L’Ile-de-France s’engage pour le vélo

La Région d’Ile-de-France mise sur le VAE et s’engage pour la résorption des obstacles.
La Présidente de la Région d’Ile-de-France a présenté ce matin un bilan de sa politique du vélo et des objectifs de pratique, sans omettre de parler du projet RER-V. La location de VAE et les subventions pour achats vont être élargies à d’autres types de vélos. Pour les infrastructures la Région cible les gros obstacles et est passée du vélo-loisirs au vélo-déplacement. Le VAE joue dans l’affaire un grand rôle. 

Elle appelle les cyclistes des « vélocistes » et affirme mordicus que les VAE sont 100% écologiques et bons pour la santé. Franchement on le lui pardonne, d’autant qu’elle s’est corrigée dès la session « télévisions ». Valérie Pécresse, la présidente de la Région d’Ile-de-France, veut tripler le nombre de déplacements à vélo dans sa région, qui est vaste, très peuplée, mais aussi bien plus rurale qu’on ne l’imagine souvent.

La région d’Ile-de-France revient de loin

Le potentiel est là puisque 2/3 des déplacements y font moins de 3 km, et même la moitié des déplacements en auto1, et que 1/3 des déplacements réalisés en RER ou Transilien font moins de 10 km, comme nous l’avons vu en décembre dernier2.
Réussira-t-elle à tripler le nombre de déplacements à vélo pour 2021, c’est à dire dans deux ans, comme elle le promet ? C’est possible car la région part de très bas, moins de 2% des déplacements3, y compris piétons, ce qui devrait faire 1,6% des déplacements mécanisés, comme nous l’indiquions en février dernier, ou, selon les calculs d’Ile-de-France mobilité, environ 850 000 déplacements à vélo par jour sur 28 millions de déplacements mécanisés, soit 1,4%. 

Saint vélo électrique

Que s’est-il donc passé ? Pour la présidente, tout a changé lors de l’invention du VAE, car il gomme reliefs et distances. Ce n’est pas une idée totalement folle, d’ailleurs, car, elle le sait et le dit, c’est grâce au VAE que l’on va pouvoir faire abandonner, au moins en partie, l’automobile.

La location

C’est seulement l’an dernier4 qu’a été lancé le service de location de VAE régional, une location de moyenne durée non renouvelable, conçue comme une occasion offerte aux citoyens d’essayer. On compte aujourd’hui 5500 abonnés pour 40€ par mois (dont 50% remboursables par l’employeur au titre de l’abonnement aux TC franciliens), pour un vélo qui leur coûte 1500 € à l’achat et dont la qualité est unanimement appréciée. 

Bientôt seront également disponibles, comme annoncé, les 500 premiers vélos cargos à assistance.

Les aides financières

La Région, dont la présidente affiche une vocation égalisatrice, verse une aide à l’achat de VAE complémentaire aux aides communales, jusqu’à un plafond de 500 €. Cette aide sera élargie aux vélos-cargos à assistance (600€) dès fin février.
Encore à l’étude, la même chose pour les vélos adaptés (tricycles et autres pour personnes handicapées) et pour les électrifications sur vélos normaux, mais cela est plus compliqué du fait du retard dans les normes et homologations pour ces produits. 

En revanche rien n’est prévu pour les vélos normaux, car les Franciliens sont déjà très équipés. Là, la question c’est plutôt que ces vélos soient utilisés…

Où sont les vélos ?

Au-delà la Région était attendue sur au moins deux autres sujets, le réseau des pistes cyclables et le stationnement des vélos dans les gares.

Les pistes cyclables

Sur le premier point tout le monde a en tête le projet de RER-V du collectif Vélo en Ile-de-France. Ses représentants seront reçus dans quelques jours, l’idée étant dans un premier temps de le faire expertiser par l’Agence Paris Région5. 

Des lignes calées sur les lignes de transports en commun. Lire entre les lignes !

Le rôle de la Région dans ce domaine est de jouer les entremetteurs, de mettre les partenaires autour d’une table. Cela nous change agréablement de l’époque où il était considéré que le vélo était une affaire strictement communale. Désormais la Région veut intervenir sur les points durs, notamment aux « frontières », sur les gros obstacles, ou dans les interstices. Pour se faire comprendre Mme Pécresse évoque une passerelle au-dessus de la Seine entre Houilles et Nanterre, mais aussi l’aide qui sera apportée au département de Seine-Saint-Denis pour la mise en vélo-sécurité de toutes ses routes départementales, y compris dans leur traversée des villes, ou encore la forte participation aux travaux menés par la Ville de Paris. 

Pré-expertise des maillons manquants… qui le sont toujours 27 ans après !

Au début, en 2016, le vélo était vu comme un loisir, comme on l’avait constaté lors du lancement du « plan vélo »6, et comme l’a reconnu la présidente. Les associations pensaient alors qu’il n’était même pas vu du tout. Aujourd’hui la grève aurait fini de convertir les derniers élus récalcitrants aux atouts du vélotaf. 200 millions d’€ ont déjà été mis au pot, 650 km de pistes ou contre-sens cyclables co-financés. 

Le stationnement en gares

Sur ce second point, j’ai retenu qu’il y aurait des parcs à vélos dans toutes les gares avant 2025, soit 50 000 places de plus (et le double en 2030, soit ce que demande le collectif Vélo Île de France pour les seules gares du Grand Paris). La Région payera 70% du coût, sauf si la commune voulait abandonner tout contrôle sur le sujet, selon les règles. Il y en a aujourd’hui 4000  dans les véligo. Dès la fin de l’année elles auront été rendues gratuites, car il était choquant que les stationnements automobiles (communaux) à proximité soient gratuits pendant qu’on faisait payer les cyclistes. Je ne sais pas si ça fera beaucoup par gare, mais il y a un an, lorsque les stationnements pour vélos étaient en passe de passer à la trappe un lecteur d’Olivier Razemon avait calculé que de toutes façons ce qui avait été envisagé était très insuffisant7. 

Ce plan entendait compléter et relier les pistes existantes pour les rendre utiles.
Il ressemble fort au plan présenté 25 ans plus tard …

En tous cas jamais le vélo n’a bénéficié d’une telle attention dans la région capitale. Le chemin restant à faire n’en est pas moins énorme.

Notes

  1. Les calculs de nombre de déplacements sont toujours un peu biaisés, notamment parce que l’on compte un déplacement par raison de se déplacer, même si ces raisons se succèdent sur un même … déplacement. Poser son enfant à l’école puis continuer jusqu’au travail, c’est deux. Changer de mode de calcul pourrait être pire, parce que cela empêcherait de mesurer les évolutions.
  2. Transports publics urbains : le nombre caché qui fait exploser tous les autres
  3. 2% des déplacements à vélo, c’est en réalité davantage car un trajet multimodal, lui, est compté seulement pour un, les plus fort. Donc en train, en ce qui nous concerne.
  4. Le lancement de la location du VAE régional a eu lieu en septembre dernier. Voir 10 000 vélos électriques d’un coup, bientôt en location en Ile-de-France
  5. Agence Paris Région est le nouveau nom de l’IAU – IAURIF autrefois- Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région. Même Valérie Pécresse semble avoir du mal à s’y mettre !
  6. Le premier plan vélo de l’ère Pécresse a été lancé en septembre 2016. Lire La Région Ile-de-France aura-t-elle un Plan vélo?
  7. Voir Grand-Paris : les cyclistes ont failli être rayés des gares.
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4 réflexions au sujet de “L’Ile-de-France s’engage pour le vélo”

  1. Elle appelle les cyclistes des « vélocistes ». C’est mignon. Une collègue m’appelle véloman, que je transforme volontiers en vélomane.
    Quelqu’un pour lui dire que cycliste suffit et que vélociste désigne un vendeur/réparateur de cycles, comme un garagiste désigne un vendeur/réparateur d’automobiles ? Au moins que, pour elle, cyclistes n’évoque ceux du Tour de France et autres Paris-Nice ? Décidément, le Tour aura fait beaucoup de tort au vélo utilitaire du quotidien.

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  2. J’ai traversé la région à vélo du Sud au Nord en 2013, et j’ai été très surpris par l’aspect rural de celle-ci. J’ai traversé de charmants petits villages et roulé sur de véritables petites routes de campagne.
    Sur le fait de ne pas subventionner le vélo normal car les gens sont déjà équipés, je suis d’accord. La vraie question est effectivement de savoir si ces vélos roulent, et sont en état de rouler.
    Pour le dernier point, il ne faut pas négliger l’utilité des ateliers vélos associatifs, qui permettent aux gens d’acquérir les bons réflexes pour entretenir leurs bicyclettes, et donc s’en servir davantage.

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