L’écologie, champ de bataille occidental

Le livre L’écologie, champ de bataille théologique, de Stéphane Lavignotte, nous montre que beaucoup se joue sur l’idée inconsciente que nous avons de notre place dans la nature.  

Dire que j’ai tout compris du dernier livre de Lavignotte serait ambitieux, mais j’y ai au moins vu que notre conception de la place de l’humanité dans le monde était largement présente dans notre imaginaire sans que nous en ayons conscience.

Christianisme pour le pire et le meilleur

L’occident chrétien a fait beaucoup de mal à la terre, nous démontre Stéphane Lavignotte, lui-même pasteur. L’Homme (et pas la Femme) n’a-t-il pas reçu la charge de « dominer la nature », et n’a-t-il pas été créé à part, lorsque tout était prêt ? Pourtant ce sont des auteurs chrétiens eux aussi qui ont alerté sur la domination de la machine qui nous déshumanise et nous mène au fascisme. Pour ces auteurs le vrai progrès est celui qui simplifie la vie … si vous voulez bien y réfléchir.

L’auteur montre que les textes bibliques se retournent si l’époque le veut, et que des sens cachés sortent de leur cachette. Il passe en revue des concepts vertueux qui se transforment en monstre, par exemple l’ascétisme qui devient productivisme, ou la crise pétrolière qui peut mener à l’écologie comme au nationalisme et à l’agressivité. Si Dieu confia la nature aux hommes, est-ce pour en user sans compter ou pour la préserver ? Est-ce pour se servir sans compter puisqu’elle est à notre service, ou est-ce pour la ménager ? 

Les protestants ne croient pas avoir d’influence sur leur avenir paradisiaque ou infernal après leur mort, et ont aussi compris qu’il ne fallait user de la terre qu’avec parcimonie. Ceci c’est la création du capitalisme. A l’inverse les catholiques veulent bien être prolifiques, mais pas usuriers.

L’homme domine-t-il la nature ?

L’homme est-il supérieur à la nature, ou partie de la nature ? Lavignotte dénoue un certain nombre de noeuds pour finir sur l’idée qu’il ne suffira pas de faire notre révolution sur les idées, ni sur nos modes de vie, mais qu’il faudra aussi le faire sur nos imaginaires, nos affects et nos habitudes.   

Sans conscience de nos modes de pensée nous n’arriverons à rien. Le problème c’est que les évolutions et retournements se sont joués sur des siècles et que « la crise écologique se joue en dix ans » nous dit Lavignotte.

Un livre qui touche à l’essentiel

Ce livre est certainement très riche, mais un peu difficile à lire, en particulier parce qu’il utilise des concepts et des mots auxquels je ne suis pas habituée. Il y a un mois je vous invitais à le lire, maintenant que je l’ai fait je complète ma modeste présentation par un extrait de ce que j’écrivais alors : Pour lui le monde se ferme, par sa passion de la technique, au lieu de s’ouvrir au « Tout-Autre ». Ma conclusion est toujours valable : Ce livre sera une mine pour comprendre comment nos idées et nos religions ont façonné notre rapport au monde

Stéphane Lavignotte, L’écologie, champ de bataille théologique. Editions Textuel, mai 2022. 190 pages, 18 €

Ce livre me paraît devoir être lu autant que Le bug humain de Sébastien Bohler (Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète…), Robert-Laffont, 2019, et Effondrement, de Jared Diamond, Folio 2009. Vous pouvez peut-être aussi lire ou relire un article d’Isabelle et le vélo de 2017 : Euphorie du vélo ou fin d’une civilisation ? (La presse et les livres de début septembre). 

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1 réflexion au sujet de « L’écologie, champ de bataille occidental »

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