Les véhicules écologiques vus des beaux quartiers, drôle d’écologie

Crise ou pas, les « véhicules écologiques » sont un beau terrain de jeu pour les industriels, ainsi qu’on l’a vu la semaine dernière à Paris. Introduction à notre série de l’été, avec le programme.
Les véhicules écologiques -1

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Crise sanitaire ou pas, crise climatique, même, la crise énergétique restera dans le domaine de l’énergie, et non de ses usages. Dans ce domaine où toutes les innovations semblent possibles, cela fait un beau terrain de jeu pour les ingénieurs et les grands groupes industriels.
Quant au vélo… il n’est sans doute pas un véhicule, ai-je compris lors de RIVE 2022. La suite de la série montrera le contraire.

Une réunion huppée

Lors de la « Rencontre internationale des véhicules écologiques », réunissant les patrons du secteur à la Maison de l’Amérique latine1 avec bon nombre de personnalités politiques, nous n’avons pas vu pointer de révolution des mobilités : on passera au gaz ou à l’hydrogène et tout ira bien.
Le vélo n’existe pas parmi les véhicules écologiques, pour une raison toute bête : il est si simple et si peu coûteux qu’il n’est visible par aucune de ces compagnies où on ne rêve qu’innovation, gros chèque et à … épater la galerie, ce qui est humain.

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La contrainte comme bénédiction

2035 signe la fin du moteur thermique, les zones à Faible émission se rapprochent à toute vitesse, vite, adaptons-nous sans pour autant changer le système, ceci semble être la pensée dominante. Même Anne-Marie Idrac, présidente de France logistique, un groupe de pression créé en 2020, n’imagine pas se passer des camions aussi vite. Avec les ZFE on va dans le mur, dit-elle, l’hydrogène n’est pas prêt et le gaz est « préempté par l’aviation ». Elle réclame donc délais et accompagnement et propose aux participants de ne pas être obnubilés par la pollution, surtout si on veut « revitaliser le rural ». 

Le numérique au service du pouvoir d’achat

Les orateurs s’accordent pour dire que la mobilité va augmenter, autant pour les gens que pour les biens, et que le salut viendra du numérique. En gros la mobilité est surtout vue sous l’angle du pouvoir d’achat, ce qui mène à l’idée que l’on va devoir aider les gens à changer d’auto, car sinon on ne pourra éviter une nouvelle crise des gilets jaunes. Pour innover il a donc été proposé de passer au leasing pour les voitures (neuves), tout en sachant (a fait remarquer François Durovray) que ce sont les précaires qui sont les plus gros rouleurs. 

Le prince Albert regrettait dans son discours introductif que le tout électrique implique la présence des métaux rares. On en est resté là. 

Le numérique au service des changements de comportement

Evidemment j’aime mieux Fifteen que Renault, n’empêche que même là (et pas que là) on ne pense plus que données et connectivité. Pourtant lorsqu’on dit que « 98% des ruraux n’ont pas d’alternative à l’auto » on ne se demande pas si c’est vraiment regrettable ni quelles alternatives on pourrait proposer, on se contente de déclarer que le vélo c’est bon pour les petits trajets. J’ai eu l’impression d’un monde à part, enfermé dans son périph, qui parle sans données alors qu’elles sont disponibles, et que c’est leur grande marotte ! François de Rugy, ancien ministre et ancien président de l’Assemblée Nationale, a même déclaré que le numérique était un allié des changements de comportements. 

Vive l’innovation ! 

Seul sans doute le représentant de l’association des Petites villes de France, le maire de Villepreux, une commune urbaine dans l’ère de Versailles, est dissonant. François Harmonie rappelle en effet que « le meilleur déplacement est celui qu’on ne fait pas ».

Loin de la ville du quart d’heure, loin de la lutte contre l’étalement urbain et de la promotion des mobilités actives, on a assisté à des propos lisses dans une atmosphère de capitalisme bien classique.  Cela malgré la présence du Cerema pour son programme d’accompagnement de la logistique bas-carbone, ou de celle de l’adjoint parisien aux mobilités, parlant stratégie et concertation, arbres et rues aux écoles. Il reconnaît aussi que ses pistes cyclables sont parfois trop étroites pour les vélo-cargos2.

Alors en conclusion sachez que l’ennemi ce n’est pas le thermique mais le fossile, et que «l’innovation rendra la mobilité quotidienne accessible à tous» (Jean-Marc Zulesi) sans se demander si la mobilité est un bien. Drôle d’impression que ce rendez-vous annuel (alterné entre Paris et Alès) des «véhicules écologiques» qui ne se posent pas de question sur leur pertinence. Mais cela me fait une belle introduction à ma série sur les véhicules … vraiment écologiques !

A suivre

Pendant l’été, chaque semaine, en désordre : 


  1. La Maison de l’Amérique latine est un endroit parmi les plus chics de Paris, au point qu’il n’en est pas donné l’adresse aux invités, puisque tous la connaissent!
  2. Les pistes parisiennes se font de plus en plus étroites, descendant à moins de 3 mètres pour une piste à double-sens, quand la doctrine municipale implique 4 mètres, et 2,50 pour un seul sens.
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7 réflexions au sujet de “Les véhicules écologiques vus des beaux quartiers, drôle d’écologie”

  1. Dommage que Valeo avec sa boîte automatique pour vélo à assistance électrique n’y soit pas. Au moins cela aurait montré que le monde automobile s’intéresse aussi au vélo et que l’innovation technique est sans tous les domaines. En fait, il faudrait que dans ce genre d’évènement il y ait des urbanistes, au moins la fubicy.

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    • en voici la conclusion : « Est-il possible de lutter contre le réchauffement climatique en subventionnant l’industrie automobile et les start-up du numérique ? Non ? Alors il est encore temps de prélever quelques milliards du plan de soutien à l’automobile pour, par exemple, développer la recherche sur les mobilités low tech, subventionner les réparateurs de vélos et réhabiliter les vieilles lignes de train, dont l’infrastructure est déjà en place et amortie depuis des décennies. »

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      • Sur cet aspect financier qu’Isabelle a bien raison de mettre en avant, une expertise réalisée par le cabinet 6t pour la FNAUT, sur le financement public de la voiture électrique : FNAUT infos, mai-juin 2022.
        À noter l’encadré en bas de la page 3, sur la  » loi de Zahavi » qui « a montré que l’habitant d’une zone urbaine ou périurbaine transforme les cadeaux fiscaux et les gains de temps dus à l’amélioration de la vitesse des déplacements automobiles (autoroutes urbaines, élargissement des voiries) en accroissement des distances parcourues ».

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  2. « tout en sachant (a fait remarquer François Durovray) que ce sont les précaires qui sont les plus gros rouleurs.  »
    C’est confirmé ? Dans quel contexte faut-il se placer pour que ce soit vrai ? Les trajets domicile-travail parcourus en voiture uniquement?
    J’avais en tête que les données de l’INSEE montrait au contraire que le nombre de kilomètres parcourus augmentait avec le revenu, sachant que cela prend en compte toute la population (donc aussi les proches banlieues denses où les personnes précaires utilisent les transport en commun) et tous les trajets (donc aussi les trajets de loisirs plus nombreux et longs dans le cas des personnes aisées).

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    • J’ai ici quelques pistes, en bas de l’article Le forum Vies mobiles veut réduire l’obligation de mobilité. Ils montrent que, pour, ou pendant, leur travail, les précaires circulent énormément, et plutôt avec de vieilles autos. Ce sont les employés de sécurité, de propreté, les ouvriers de chantier, les dépanneurs, etc. etc. Les riches vont plus loin (le séminaire à Honolulu et le week-end à New-York) mais infiniment moins souvent et ils ont plus facilement des voitures neuves. On touche à l’injustice des zones à faible émission, par opposition à celles à faible trafic. Et à la mobilité subie / choisie.

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