La Seine à vélo, c’est pas gagné…

La randonnée annuelle de CyclotransEurope a pour objectif de découvrir la future véloroute de la Seine. Sur la première partie, du Havre à Paris, il reste du boulot … mais il y a des travaux (MàJ du 24 juillet).

Ce fut terrible ! La randonnée de l’association CyclotransEurope a cette année pour objectif de parcourir la vallée de la Seine, de son embouchure à sa source, en préfiguration de la véloroute La Seine à vélo. Consigne n’avait pas été donnée de suivre à tout prix le tracé officiel, mais de trouver le meilleur chemin pour rallier un point à un autre. Il pourra donc être intéressant de comparer avec mon propre repérage (voir plus bas) qui, lui, visait à suivre le parcours officiel.  

Que l’itinéraire ait été étudié d’abord grâce aux sites électroniques, ou directement sur le terrain, ou que le responsable d’étape connaisse par coeur les lieux, le résultat est le même : Les hébergements dictent le tracé général, et le souci d’éviter les routes importantes fait le reste. Évidemment on aurait préféré suivre la Seine. Nous l’aurions sûrement fait si cela avait été possible. 

Sortir des villes

Dans les sorties du Havre et de Rouen, le tracé de la future véloroute ne fut suivi que lorsque notre itinéraire passait par là, sans l’avoir spécialement cherché, sur des pistes longeant des routes industrielles bondées d’autos et de camions.
Pistes anciennes quelque peu délabrées et poussiéreuses, fléchage provisoire que l’organisateur n’avait pas même remarqué, et qui fut donc perdu en route, accès épique au pont de Tancarville … n’étaient pas l’idéal pour révéler le plaisir de pédaler et ne correspondent pas à l’idée qu’on se fait d’une véloroute.
Plus loin une voie verte, dans le département de l’Eure, fut partiellement utilisée, mais sa section centrale pas détectée, ce qui nous valu une longue et large route en forte côte puis pente et courbes, colonisée par le trafic motorisé. On comprend qu’on ait cherché à éviter ce genre d’endroit. 

Splendeur de la Seine depuis le pont de Tancarville

La véloroute par hasard

De fait, de la future véloroute nous n’avons d’abord vu que des zones industrielles et portuaires. Le reste fut sentiers tortueux, routes agricoles caillouteuses, côtes à 20%, descentes sur routes du même acabit, sentiers abrupts en forêt, et, heureusement, magnifiques vues, et même passage de la Seine en bac. 
Pour la véloroute, suivre la Seine s’impose, et demandera de l’ingéniosité. 

La misère en Ile-de-France

L’arrivée en Ile-de-France fut tout aussi compliquée.  Entre Andrésy et Maisons-Laffitte nous découvrons la véloroute de Londres. Ses panneaux sont aussi mal placés que possible, ce qui signifie erreur programmée, et certains de ses accès sont si étroits qu’il faut s’y prendre avec précaution. Le passage par la forêt de la Malmaison, si haut perchée que plus de la moitié du groupe fit l’ascension à pied, valait certainement mille fois mieux qu’un itinéraire par le mont Valérien. Mais l’accès à Maisons-Laffitte, dans la forêt de Saint-Germain, se fait désormais par un étroit chemin non-viabilisé et repoussé entre mur et haut grillage. Là il n’y a pas de raison valable à cette misère. Dans les Hauts-de-Seine, assez nombreux passages sans autos, mais en poudre et sans liens ni directions, ni même accès, parfois. On les imagine mal faire partie d’une véloroute.
Quel accueil dans la prospère capitale de la France ! 

Longer la Seine aurait été à plat …

La traversée de Vernon et de Mantes-la-Jolie avaient été une illustration de l’enfer. Les embouteillages sur toute la longueur, le défilé ininterrompu de camions, le bruit permanent, les attentes infinies, ne donnent au cycliste de passage que l’envie de fuir.

L’enfer à l’approche de Paris

L’arrivée à Paris fut aussi un enfer, bien qu’il soit doté de parcelles de paradis. Les très belles vues depuis le parc de Saint-Cloud, qui s’étend en pente douce presque jusqu’à la Seine, en font partie. Puis vient le pont de Sèvres, où le fléchage envoie sur des escaliers. Le reste est un terrible noeud routier où ne se distingue plus guère la route de Versailles, créée pour Louis XIV. L’accès à la piste de la RD7, qui longe la Seine en direction de Paris et a changé la vie locale, est réservé aux initiés. Le feu est tellement lent que le groupe entier força le passage. 

Dans Paris la piste de la rive droite fut sans doute le seul aménagement digne de la véloroute de la Seine (mais elle passera sur l’autre rive), bien que la ville se découvrit croupissant dans son air pollué et sa circulation effroyable. Après Bir-Hakeim les pistes sont beaucoup moins bien, mais je crois que personne n’y prêta attention : le bruit nous avait assommés. 

Enquête en cours pour le tronçon de Vernon aux Andelys.
Sans doute un peu court pour l’inauguration.

La splendeur de la Seine …

La véloroute de la Seine, du Havre à Paris, est par endroit en cours d’enquête publique. Ses initiateurs ont intérêt à étudier l’itinéraire de très près, à soigner la signalisation, et à régler les nombreux points durs. Faute de quoi la splendeur de ce fleuve restera encore longtemps ignorée, et la souffrance des habitants prolongée. 

Pour vous dire la vérité …

Ce récit est totalement injuste, il ne s’intéresse qu’aux aménagements et tend à reprocher aux organisateurs de n’avoir pas cherché à suivre quelquechose qui n’existe pas. En réalité beaucoup de moments furent agréables ou intéressants. Nous avons déambulé dans le Havre et dîné dans la zone piétonne, visité Rouen de long en large avec Christelle, de l’association Sabine, logé à la nouvelle auberge de jeunesse, ainsi que dans un lycée agricole magnifique puis un gite communal remarquable. Nous avons traversé de sombres forêts, visité l’abbaye de Jumiège, vu le chateau de Gaillon, retrouvé les amis, parlé vélo … Ce n’est la faute à personne si la véloroute n’est pas encore visible, et c’est grâce aux copains que nous pouvons porter ces témoignages. Nous aurons au moins constaté que la Seine vue d’en haut est aussi belle que d’en bas.

Pour vous dire encore plus la vérité, cette randonnée ne pouvait pas faire le recensement des travaux en cours. Il y en a :
Travaux de la Seine à vélo : ça coince du côté de Pressagny-L’Orgueuilleux. Paris-Normandie. Avec un calendrier des travaux finis et à venir.
Un itinéraire cyclable qui s’aménage. France vélo tourisme.

En un mot comme en cent, la Seine du grand Paris mérite amplement sa véloroute, et son succès est assuré… à condition qu’elle soit de qualité. Mes propres repérages, comme ceux de CyclotransEurope, montrent bien qu’il n’en est encore rien, mais que le besoin en est évident. Cette véloroute ne se faufilera pas dans la campagne, elle soulignera une région et un fleuve fortement urbanisés et industrialisés. Elle doit donc être forte elle aussi. 

Pour en savoir un peu plus

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