Aux sources de la bicyclette

Le livre qui bouleverse tout ce que nous tenions pour sûr quant à l’histoire de la bicyclette. Nos héros n’auraient été que des imposteurs et certaines de nos célébrations n’auraient reposé sur rien… 

C’est un livre d’images. Les auteurs ont débusqué des traces du vélo dans des documents datant de 1512 et de 1816, mais ce n’est encore que le mot.

Comme annoncé, ce livre est d’abord constitué de documents surlignés et brièvement commentés. Nous remontons jusqu’à la création des brevets d’invention (1791) et l’entrée dans l’ère industrielle, puis revenons en arrière pour voir les inventions qui ont permis la nôtre, par exemple la « chaîne sans fin » de 1493. 

Les véhicules à roues et à roulettes sont passés en revue, la machine à faire mouvoir une chaise, de Girard (1711?), les petites voitures, et, enfin, le roulement à billes (1802). Les mots sont précisés. La draisine n’est pas ce que vous croyez, elle a aussi été appelée … vélocipède. C’est logique, puisqu’il désigne des machines à marcher ! Le nom tant honnis de vélocipède (à cause de ses usages fautifs) reprend grâce, mais attention à bien l’utiliser ! 

Le livre nous entraine ensuite dans la partie de l’histoire que nous croyions connaître, avec des illustrations rares qui intéresserons tous les piqués d’histoire et tous les fadas de mécanique.

De Berlin à New-York et de Milan (où on trouve des chevaux mécaniques sous le nom de Vélocimane) à Londres nous découvrons ce qui deviendra le bicycle des années 20 (1820), et avons confirmation que ce n’est pas la pédale qui fait le cycle mais la chaine (ou l’entrainement indirect). Le livre nous sort de notre habituelle célébration française, à laquelle j’avais largement succombé moi-même.

Au-delà du gros du livre, qui concerne la fin du mythe Michaux tout en dézinguant les frères Olivier, vous aimerez comme toujours les inventions variées, par exemple la machine de Henri Gourdoux qui dote son cheval mécanique d’une chaine, mais aussi de leviers se plantant en terre dans les jardins ou dans les côtes. Ce sera également un plaisir que de retrouver la mention des divers musées déjà visités. 

Au final les auteurs disent en choeur : 

On peut donc raisonnablement affirmer que la bicyclette est inventée le 23 octobre 1868.

Son inventeur serait Charles Desnos-Gardissal, et ce serait Lawson qui permit dès 1880 la commercialisation de la bicyclette.

Ni Michaux (vers 1861), qui apparaît, autant le dire, comme un imposteur, ni Thimonnier, ni les frères Olivier, ne jouèrent de rôle là-dedans. Le fameux voyage fondateur de Paris à Avignon (ou à Lyon) a peut-être eu lieu, mais pas avec des vélocipèdes et pas à la date que nous avons célébrée. Aucun journal n’en a jamais parlé. Tout cela est bien bizarre, mais pourra donner l’occasion … de nouvelles célébrations !!! Des imposteurs, il y en a à toutes les époques … mais, je ne veux pas oublier de vous le dire, le livre est formidable, et passionnant !
Il fera date, comme avait fait date en 1993 la thèse de Keizo Kobayashi, Histoire du Vélocipède, de Drais à Michaux, 1817 – 1870. Mythes et réalités. Nous savons maintenant ce qu’il en est de la question que ce premier livre posait il y a 23 ans. 

Aux sources de la BICYCLETTE
Bernard Gougaud & Didier Mahistre
Vélocyclo éditions, janvier 2020. 
45 €
En vente à Terre des bourbons 

Et voilà que j’ai utilisé le mot Vélocipède par deux fois dans son « ancienne » acception ...

Print Friendly, PDF & Email

3 réflexions au sujet de “Aux sources de la bicyclette”

  1. Mille merci Isabelle ! L’idée de départ était de ne pas faire du « Keizo Kobayashi, du Jacques Seray ni du Claude Reynaud », pour ne citer que des amis, car nous n’aurions su faire aussi bien. Mais les moyens de recherches ont évolué et permettent désormais de trouver des « montagnes » de documents parmi lesquels il a bien sûr fallu faire une sélection. Nous avons voulu faire autrement et avons décidé de laisser chacun(e) se faire sa propre opinion …

    Répondre
  2. Merci Isabelle pour ce commentaire. Un seul bémol, nous n’avons pas écrit que les frères Olivier n’y sont pour rien. La question reste posée : qui a pu accomplir le voyage de Lyon à Bourg-en-Bresse en « vélocipède à pédales » ce 1er avril 1866 que relate le Journal de L’Ain du 6 avril suivant (p. 160 et suivantes) ? Qui étaient les jeunes Lyonnais de cette aventure ? assurément Marius, Aimé et René qui étaient Lyonnais. C’est dans cette direction qu’il faut encore chercher, peut-être un jour trouverons-nous la preuve qu’il s’agit d’eux mais le « vélocipède à pédales » ou « vélocipède bicycle » ou ‘bicycle » – tel que nommé à l’époque 1868-1872 – à peine éclos était une impasse technique.
    Enfin il est surprenant qu’un tel voyage de Paris à Avignon n’ait suscité aucun article de presse dans les départements et les villes traversés à l’époque dudit voyage. C’est parceque ce voyage n’a pas été accompli comme nous le voulons, c’est-à-dire en vélocipède, sous-entendu avec des pédales, mais en vélocipède primitif donc sans pédale, véhicule connu et ridiculisé depuis presqu’un demi siècle.
    Surprenant aussi que ce voyage n’ait pas été évoqué aux minutes du procès Olivier/Michaux alors qu’il est dans les notes des archives de la famille Olivier.
    Voilà, nous vous présentons les documents, rien que les documents, il vous appartient de vous forger votre propre opinion de ce qui fut. Bien à vous et bonne lecture.

    Répondre
  3. Ce livre intéressant ne modifie en rien ce que presque personne ne sait : le vélo est un engin à la gestation en 3 étapes sur presque tout le XIX ème. Ce que ne remettent pas en cause les auteurs. L’étape allemande, l’étape française et enfin l’étape anglaise. Il montre qu’il y a eu plus de balbutiements que ne le croyaient ceux qui savaient l’essentiel. Au fond pour le commun des cyclistes mortels, que Michaux ne soit pas l’inventeur de la pédale importe peu. Elle est l’affaire des années 60 comme la draisienne a été un jouet que quelques uns ont essayé d’améliorer pendant 50 ans. Keizo Kobayashi et d’autres ont déjà évoqué que la transmission à la roue arrière avait été envisagée avant Lawson et Starley. Mais ce qui compte, c’est la réussite. Et sur ce point, elle fut anglaise.
    Un des intérêts du livre, c’est qu’il lie cette lente gestation aux progrès techniques d’autres secteurs industriels de cette époque mais aussi de passés plus lointains.
    Il serait intéressant d’évoquer un jour ce que l’industrie du cycle a apporté aux autres secteurs.

    Répondre

Laisser un commentaire