Jean Macheras vient de nous quitter

Le grand militant des transports avait 83 ans, il s’est éteint ce matin, avant la levée du jour. Il est mort comme il a vécu, en pleine action. (22h40)

Jean Macheras vient de mourir à l’hôpital Saint-Joseph, tout près de chez lui, dans le 14 ème arrondissement de Paris, après deux jours d’hospitalisation. C’était une sale attaque fulgurante sans rapport avec le covid, et elle l’acheva. 

Jean, né en Allemagne, était un Parigot à 100/100 dont l’influence sur sa ville aura été déterminante. Il fut très actif dans la tenace petite troupe qui mena la bataille contre la pénétrante dite « radiale Vercingétorix » . Elle fut victorieuse mais ne put éviter la destruction du quartier. En tous cas l’abandon de la pénétrante permit finalement le passage du premier TGV, et la création de la première voie verte de la proche couronne, aujourd’hui voie de liaison cycliste très importante. 

La transformation du quartier Plaisance-Montparnasse dans les années 1960 à 80 est liée au plan autoroutier de cette époque. Parmi ces projets autoroutiers parisiens celui de la Radiale Vercingétorix mérite une mention particulière. 
C’est le plus ancien de ceux du réseau d’autoroutes parisiennes puisqu’il avait fait l’objet d’une délibération du Conseil de Paris du 12/12/1957 sur le principe d’une voie nouvelle sur le tracé de la rue Vercingétorix. 
C’est le seul qui a connu un début de réalisation avec la démolition des immeubles sur l’emprise prévue. 
Le déplacement de la gare Montparnasse et la construction de la Tour sont liés à ce projet
Après l’abandon en 1974 de la plus grande partie du réseau envisagé c’est le dernier maintenu. 
C’est pourquoi ce projet la suscité une mobilisation particulièrement active des habitants notamment par les associations Vivre dans le XIVème et le Comité Vercingétorix sous l’impulsion de Jean Macheras. Ces actions ont de plus reçu un fort soutien d’organisations nationales.
Jacques Chirac y renonce en 1977 peu après son élection à la Mairie de Paris.

Source : Entrez dans le Réseau Vert > 2 Formation et transformation de Paris > 2 Histoire de la formation de chaque quartier du parcours > 1 Plaisance > 

Dès 1977 Jean Macheras participait à la rédaction du célèbre brûlot Assez roulé comme ça, on réfléchit. L’année suivante il co-fondait la FNAUT, Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports, avec notamment Jean Sivardière, puis créait la délégation francilienne, l’AUT, sous le premier nom de AUTRE pour Association des Usagers des Transports et de la Rue. 

Il est remarquable de noter que le militant des transports ne se soit jamais limité à eux. Il a toujours pensé rue apaisée et services ferroviaires autant qu’autobus, qu’il voyait comme un métro de surface. Dans les années 90 il se remit même un peu au vélo, trouva cela toujours aussi extra et fut croisé dans deux des randonnées de CycloTransEurope. D’ailleurs son ami Robert Ferreol le rencontrait régulièrement dans les manifs à vélo. 

1993, manif à vélo

Ingénieur de Centrale Grenoble, Jean a été responsable informatique, poste qu’il quitta dès la retraite sans regret aucun, bien que féru de mathématiques, comme en témoigne aussi son ami Ferreol avec qui il controversait…

sur les polyèdres à un trou “combinatoirement réguliers”, c’est-à-dire dont toutes les faces possèdent le même nombre d’arêtes, soit ci-après p, et tous les sommets également le même nombre d’arêtes, soit ci-après q.

 Juillet 2016

Au-delà d’être un militant savant et efficace, Jean était un homme amical et généreux. En témoigne un don important fait en 2011 à Espaces, une association d’insertion du voisinage, dont j’ai retrouvé la trace. On sait aussi que Jean possédait quelques biens immobiliers qui ont dépanné proches ou amis en difficulté. Tout cela, et le reste, en toute discrétion. 

Jean avait aussi acquis sous ses fenêtres le rez-de-chaussée de l’immeuble sur cour, puis le premier étage, pour en faire des locaux associatifs, denrée cruellement rare dans la capitale. Le 32 rue Raymond-Losserand a été fréquenté par tout ce que compte Paris de militants des mobilités. L’AUT et la FNAUT y ont leurs locaux, le MDB y a été longtemps, CyclotransEurope y a son siège social. Cyclo-camping international et les autres y ont tenu de nombreuses réunions.

Jean nous manquera, ne serait-ce que par son sourire et le fait qu’il semblait ne jamais oublier personne. Jean est un modèle de générosité et de largeur d’esprit. Lorsqu’il mourut, ce mardi 7 décembre 202I vers une heure du matin, il était encore en vie, selon la phrase prêtée à Lapalice. Vendredi soir il participait depuis l’hôpital en visio à une réunion concernant le réaménagement de la place Denfert-Rochereau. Voici sa dernière intervention, sur le chat de la réunion. Ce sont ses dernières paroles publiques.

19:19:25 Jean Macheras : Le lion est un emblème du 14°, comme la colonne de juillet est un emblème du 12°. Il faut le libérer de la circulation automobile, en le rattachant aux deux grands squares. la circulation automobile et les bus peuvent contourner la place, en passant par la gare.

Voilà une forme d’adieu qui nous va bien, je trouve. 


Les cendres de Jean ont été déposées dans le caveau familial, au cimetière parisien de Bagneux, à proximité de la coulée verte.

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8 réflexions au sujet de “Jean Macheras vient de nous quitter”

  1. Merci Isabelle de ce bel article à la mémoire de Jean. Il manquera à beaucoup d’entre nous et à toutes ces associations auxquelles il adhérait et qu’il soutenait. C’était un homme et un militant engagé, un homme de convictions.
    Nous ne l’oublierons pas.

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  2. Bravo Isabelle. Je croisais souvent Jean Macheras dans des réunions et appréciais ses remarques et ses propositions sans le connaître. Après avoir lu Isabelle je le regrette, d’autant plus que la citation de son propos exprimé avec force et talent sur le Lion de Belfort appuyait ma proposition d’accès à celui-ci.

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  3. Isabelle, merci pour cet hommage à Jean, vrai résistant à l’absurdité et aux perversions de ce monde, ami d’une droiture exceptionnelle, de très grande fermeté, et pourtant plein d’humour et d’une humanité sans bornes en toutes circonstances.
    De passage à Paris rue Losserand, je suis atterré par cette très brusque disparition qui fait écho à d’autres. Nous le pleurons.

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  4. Avec mes jeunes enfants nous soutenions la création à la peinture de couloirs de bus et j’étais un des co-plaignants contre le billet groupé métro – banlieue devant le tribunal d’instance du 9°. La SNCF a gagné. Une époque …

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  5. Merci à Isabelle pour ce portrait de Jean que je croyais connaître…
    Du côté de Vercingétorix, il avait vaincu les romains pompidoliens. Il me semble que la collectivité parisienne devrait reconnaître ce militant infatigable en lui dédiant une petite place dans son XIV° chéri ou au départ de la coulée verte.
    Merci à l’équipe en place à l’Hôtel de Ville de tirer un coup de chapeau à l’éclaireur qu’il a été.

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  6. Merci Isabelle d’avoir été si prompte à rassembler ces quelques infos sur Jean. Rencontré dans un colloque vers 1995, il m’avait incité à adhérer à l’AUT. Ce que je fis rapidement. Il n’aimait pas les discussions houleuses à l’AUT (« l’action, toujours l’action » plaidait-il), mais il m’invita un jour au resto pour discuter en tête à tête dans le calme, ce qu’il aimait bien. Depuis cet été je ne suis plus altoséquanais, mais pradétan (du Pradet près de Toulon). Devant être à Paris mi janvier, je m’étais promis de lui rendre son invitation 25 ans après, comme une sorte d’au-revoir. Raté ! Même pas pu lui dire adieu au crématorium !
    J’aimais son ouverture d’esprit : défenseur des transports en commun et du vélo, il n’avait pas d’a-priori définitif, à part contre la voiture individuelle (mais pour le taxi). Il m’avouait, presqu’en catimini, qu’il était plutôt pour le canal Seine-Nord ! Je vais longtemps regretter de n’avoir pas eu un dernier moment d’échange avec lui.

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  7. Merci également Isabelle pour cet hommage à Jean. Je regrette de ne pas avoir pu participer à la cérémonie d’adieu. Je l’ai également côtoyé de nombreuses fois notamment dans les réunions de l’AUT ou de Rue de l’Avenir. Je me souviens particulièrement des rares manifestations de ce type qui ont existé (il a bien longtemps) qu’il organisait avec l’AUT pour le partage de la voirie au profit à la fois des bus, des vélos, des piétons. C’était un homme vraiment sympathique.

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  8. Je reviens sur ce très bel article d’Isabelle. Je me permets de faire deux mises au point :
    1️⃣ Jean n’est pas né en Allemagne, mais à Lewarde, dans le Nord, en pays minier.
    2️⃣ Dire : Elle fut victorieuse mais ne put éviter la destruction du quartier est pour le moins exagéré, car justement la victoire sur la « pénétrante Vercingétorix » stoppa les expulsions et les destructions. On dénombre dans les îlots « à détruire » plus de 60 immeubles qui ont été sauvés.
    ▶️ Je suis entrain de numériser un dossier « radiale » qui m’a été confié, où l’on retrouve toute l’histoire de ce combat.
    Je propose également la création d’un fonds d’archives « Jean Macheras » dont les documents seront numérisés et dupliqués pour créer deux dépôts : un pour les Archives de la Ville de Paris, un autre pour les Archives Nationales (fonds privés) à Pierrefitte-sur-Seine.
    ⏩ Contactez-moi pour proposer des documents en rapport avec Jean Macheras, le « Comité Vercingétorix » ou la revue « Combat Transport » (il me manque les 12 premiers numéros) que je numériserais. Si vous avez déjà des documents numérisés, je suis preneur aussi. Soit vous les versez au fond, soit à votre demande je vous les restituerai, bien entendu.
    ▶️ Pour m’écrire : alibigilles…yahoo.fr

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