Le club des villes cyclables l’affirme, ce n’est pas le moment de se relâcher!

1 million de vélos réparés, des coronapistes dans plus de 80% des collectivités françaises (dont 40% en territoires peu denses, grande nouveauté), mais Djebbari, le ministre des Transports, ne parle toujours que d’avion et le texte provisoire de la Loi Climat ne cite le vélo nulle part…
Satisfactions et inquiétudes sont au menu de cette nouvelle année. L’effort doit continuer, faute de quoi on va droit vers la régression, plaident les responsables politiques du vélo.

« Le soufflé pourrait retomber » s’alarment club des villes cyclables et club des élus nationaux du vélo (les députés et sénateurs)1 conjointement dans une conférence de presse ce mardi 9 février 2021. 

Renforcer les ambitions

Pierre Serne, le président du club des villes cyclables, s’alarme aussi de certains glissements sémantico-fiscaux. Ainsi les 200 millions pour le vélo dans le Plan de relance qui devaient n’être qu’un début vont finir par être un maximum. 

Matthieu Orphelin, co-président du club des élus nationaux pour le vélo, souligne surtout que la LOM avait fixé pour objectif  d’être passé de 3 à 9% de la part modale en 2024. Pour l’instant on a grossi de 30%, en partant de 3%. Il faut donc non pas atteindre 3,5% mais bien multiplier par 3, en 3 ans. C’était ce qu’avait annoncé Edouard Philippe en septembre 2018 et, entre nous, c’est une ambition bien dérisoire si on se compare aux 30% fréquemment atteints en Europe du Nord.  

Matthieu Orphelin veut aussi que le forfait Mobilité durable devienne obligatoire pour les grosses entreprises, et que la prime à la conversion des autos puisse servir à acheter des vélos pour toute la famille, ou des vélo-cargos. Quant au toujours grave problème de l’angle mort, il dévoile qu’il s’en est fallu d’une seule voix pour que soit adoptée l’obligation de vrais dispositifs de visibilité pour les poids lourds.

Dès demain, le 10 février, le conseil des ministres aura à connaître du projet de loi issu des propositions de la Convention citoyenne pour le climat… Ce projet de Loi sera discuté au Parlement au mois de mars.

S’intéresser à l’ensemble du système

Le Club, après s’être félicité du retour d’une entreprise de construction de vélos en France (vélos bas de gamme dois-je préciser)2, a indiqué souhaiter que l’Etat favorise la re-création d’une filière française du cycle, jusqu’à prendre des participations dans les entreprises si besoin. Il a indiqué aussi vouloir que le vélo à l’école devienne une réalité, ainsi que l’accompagnement des nouveaux cyclistes. Et tout le monde veut en choeur que piétons, transports publics et vélo soient également soutenus, comme l’a exprimé Françoise Rossignol, vice-présidente du club. 

Une association au service de ses adhérents

Le club a également clarifié un peu en quoi son rôle consistait auprès de ses adhérents, au-delà de son rôle de porte-parole. Il anime des groupes de travail et d’échange, aide à trouver les bons interlocuteurs et favorise toutes les mises en relation utiles. Il est donc en train de recréer ce qui avait été monté avant l’arrivée de l’ancienne secrétaire générale, et qu’elle avait laissé mourir. Le club va bientôt aussi monter des formations, sur les aspects financiers pour commencer, et rappelle certaines de ses récentes publications comme le Guide des coûts. 

Les blocages seront encore nombreux

On a donc bien démarré3, mais il ne faudrait pas que l’élan s’essouffle. Il faut même que cet élan soit beaucoup plus fort. Il ne faudrait pas non plus que le mille-feuilles administratif bloque les processus, comme ce département qui veut bien que deux communes construisent une piste le long de sa route, mais s’engage à … ne pas l’entretenir ! Club de foot mixte et gare en seraient rendus accessibles à vélo, il n’y a que 2,7 km à faire, l’une des communes a dû changer de maire pour bien vouloir la piste, et voilà maintenant que c’est le département qui bloque. Heureusement l’Assemblée des Départements de France aurait pris position en faveur des pistes cyclables ! 

Notes

  1. Le club des élus nationaux pour le vélo avait été créé par le Club sous le règne de l’ancienne équipe. Elle est donc une fille du club des villes cyclables, et bénéficie de sa logistique. Elle se « relance » aujourd’hui avec 67 parlementaires, ses deux co-présidents étant Guillaume Gouffier-Cha et Matthieu Orphelin.
  2. Les cycles Mercier font leur retour en France, Le Figaro, 1er février 2021, et Vélos : Mercier se relocalise dans les Ardennes avec 270 emplois à la clé, BFM-Business, 2 février 2021.
  3. Voir la 3ème partie de l’étude de suivi des pistes expérimentales : 87% des réalisations devraient être pérennisées.
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4 réflexions au sujet de “Le club des villes cyclables l’affirme, ce n’est pas le moment de se relâcher!”

  1. Il faut savoir contre quoi on se bat quand on se bat pour le vélo, vélo qui est par essence légèreté et simplicité, économie de moyens pour un résultat maximum, à la fois dépassement et contentement de soi, moyen de déplacement et de contemplation.
    On se bat contre tout un système (le capitalisme) et la société qu’il s’est bâti à coup de soumissions et d’addictions sur 200 ans. Ce n’est pas étonnant que celui-ci combatte le vélo, en en pervertissant, à son image, la pratique (par la compétition) et l’outil (par le vélo électrique tel qu’il est conçu aujourd’hui). L’outil vélo est perverti comme objet de marketing et d' »innovations » superfétatoires.
    Ces forces ne vont pas reculer si facilement. Ils n’ont rien à faire du bon sens; il est leur ennemi. Ils vont défendre leurs prébendes coûte que coûte, et ils ont tout le fric du monde à leur disposition. Et leurs serviteurs sont installés à la tête de l’état.
    Il n’y a que la catastrophe qu’ils nous préparent qui les arrêtera dans leur aveuglement. Mais ils comptent bien nous emmener dans l’abysse avec eux.

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    • Cette assertion est fantaisiste : les pays qui se sont efficacement battu pour le vélo (Pays-Bas, Danemark, Allemagne, …) sont tout aussi capitalistes, peut-être même un peu plus, que la France. Et elle est particulièrement déplacée dans un article sur le CVTC, puisque depuis 30 ans l’histoire de ce Club prouve que le clivage politique n’a aucune pertinence en ce qui concerne l’action pour le vélo.
      Je me souviens d’un élu de gauche, à qui ses amis politiques reprochaient d’agir pour le vélo avec un élu très à droite, qui leur répondait : « si vous étiez avec moi sur ce sujet, je n’aurais pas besoin de travailler avec lui ! »

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  2. Les Pays-Bas ont bénéficié d’un alignement des planètes dans les années 70 entre le choc pétrolier, la campagne contre le ‘kindermoord’, l’absence de grand constructeur d’automobiles etc. Mais la vraie raison de la mise en place d’une infrastructure cycliste est là aussi capitaliste, car il s’agissait surtout d’éloigner le vélo des gens « sérieux » sur la route.
    Les Pays-Bas pas plus qu’un autre pays n’agissent pour réduire la circulation automobile ! Le nombre de kms parcourus par an en voiture y est en constante augmentation comme partout ailleurs. Ni le CVTC ni une autre instance n’a un quelconque poids face aux « impératifs » économiques.

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    • Merci pour vos nombreuses interventions, que je résume : le vélo devrait être un outil contre le système économique actuel. Je comprends que vous teniez à le dire, y compris là où c’est hors-sujet, mais ce n’est pas non plus le lieu. On a compris, ça va.

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