Journée fondatrice pour la véloroute de la Seine en entier

L’enthousiasme était palpable. Le 23 mai 2019 a été lancée la démarche devant aboutir à la création de la véloroute de toute la Seine, « de la source à la mer ». Ajout du 21-06 : 3 parutions sur le thème.

Plus de 100 personnes représentant les administrations départementales et régionale, les associations d’élus, Voies navigables de France, les cyclistes, ont abouti à une « déclaration commune » et au quasi-lancement des travaux.

Le maire de Melun a bien compris l’intérêt du vélotourisme, lui qui accueille le premier camping après Paris sur la route de Saint-Jacques et de la future véloroute de la Seine. Il a promis beaucoup d’améliorations dans sa ville, et surtout dans l’agglomération dont il est aussi le président.

L’exemple de la Loire à vélo aura marqué les esprits des acteurs de cette « porte d’entrée à l’international » ainsi que de ses invités.

Que faut-il pour faire une véloroute ?

Clairement l’engagement politique est indispensable, et si celui-ci est assuré par une collectivité qui en tirera profit ce n’est pas plus mal.
La région Centre pour la Loire à vélo, le département de l’Eure pour la Seine à vélo aval, l’association Territoire Rhône pour la Viarhona réunissant communes, départements, VNF et le CNR. Le département de la Saône-et-Loire pour Givry-Cluny … Et pour nous ? Vous le saurez bientôt. Ce qui est sûr c’est que la Seine s’impose comme une évidence.

Tourisme fluvial, tourisme fluvestre

VNF a d’ailleurs constaté que 91% de ses voies d’eau navigables étaient longées par une véloroute et qu’un tiers de ses retombées financières touristiques provenaient du vélo.
Salutaire prise de conscience, ont dû penser les anciens militants des véloroutes ! VNF veut même désormais se servir de ses maisons éclusières, pour lesquelles elle rêve du label Accueil vélo ! Elle est également disposée à laisser passer le public sur certaines de ses passerelles techniques lorsque c’est indispensable à l’itinéraire. 

La préfecture de la région d’Ile-de-France a commandé une étude pour un schéma de développement des berges de la Seine, soit 200 km. La question de l’occupation du sol y tiendra une grande place, comme celle des Conventions de superposition d’affectation (une nouveauté). VNF est peut-être vue comme une administration, elle est aussi chargée de gagner des sous. 

La Seine amont

Les voies d’eau ne seront pas des pistes sèches

L’APUR comme l’IAU, les deux organismes d’études urbaines (et plus) de la région capitale, ont souligné combien le fleuve représentait un axe de respiration essentiel et comment certaines communes s’en saisissaient pour en faire notamment des « axes de fraîcheur ». La commune de Champagne sur Seine, lovée dans un méandre, va créer en même temps sa part de véloroute « fluvestre » et sa « renaturation ». La prise en compte des usages et de la mobilité feront de cette véloroute un objet d’une grande richesse, et d’ailleurs c’est également ce qui se dit de l’autre côté de Paris. Autour de Troye, même enthousiasme, la véloroute sera l’épine dorsale qui révèlera plein de sites historiques et autres ouvrages anciens. A Nogent l’office de tourisme y est déjà, sur un bateau-lavoir ! 

La Seine est d’une richesse patrimoniale extraordinaire, des sites les plus réputés jusqu’aux plus secrets. L’association Enlarge your Paris nous a présenté son premier guide de la Seine, tout juste paru. Philippe Bernard, président honoraire de CyclotransEurope, a d’ailleurs conclu la journée par un appel à préparer un livre sur la Seine comme réservoir d’histoire, de botanique, d’industrie, d’habitat … « Aménager c’est aussi donner à voir » a dit Renaud Charles, le patron de Enlarge. 

Réalisation de Enlarge your Paris

Les voies vertes fluvestres sont d’abord des objets locaux

Les collectivités en général ont elles aussi tout intérêt aux voies « douces » le long des fleuves. L’essentiel de la fréquentation est locale, même sur la Viarhôna, où cela aurait été mesuré. Le tourisme n’y représente que 5 à 10 % de la fréquentation. Ce sont d’abord les locaux qui l’utilisent pour leurs activités, et eux aussi qui se mettent à parcourir l’itinéraire. Les ramifications trouvent là tout leur sens. Le département de l’Aube a aussi remarqué que sa voie verte de la Seine avait une forte fréquentation aux heures de vélotaf, en liaison avec la zone industrielle et le lycée.

A Paris se pose avec acuité la question de la cohabitation des piétons et des vélos. Depuis que les berges sont ouvertes en permanence, et dotées de bars et autres lieux récréatifs, elles sont le domaine de la déambulation piétonne « sauf à certaines heures », en gros le matin jusqu’à 11 h. Christophe Najdovski peut toujours dire que cela se régule de soi-même, dans la pratique on ne sait pas où passent le soir les 1000 cyclistes à l’heure du matin, et sur la rive droite ils en sont même chassés. C’est d’ailleurs pourquoi finalement on construit une piste cyclable au-dessus, sur les quais. Parmi ces 1000 cyclistes il n’y a pas que des électeurs parisiens, loin de là, la métropole est largement concernée.

Bonnes nouvelles et petits potins

  • Bonne nouvelle, une passerelle serait à l’étude entre la piste de Bercy (qui lie Paris aux bords de Marne) et les pistes des boulevards des Maréchaux, 10 mètres au-dessus. 3 véloroutes se croisent à Paris, mais beaucoup plus encore de chemins de vélotafeurs.
  • Bonne nouvelle, l’APUR a montré une carte des pistes cyclables à réaliser pour les jeux olympiques… Je ne sais pas si nous avons encore le temps de les faire mais il est sûr que l’usage des infrastructures est multi-motif.
  • Si j’ai insisté une fois de plus sur l’intérêt que la véloroute aval aborde Paris par le port de Javel (et non par un canal au nord) c’est pour l’intérêt touristique, mais aussi pour les liens quotidiens qui se sont tissés entre les communes du secteur. Bonne nouvelle, j’ai reçu un écho très favorable.
  • Bonne nouvelle encore, la cyclabilité du pont de Neuilly, qui constitue l’accès à la Défense depuis Paris, serait réalisé dans 4 ans. Il aura fallu quelques 50 années d’attente. Tous les espoirs sont permis, même si en l’espèce la véloroute ne passe pas ce pont, mais le long de la Seine.
  • Bonne nouvelle là aussi, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine aurait pris conscience de l’intérêt du vélo, après avoir été le chantre de l’élargissement des routes…

La Seine est un axe protéiforme à se réapproprier, et le vélo est un mode de déplacement d’avenir. Tous les espoirs nous sont permis.

Qui pilote ?

La journée s’est terminée sur de belles envolées. Ce fut une journée historique, le lancement du processus de coordination pour la Seine à vélo amont, du plateau de Langres à Paris en passant par la Bourgogne. Le département de l’Essonne se verrait bien pilote, et Vélo et territoire son bras droit. Et comme rien de bien ne se fait seul, une Déclaration d’intérêt a été signée par une vingtaine d’organismes à la fin de la journée, sans perdre de vue que la fusion avec la Seine aval est déjà en perspective.

Vive le vélo ! et bravo à CyclotransEurope et à ses alliés associatifs pour cette lourde organisation au résultat magistral ! 

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3 réflexions au sujet de “Journée fondatrice pour la véloroute de la Seine en entier”

  1. Mieux vaut tard que jamais…
    Je n’ai pas pu participer à cette réunion qui semble être un succès. Bravo à Cyclotrans, orfèvre en la matière!
    Je note avec une immense satisfaction l’appropriation des voies cyclables par les habitants.
    En effet, le vélo offre 3 fonctions: utilitaire, loisirs- sports et tourisme itinérant. Peu importe la clef d’entrée: c’est toujours positif.
    Un point important: il faut privilégier les liaisons cyclables vers les gares au profit des habitants et aussi de cyclistes qui souhaitent faire une randonnée à partir d’une gare, puisqu’il est possible de mettre son vélo dans les trains de banlieue et régionaux.
    Enfin, il est indispensable d’associer le Délégué interministériel à la Vallée de la Seine (Paris-Le Havre) concerné par plus de la moitié de l’itinéraire.
    Merci à Isabelle pour son article tellement important.
    J’espère que tous les maires et autres collectivités territoriales concernés par la Seine à vélo en tireront profit!

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