Amsterdam se débarrasse de ses mobylettes

C’est le début de la fin des petits engins motorisés dans les roues des cyclistes. C’est le moment que choisit la France pour y autoriser les trottinettes électriques. 

Aux Pays-Bas, comme en Aquitaine brièvement dans les années 90 (c’était le cas en 1997 lors de mon travail sur la signalisation), les petites mobylettes avaient été autorisées dans les pistes cyclables (devenues depuis, en France, des voies vertes), afin de ne pas envoyer à l’abattoir une partie de la jeunesse.

En Gironde l’autorisation fut vite révoquée, la jeunesse en question se comportant en conquérants alors qu’ils n’étaient qu’invités. 

Aux Pays-Bas cela fait des années que ces petits engins empoisonnent la vie des cyclistes. Au départ la raison de leur tolérance venait des gentilles dames de la campagne qui utilisaient une petit moteur additif à essence sur leur vélo, sans casque bien sûr et à vitesse  limitée à 20 km/h, c’est-à-dire similaire à ce qu’autorise la France aujourd’hui. Le gouvernement néerlandais n’ayant pas anticipé, très vite les pistes ont été envahies de personnes bien moins pacifiques qui zigzaguent à 35 km/h parmi les cyclistes… Ils viennent d’être interdits à Amsterdam nous rapporte Hans Kremers. 

Une article récent suppose que ce refus des dames traditionnelles a servi de prétexte. La vraie raison viendrait de l’action des fabricants de vélomoteurs qui avaient peur de voir leurs ventes chuter à cause de l’obligation du port du casque.

L’histoire

Mais la vérité c’est que Hans Kremers nous avait déjà raconté l’histoire dès la fin de 2013 dans l’article Aux Pays-Bas les cyclistes broient du noir. En voici l’essentiel : 


C’est en 1976 que l’Etat néerlandais avait autorisé la présence d’un vélo équipé d’un petit moteur à essence pour des personnes ne pouvant utiliser un casque. La vitesse autorisée de ce vélo, appelé «snorfiets» (littéralement vélo-ronron pour le petit bruit de son moteur), était limitée à 20km/h.


(Ensuite) un autre modèle a vu le jour qui répand désormais la terreur sur les pistes cyclables. Il s’agit d’un scooter avec un moteur à essence dont la vitesse autorisée est limitée à 25 km/h. Il peut être utilisé sans casque et il se distingue par une petite plaque d’immatriculation bleue.
Et c’est là où LE problème commence. En effet, ce modèle, très prisé parmi les jeunes, est de plus en plus contesté, notamment par le « Fietsersbond » (la FUB néerlandaise). Ses représentants à Amsterdam déclarent, après une enquête, que 94% des utilisateurs ne respectent pas les 25 km/h et que leur vitesse moyenne est 37 km/h !!! Cela crée de nombreuses situations d’insécurité, surtout quand ces machines, dont la largeur varie entre 0,8m et 1,2m, frôlent les cyclistes sur les pistes.


En 2010 une majorité de l’assemblée nationale a voté  pour des enquêtes et des mesures.
En 2011 un collectif d’associations a remis à la mairie d’Amsterdam une pétition (presque 6000 signataires) contre la présence des scooters sur les pistes cyclables.
Depuis le début de 2013 la ville d’Amsterdam teste l’interdiction sur une piste cyclable.
En juin 2013 un organisme de recherche indépendant (TNO) a publié un rapport qui démontre que les limitateurs de vitesse intégrés dans les moteurs des scooters augmentent la consommation et provoquent une émission de particules fines supérieure aux normes européennes.


Le Fietsersbond utilise maintenant cet argument pour dire que les cyclistes qui pédalent pour des raisons de santé ne devraient pas avoir à subir un risque accru de cancer des poumons ! Il est proposé d’interdire ce type de scooters car ils peuvent très bien être remplacés par les vélos à assistance électrique qui eux sont vraiment limités à 25 km/h.

Aujourd’hui

Depuis le 17 avril à Amsterdam les conducteurs des scooters doivent porter un casque et se déplacer avec la circulation automobile. Cette décision est le fruit de 10 ans d’actions du Fietersbond, qui, bien sûr, espère qu’elle sera suivie dans les autres villes du pays. Car hélas le gouvernement n’a pas voulu l’imposer au pays entier et laisse les communes en décider chacune chez elle. 

Source : Amsterdamse fietsers krijgen fietspad terug. 

La ligne bleue est censée guider les snorfiets vers la chaussée. C’est aussi ce que dit le panneau.

Les véhicules à moteur sont interdits en France sur les voies vertes comme sur les pistes cyclables, sauf autorisation spéciale (Code du cycliste p. 37). Alors c’est sans doute parce que la France se traîne 30 ans en arrière qu’elle s’apprête à autoriser les trottinettes électriques dans les pistes cyclables ! Bien sûr elles ont du succès, bien sûr les utiliser est amusant, mais elles sont dangereuses et empoisonnent la vie des citadins. En libre-service comme si rien n’appartenait à personne, rechargées dans des conditions très limite, fonctionnant sur batteries, elles sont un cheval de Troie de l’empire du Milieu. Merci infiniment chère madame Borne ! Nous apprécierions que l’interdiction des véhicules à moteur soit respectée, qu’ils soient petits ou gros et quelle que soit leur vitesse …

Print Friendly, PDF & Email

9 réflexions au sujet de “Amsterdam se débarrasse de ses mobylettes”

  1. Bonjour, n’a-t-on pas un problème proche de celui des Pays-Bas car la réglementation n’est pas appliquée et on voit tellement de scooters dans les couloirs de bus, les bandes cyclables et sur les arceaux vélos ?

  2. Depuis une semaine en Hollande, je vois effectivement des scooters qui se traînent sur les pistes cyclables. Pas très nombreux et leurs usagers ne portent pas de casque. Ils semblent assez inoffensifs dans l’océan de vélos. Des vélos dont les plus récents sont la plupart assistés. En revanche pas vu de trottinettes.

  3. Voilà qui questionne. A-t-on des nouvelles de l’usage de trottinettes électriques à Amsterdam, de leurs emplacements en voirie, de leur autorisation éventuelle sur les PC ?
    Ici à Bruxelles, ces engins -comme depuis peu les vélos électriques UBER- profitent d’un vide juridique pour leur emplacement dans l’espace public. Il semble que les traumatismes crâniens ont augmenté significativement depuis l’introduction de ces trottinettes.

  4. Je ne pense pas que l’on puisse traiter différemment deux engins à moteur électrique limités à 25 km/h… donc je crains qu’il faille nous accoutumer à voir des « trottinettes » (qui n’ont plus de trottinette que le nom sympathique) électriques dans les voies / pistes cyclables, aux mêmes conditions que les VAE (bridés à 25). Ce sera toujours mieux que des « trottinettes » lâchées à 25 au milieu des piétons sur les trottoirs…
    Mais quand ils vont commencer à faire des modèles débridés, il faudra une législation adaptée, comme pour les speed bikes (limités à 45 km/, port du casque type moto obligatoire). La vraie question est peut-être à chercher du côté des mobilités actives (et non « douces »), en réservant des espaces à ceux qui se bougent et en renvoyant ceux qui ne bougent pas (voitures, véhicules à moteur), sur la voirie générale. En gros, pour les actifs, une prime en forme de voie spécifique ?

    • Attention, vous allez un peu vite. A l’heure actuelle, un cyclomoteur, fusse-t-il électrique et bridé à 25 km/h, est interdit sur piste cyclable, pour la simple raison que pour être considéré comme un VAE il faut que le véhicule soit inerte tant que l’usager de fournit pas d’effort physique. Jusqu’à présent la règle était donc exactement ce que vous proposez, i.e. s’il faut bouger -> trottoir pour les piétons (et assimilés, vaste sujet également) et PC pour les autres, sinon -> sur la chaussée. Le problème est plutôt le non respect de cette règle.
      Pour moi c’est là que l’exécutif a ouvert une brèche avec les trottinettes électriques : un fabricant de cyclomoteur électrique pourrait très bien dire « pourquoi les trottinettes ne nécessitent-elles pas de casque et ont le droit de rouler sur les PC alors que mes véhicules, pas plus encombrants ni plus rapides, se voient imposer beaucoup plus de contraintes ? ».

  5. Les « trottinettes » nucléaires débridées sont déjà lâchées en grand nombre sur nos trottoirs et pistes cyclables.
    Je me suis fais récemment doubler (et larguer), dans une côte bien raide, par un de ces engins alors que j’allais un bon 20 km/h (j’avais abordé la côte à plus de 30)!

  6. Pour avoir circulé à vélo aux Pays-Bas en 2013, j’avais remarqué ces petits engins à moteur. La majorité sont bien inoffensifs et n’avancent pas. On est loin du scooter utilisé par pas mal de jeunes gens dans notre pays.
    À Amsterdam, où les pistes cyclables sont saturées à certaines heures, j’ai trouvé ces engins gênants, malgré ce que je viens d’écrire. À la campagne, en revanche, ils étaient peu nombreux et ne m’ont pas dérangé. Je pense que l’interdiction dans les grandes villes et l’autorisation en zone rural sont les deux mesures les plus raisonnables et adaptées à la situation.

Laisser un commentaire