Vélos Nomades, ou ambitions fluctuantes ?

Voici un ouvrage sur le voyage à vélo qui peut rendre service. Il contient des pages fort justes… et d’autres insuffisantes. (23 juin à 16 h 00)

Ce guide sur l’art de préparer son voyage à vélo contient des renseignements correspondant bien à ce que je pratique, sans me prendre pour une héroïne et sans faire aucune prouesse particulière. Il vous dira pourquoi votre cadre doit être en acier et votre selle en cuir, pourquoi les cartes imprimées restent les meilleures et pourquoi un vélo sur mesure peut s’imposer. 

Mais nous parler de la meilleure selle du monde, en ignorant que la marque est tout juste en train de se relancer après une quarantaine d’années de fermeture, des lumières sans nous parler des dynamos moyeux, des antivols sans nous donner aucune précision, ou des vélos pliants de voyage en ne citant que la marque la plus célèbre, dont le vélo n’est même pas prévu pour le voyage, cela n’est pas sérieux. Si nous rappeler les avantages des freins à patin sur tous les autres est bien venu, nous apprendre à fabriquer des noeuds, des plats à emporter ou un réchaud à partir d’une boîte de conserve peut paraître dérisoire. Le lecteur d’un guide de voyage à vélo bien souvent ne sait même pas quel duvet il lui faut, ou quel matelas et quelle tente. L’auteur a bien raison de signaler que ce n’est pas en campant que l’on va faire connaissance avec les « populations locales », mais alors il faudrait savoir: pourquoi parle-t-il tant de bivouac?  

Dans le vélo, les femmes c’est toujours à part …

Nous avons affaire avec un livre d’aspect plaisant, au plan incohérent et aux sujets d’intérêt très variable. Il est visiblement orienté vers les aventures et les exploits, et pourtant le débutant y trouvera de l’aide, quand le non-débutant se réjouira d’y trouver la confirmation de ce qu’il sait par expérience.  Mais il y a trop d’imprécisions pour suffire. « Mieux vaut choisir les standards courants » ne peut tenir lieu de conseils sur la taille des roues, 3 phrases générales sur les cadenas ne vont pas vous sécuriser, l’affirmation qu’il vous faut un casque ne peut que rester superficielle. Comme je ne voudrais pas subir de reproches, je signale quand même, entre autres, des pages utiles sur les appareils photo, la gestion des chiens et des animaux occupant la route, et même 2 paragraphes sur les « mauvaises rencontres », ainsi qu’un peu plus sur le nettoyage et l’entretien du vélo.

Le livre n’est pas une bible, c’est plutôt un livre à lire en bibliothèque, ou à laisser dans une maison de vacances. D’ailleurs l’auteur est visiblement un adepte des exploits et des « ultra » distances, mais il a fait des efforts pour élargir son public. Des 11 itinéraires présentés, 9 sont des itinéraires difficiles dans les montagnes, 2 conviennent aux débutants, et seules les cartes ont leur intérêt. Dans la liste d’adresses deux associations figurent et deux seulement, l’Heureux-cyclage et la FFCT, rebaptisée Fédération française de vélo, toutes les deux hors-sujet bien que fort respectables. Il y a aussi … 11 organisations d’ultra-cyclisme, et le concours des artisans constructeurs de vélos sur mesure. Tout cela sent l’intervention de l’éditeur et l’absence de connaissance du sujet.

Ce livre est un produit commercial inégal mais non-dénué d’atouts, dans lequel chacun trouvera une partie de ce qu’il cherche, et un plaisir réel de lecture. 

Vélos Nomades
Du cyclotourisme au bikepacking

Laurent Belando
Tana éditions, juin 2020. 22 €

Les éditions Tana avaient publié en 2013 La France à vélo, que j’avais qualifié de « livre étrange ». 
En 2015, ils publiaient le livre « Vélos urbains, de la roue libre au fixie« , que je qualifiais de « distrayant ». Et celui-ci ? … Nous en reparlerons. 

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6 réflexions au sujet de “Vélos Nomades, ou ambitions fluctuantes ?”

  1. Comme tous les ouvrages ou conseils du genre, il ne peut être complet. Une encyclopédie serait nécessaire. Chacun a ses habitudes, son style, voire ses manies. Ainsi, entre les bike pakers actuels, adeptes du voyage léger, comme le fut le Dr Ruffier voici un siècle, et les sacochards poids lourds, les philosophies divergent. De même, la selle en cuir ne convient pas à tous ; j’en ai explosé irrémédiablement plusieurs à cause d’une différence de hauteur des ischions. Une amie a traversé quatre continents avec son vélo pliant de marque connue et ne voudrait pour rien au monde le faire avec un autre vélo ; sa machine passe partout, y compris à fond de cale des voiliers où elle est équipière pour minimiser ses coûts de voyage, en monnaie et en carbone. Etc.

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  2. La Bilio-cycles recommande Le petit guide pratique du voyageur à vélo, chez Chamina paru cette année. Il s’en fait si peu de promotion qu’il ne se trouve même pas sur le site de l’éditeur. Heureusement Cartovelo le vend. Quelque chose me dit que c’est bien là le bouquin utile à se procurer …

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  3. J’adore votre critique du livre. Je m’y retrouve tout à fait. Oh oui … dans le vélo (et pas que) les femmes sont toujours à part 😉
    Je le feuilletterai en librairie ainsi que le second ouvrage cité qui m’attire plus.
    Et tant mieux à ceux qui réussissent à faire le tour du monde en « vélo pliant de voyage » (quel voyage!), tant d’audace devrait aussi les faire goûter à un autre type de monture au moins une fois.
    Je pense qu’au vu de l’engouement du vélo la librairie cycliste va s’étoffer avec du bon, et du « vite fait »…

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  4. Dans la photo de la page sur les selles et la transmission, je relève, concernant la transmission : « le rapport entre le plus grand pignon et le plus petit plateau vous donnera votre ratio« . Jusque là, tout va bien. Ça irait mieux en précisant qu’il ne s’agit pas du ratio du vélo, mais de son ratio le plus petit, utilisé dans les montées les plus fortes et qu’on ne fait pas le ratio entre les plateaux et les pignons, mais entre le nombre de leurs dents.
    Et puis : « Plus le ratio sera petit (voire négatif), plus il sera adapté aux fortes côtes. »
    Je veux voir à quoi ressemble un vélo avec un ratio négatif. C’est le plateau qui a un nombre de dents négatif, ou le pignon ?

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