Epopée pour une nuit blanche

Hier soir j’ai testé la Nuit Blanche sur le périphérique parisien. 1,7 km d’accès difficile ne fait pas une expérience euphorique.

Traverser Paris pour rejoindre la porte de Pantin fut un enfer d’une douzaine de kilomètres. Quelle idée aussi de vouloir couper au plus court, par la Concorde partiellement occupée côté Tuileries (la moins dangereuse habituellement) et par la Madeleine, un sac de noeud bloqué jusqu’à l’Opéra ? La suite fut parfois plus fluide, devenue alors un avant-goût cinglé d’un circuit automobile, puis la piste de l’avenue Jean-Jaurès, déjà vieille, encombrée, tortueuse, étroite …

Tout ça pour rouler sur le périphérique. Evidemment je voulais en être. Cette ouverture aux cyclistes dans le cadre de la Nuit blanche avait été annoncée à coups de trompettes, et des inscriptions obligatoires on ne parlait plus. Heureusement il ne pleuvait pas car la foule attendait nombreuse l’accès. Contrôles de sécurité, remise de lucioles, et voilà.

En attente que de la place se libère

« Le périph devient vélodrome »

Et voilà … presque rien. Ceux qui descendaient ne souriaient même pas, mauvais indice. De « vélodrome » nous eûmes un petit bout de Périphérique fortement barricadé, même pas 2 km, entrée et sortie au même endroit. Sur l’autre voie les piétons et les cantines mobiles, un muret infranchissable entre les deux. Bon, voilà, c’est tout. Une demi-heure sur place, et encore en faisant durer. 

Bien sûr c’est une première. Mal pensée, sûrement débordée par le nombre, au point qu’il fallait rendre les lucioles à la sortie pour qu’elles servent aux suivants. Peu importe, nous à vélo on ne les remarquait même pas. D’un ballet de lumières, dans lequel nous allions être des figurants malgré nous, nous avons eu un tout petit tour, juste assez pour se rendre compte que le périph est rarement plat. Plutôt ondulé. Il a 148 ponts, 105 passages inférieurs et 30 tunnels pour 35 km. Et seulement 50 accès1. 

S’il doit être fermé aux autos2, ce qui arrivera forcément un jour, il fera une superbe piste d’entraînement, mais pas un morceau de réseau express vélo.

C’était une Première, et en cela il ne conviendrait pas de faire la fine bouche. Alors vivement la Seconde, la vraie. Celle qui invitera à se rendre dans le nord, celle qui invitera ceux du nord à aller voir le sud. Pour un cycliste, à moins de 10 km ce n’est même pas la peine d’y penser. Et puis, quoi qu’on en rêve, le périph ne sera jamais qu’un tuyau : l’écart entre deux accès se mesure en km. Il restera toujours à l’écart de la plupart des déplacements effectués à la force du muscle. 

Il y aura des suites

Le nombre de participants sera sans doute rendu public. Il semble énorme, et cela, bien sûr, souligne l’appétence du public pour le vélo et pour de tels évènements3. Il y aura sûrement une Seconde. Plus marrante, plus de jour, et à la bonne échelle. Comme la journée sans voiture … qui, peut-être un jour, sera une vraie journée sans autos ??? 

Notes

  1. Les portes d’accès au périphérique sont éloignées l’une de l’autre d’au minimum 2 km, comme entre porte de Pantin et porte de La Villette.
  2. Pour moi la fermeture du boulevard périphérique de Paris arrivera forcément un jour, au moins partiellement. Si aucune des 4 équipes retenues par le Forum métropolitain du Grand Paris n’envisage plus que des fermetures partielles, une étude célèbre de l’IAU montre de nombreux exemples de fermeture totale de voies express. Voir ici.
  3. Voici l’article d’Olivier Razemon. Très factuel …
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4 réflexions au sujet de “Epopée pour une nuit blanche”

  1. Ah mais c’est qu’un vélodrome n’est pas une voie verte : on y tourne en rond, ce qui devient vite lassant. Je n’y suis d’ailleurs resté plus longtemps qu’envisagé que grâce à quelques rencontres fortuites, et porté par le sentiment d’avoir vécu une première.
    Et le plaisir de mômes hauts comme 3 pommes se régalant parmi les ados et adultes était contagieux.
    Une connaissance m’a demandé si on pouvait y pique-niquer, bref plus s’approprier et faire vivre ce ruban de bitume. Une idée à creuser pour la prochaine Nuit Blanche ?

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