2 jours de folie à Massy (Essonne) pour parler de vélo

Deux jours en grande banlieue parisienne à parler de vélo. Le pari était fou, la réussite est folle. Débats, ateliers, lancement d’un collectif francilien d’associations, film …

C’est la 3ème fois que le Collectif Vélo Massy-CPS (un collectif de 4 associations à Massy – Communauté Paris-Saclay) organise une rencontre à Massy en centrant sur les métiers du vélo (Ici souvenirs de 2017 et de 2018). Cette fois-ci les propos ont été élargis, et le public a suivi, quitte à prendre une chambre d’hôtel. Des gens de toute l’Ile-de-France étaient là, et tellement que j’ai loupé pas mal de grandes conférences …   

Les ateliers de cartographie, de conception d’aménagements, d’entrepreunariat… se tenaient en parallèle aux tables rondes. En ouverture vendredi le docteur Saladin se demande si le vélo peut constituer une solution à la crise de notre civilisation. Son blog s’appelle Vélo et potager. La soirée du vendredi a été occupée par une discussion de haut niveau entre Olivier Schneider, président de la Fub, Valérie Masson-Delmotte, chercheuse au CEA, spécialiste internationale du réchauffement climatique, Lorelei Limousin, du Réseau Action Climat et Olivier Razemon, journaliste. 
Entre les deux, le collectif des associations pro-vélo d’Ile-de-France se déclarait officiellement créé. 
Le lendemain matin encore des ateliers, puis inauguration d’une zone 30, suivie de la projection du film Why we cycle et discussion avec Stein van Oosteren et la salle. 
Deux jours extraordinaires dont je n’évoque ici qu’une petite partie.

Au programme de cet article, seulement quelques éléments :

  • Tables rondes
  • Le débat du soir
  • Création du collectif des associations pro-vélo d’Ile-de-France
  • Le film
  • Petite visite de Massy

Tables rondes

Femme & métier d’avenir 

  • Adeline Barnault. Son entreprise s’appelle Cultureuil et elle est libraire ambulante. Page facebook
  • Vanessa Panetto, elle travaille à Paris sud aménagement, s’attelle à la question des itinéraires à vélo et du désenclavement des quartiers. A créé des balades urbaines à vélo, à contenu touristique : création d’un podcast, balades digitales.
    Sa remorque qui peut contenir plans et maquettes a été fabriquée à la Recyclerie, les parois découpées dans une table de ping-pong…

  • Clémence Marion, fraîche diplômée de l’école nationale d’agriculture, elle part le 21 mars pour 6 mois à rencontrer une centaine d’agriculteurs et les interroger sur la transition énergétique. Quels sont les freins ? Son projet s’appelle Mercycle, pour clémence … Elle a une chaine Youtube

Innovation & Inclusion

animé par Nicolas Trüb, inventeur de la cyclospace, voiture à pédales de famille. Il est le patron de Stilic force, entreprise de design très souvent loufoque, avec une boutique à Montrouge, la boutique du futur.

Sport & TranSport, fabricant de mobilité active

Gilles Manuelle, créateur de Fludis, sa 3ème entreprise (après La petite-reine puis Vert chez vous), toujours dans la logistique pour une solution globale pour le dernier kilomètre adaptée aux défis d’aujourd’hui. Ce nouveau concept reposera sur un navire-entrepôt et des « cyclofret » qui embarqueront des palettes entières. Démarrage courant 2019.
Il appelle le gouvernement à agir sur les entreprises qu’il contrôle : les camions de Geodis et de la Poste envahissent les grand’routes.


Olivier Moucheboeuf, de Sport Cycle (ex- Chambre nationale du Cycle, 1500 entreprises), qui souhaite développer le vélo électrique pour remplacer les véhicules thermiques. Il remarque que les pistes cyclables actuelles ne sont pas assez larges pour les vélo-cargos. Pour ceux-ci des normes françaises vont bientôt sortir, le produit qui s’y conformera rassurera le client et dopera le marché. 

Le débat du soir 

Le regarder : 

Changer nos villes, changer nos vies sans changer le climat.

Création du collectif des associations pro-vélo d’Ile-de-France

En présence de 

  • Jacques Baudrier, conseiller de Paris, conseiller régional et redoutable lobbyiste,  
  • Pierre Serne, président du Club des villes cyclables, 
  • Stéphane Beaudet, vice-président du Conseil régional, délégué aux transports.
  • Nicolas Samsoen, maire de Massy
  • Elisabeth Philippoteau, cycliste historique et adjointe au maire en charge de l’espace public et du développement durable.

C’est un projet vieux de 40 ans qui renaît pour de bon cette fois. 24 associations se regroupent pour porter un message unique, et l’annoncent depuis la banlieue. Son président sera Alexis Frémeaux, président de MDB (qui a déjà plus d’adhérents en banlieue qu’à Paris), Stein van Oosteren, de Fontenay-aux-roses, devenant le porte-parole.
La première ambition va être de faire en sorte que la question du vélo apparaisse dans toutes les campagnes des municipales d’Ile de France. La seconde sera de convaincre la région d’Ile-de-France  de s’emparer d’une ambition de REVe (Réseau Express Vélo), utile aux déplacements quotidiens comme aux sorties de loisir. Enfin, le regroupement souhaite que toutes les gares aient des stationnements sécurisés, et que des vélo-écoles et ateliers se créent partout. 

Le collectif regroupe déjà 24 associations, 4000 personnes, sur 80 villes. Il réunira à l’automne prochain des rencontres franciliennes du vélo, dans les locaux du Conseil régional à Saint-Ouen. Il a déjà sa page twitter

La bataille du vélo est loin d’être gagnée  

Certains intervenants pensent que la bataille idéologique est gagnée, ce qui ne se traduit pas encore totalement dans les faits.
Pierre Serne remarque que la technostructure est bien capable de briser les meilleurs consensus construits autour d’Elisabeth Borne, la ministre des Transports. Il parle d’une chape de plomb qui est tombée sur le sujet, et appelle à trouver les failles pour la briser. Sinon la Loi des Mobilités nous échappera, prévient-il.

De même Jacques Baudrier énonce que, après la tragi-comédie des garages à vélo des gares du Grand-Paris express, il va falloir se battre sur chaque gare. Tout va aller très vite, dans les 4 mois toutes les décisions auront été prises et engageront les 50 années à venir. 

La région pense que tout se joue au niveau des maires. Stéphane Beaudet pense que ce n’est pas une question d’argent, par opposition à Jacques Baudrier qui s’échine à trouver des mécanismes pour dégager des budgets. 

Tout le monde est d’accord pour dire que les prochaines élections municipales auront un enjeu social et écologique.

Le film

Le film Why we cycle ?  est présenté ici et je ne saurais faire mieux. Ce film peut se visionner plusieurs fois, on y découvre à chaque fois de nouveaux éléments. 

Il a été réalisé à l’issue de 46 ans d’aménagements, commencés après la campagne « Halte au meurtre des enfants », ainsi que des dimanches (vraiment) sans autos en réponse à la première crise pétrolière (1973). Les gens allaient pique-niquer sur les autoroutes ! (Il y a eu aussi des manifestations d’enfants, voir notre article Les premières rues aux enfants). La suite de l’histoire est dans l’article de Hans Kremers sur Delft, ville où pour la première fois a été créé un réseau continu pour les cyclistes. La méthode, les conceptions, sont remarquables.

Le film sera diffusé :

  • A Montpellier le 25 mars, au cinéma Diagonal, en présence de Stein van Oosteren.
  • A Angers le 17 mai 19h, Amphithéâtre de la Faculté de Saint-Serge, entrée libre
  • A Malakoff, Tours, Pantin, Lyon… mais on attend les précisions (elles seront dans l’agenda de ce blog)

Tout reste à faire, même à Massy

Le samedi matin j’ai visité un peu la ville… ou un ou deux des quartiers de ce vaste ensemble difficile à saisir tant sa croissance semble avoir été faite au gré des grands terrains utilisables, sans qu’aucune hiérarchie apparaisse. Même l’opéra ne se distingue pas d’un bâtiment public quelconque, école ou halle de marché. Le jalonnement automobile fait faire un crochet mais s’interrompt avant qu’on y arrive. Et tout à l’avenant mais heureusement j’ai de l’instinct…

J’ai donc été au hasard, pour me retrouver du côté de la gare du TGV et y découvrir un stationnement veligo abandonné et grand ouvert, un autre veligo avec seulement 3 vélos à la chaîne rouillée, et une piste cyclable. Je l’ai suivie, à tout hasard, pour finir par comprendre qu’elle menait au plateau de Saclay et à l’école Polytechnique. Indiquée plus tôt et avec les distances, son effet incitatif serait évidemment meilleur.

Il en est de même depuis la mairie pour rejoindre la voie verte qui mène à Paris (20 km par monts et par vaux). Elle passe tout près mais on ne la trouve que si on sait qu’on doit la chercher et si on a le flair du voyageur perdu dans un pays en plein chaos. 

L’équipe municipale, dont la volonté de faire bien est palpable, a sans doute besoin d’un regard extérieur bienveillant. Souhaitons-leur en tous cas de pouvoir continuer à mettre de l’ordre dans le chaos et à donner de la visibilité aux trajets à vélo. Et je me demande : Est-ce qu’un réseau cyclo-pédestre parfaitement perçu ne pourrait pas aider à créer un plan perceptible ? 

Avec tout ça la Région aura peut-être compris que le vélo du quotidien réclame des réseaux express vélo clairs, larges et beaux, et les communes, qu’il convient d’investir dans le structurant autant que dans les détails. 
Et tous nous avons compris que la bataille n’est pas gagnée, et qu’elle demande ordre et méthode. Les alliés sont là, Massy l’a révélé. 

Enormes félicitations aux organisateurs, en particulier Marc Bultez (la Recyclerie sportive), Jacques Felisat (les Colibris), José Lemoigne (MDB), et Karim Berkouk (Soif de bitume). 

Pour en savoir plus : Twitter !
@PMassy2019

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3 réflexions au sujet de “2 jours de folie à Massy (Essonne) pour parler de vélo”

  1. Ah oui Isabelle, on a passé deux très bonnes journées même si je n’ai pas assisté à toutes les conférences.
    Le jalonnement est complètement absent comme tu l’as dit. Du coup, beaucoup de personnes ont pris la N20 pour rejoindre la mairie alors que la Coulée Verte est à côté.
    Mais la Coulée Verte n’est pas non plus limpide… On a vu maintes fois des voyageurs étrangers qui sortaient leur carte en arrivant à Massy… Maintenant, il y a une petite flèche verte mais on ne sait pas vers où ça emmène…
    Comme dit Stein, peut être que dans 40 ans ça ira mieux 😉

  2. A propos de la remarque d’Olivier Moucheboeuf, sur le fait que les pistes cyclables actuelles ne sont pas assez larges pour les vélo-cargos.
    Un membre du forum Vélorizontal a mis sur Github en Licence CC BY 4.0 et LO 2.0 une compilation de l’encombrement des vélos. Ca peut aider à vérifier que les aménagements permettront effectivement le passage des vélos.
    Présentation de la démarche.
    Lien vers la page Github.
    Fichier pdf des dimensions.
    Fichier dxf des dimensions.
    Le fichier tableur compilant les vélos utilisés (Libre Office).

  3. Je partage le fait que la volonté au sein des municipalités est le vecteur clé essentiel du développement, ou non, des aménagements cyclables et de la définition de leur qualité…
    On ne peut que constater que sans rien imaginer de nouveau, l’ensemble des solutions efficientes sont déjà présentes (et depuis longtemps).
    Le problème est que la prise de toute décision en faveur ou défaveur du vélo s’effectue dans la roue libre des événements et la volonté girouette qui domine le tout. On parle de plan vélo, mais il n’est pas dans les mentalités. Les élus y vont comme des élèves qui ne s’intéressent pas aux cours du professeur. Les devoirs sont faits sans passion ou on cherche un prétexte pour les éviter.
    >> On décide, sur le Plateau de Saclay, une « Silicon Valley » sans autre accès qu’en automobile, on favorise le commerce péri-urbain, on créé des infrastructures toujours trop étroites ne permettant aucune adaptabilité simple à postériori.
    >>> Tant que celui qui va acheter sa baguette de pain en voiture ne passera pas pour un con, le progrès réel aura du mal à dépasser l’enthousiasme de se réunir entre gens convaincus que le monde marche sur la tête.

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