soumis, dont 17 ne parlaient pas d’infrastructure. Sur ces 30, 13 projets vont bénéficier d’un total de 8 millions d’euros : 

  • 5 dossiers Lauréats émanent de la petite couronne, 8 de la grande. 
  • 4 projets lauréats portent sur des maisons du vélo près d’une gare (réparation, location, conseils ….), 4 portent sur du stationnement près d’une zone d’habitat ou d’emploi, 1 concerne les VAE du plateau de Saclay, 1 des outils numériques et 3 des postes de gonflage et réparation. 

Cela aura pour résultat que 28 subventions seront distribuées à 11 collectivités territoriales, 6 entreprises, 4 bailleurs sociaux, 3 associations et 3 établissements publics. 

Les projets lauréats dans le détail 

  • Création de Maisons du vélo dans les gare de Bussy-Saint-Georges (77, avec itinéraire d’accès), Ris-Orangis et Houilles-Carrières sur Seine (78).
  • Implantation d’un pôle multiservices vélo en gare d’Évry-Bras de Fer (91).
  • Stationnement, services et accès, à la gare routière de Briis sous Forges.
  • Offre complète de stationnements sécurisés et de services dans des résidences sociales, à Sceaux.
  • Déploiement expérimental de consignes à vélos le long de la RD 906 dans les Hauts-de-Seine.
  • Aménagement d’itinéraires de liaison et de stationnements sécurisés dans des zones d’emploi et d’habitation du Val-de-Marne et de Marne-la-Vallée afin de favoriser l’accès à l’emploi : jalonnement, aménagements sur la RD, dont « voie verte » latérale, traitement de points durs, comptages. Abri vélos de 10 places (pour commencer) à la zone d’activité, et d’autres dans 5 résidences. 
  • Développement de deux applications pour inciter les salariés de La Défense à utiliser le vélo pour aller à la fac de Nanterre, à la zone industrielle des Guillerets, et à Rueil. Les applis sont Plan de déplacement Mobilité (??) et géovélo entreprises, elles sont assorties de remorques électriques K-Ryole pour la logistique et de sacs à dos avec clignotants de la marque Galank. Un système d’analyse des zones dangereuses vient compléter l’arsenal. 
  • Stationnements, signalisation de direction et création d’une piste cyclable, à La Défense.
  • Mise en œuvre d’une flotte de VAE en libre-service pour la desserte du plateau de Saclay (91). Présenté sur ce blog.

(Sous réserve d’oublis)

On ne sait pas si la méthode suffira à pallier aux défaillances du Grand-Paris ou à mailler la Région en vue des Jeux Olympiques

Tout cela ne fait pas un Plan vélo structuré, ni un plan à l’échelle des besoins, pour autant ces projets pourraient avoir de l’impact, et s’ajoutent aux financements habituels évoqués en début d’article. Finalement un tiroir-caisse, aussi talentueux fut-il, peut-il remplacer un plan d’action ? 

Sur le plan vélo de la Région d’Ile-de-France, on peut lire aussi :

et sur ce blog, sur les politiques du vélo dans la région :

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1 réflexion au sujet de “La région Ile-de-France ne rougit pas de son plan vélo”

  1. Sans vision d’ensemble, on aura au final un fatras d’aménagements plus mal conçus les uns que les autres, sans aucune continuité et n’ayant pas d’autre intérêt que de permettre aux enclumes de se garer devant la boulangerie.
    Si on fait de l’aménagement ponctuel, ce doit être pour traiter un point noir ou une coupure urbaine sur un/des trajets logiques utilisables par des vélotaffeurs : traiter les ponts sur la Seine, les voies ferrées et voies expresses en commençant par ceux où il y a les plus forts trafics (logiquement en petite couronne).

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