« Le code de la route c’est pour tout le monde »

Nul doute que le Code de la route s’applique à tout le monde, indistinctement. Mais de quoi parle-t-on ? 

Le code de la Route, c’est aussi pour les cyclistes.
Cette phrase, vous l’avez certainement déjà entendue.

Difficile de trouver affirmation plus stupide.

D’abord parce qu’elle s’appuie sur l’hypothèse que les cyclistes seraient moins respectueux du code de la route que les autres, ce que je vous ai déjà expliqué et démontré être faux. 

Pour faire court, chaque catégorie d’usagers de l’espace public respecte l’essentiel des obligations du code de la Route mais s’affranchit de certaines, et les cyclistes pas plus que les autres.

Tout le monde doit donc respecter le code de la Route, et il n’y a aucune raison de distinguer telle ou telle catégorie dans le rappel du respect de ce code.

Mais il n’y a pas non plus de raison de distinguer le code de la route parmi les obligations que doivent respecter les cyclistes … et les autres.

Code et code

Nous sommes dans notre vie quotidienne tenus de respecter un certain nombre d’obligations, légales ou réglementaires, Ces dispositions sont généralement regroupées dans des codes (il y en a actuellement 78) et les cyclistes comme les autres doivent en traversant une forêt respecter le code forestier, en allant voter le code électoral, dans d’autres circonstances le code du travail ou le code du tourisme, et toujours le code civil ou le code pénal. 

La phrase par laquelle je débutais cette chronique, Le code de la Route, c’est aussi pour les cyclistes, a donc autant de pertinence que Le code du sport, c’est aussi pour les handballeurs ou Le code du commerce, c’est aussi pour les charcutiers.

Il vous est peut-être arrivé d’entendre à la suite une autre phrase, qui illustre le même préjugé : Il faudrait faire passer le permis de conduire aux cyclistes pour leur faire apprendre le code de la Route. Elle est tout aussi stupide. 

Rappelons d’abord que l’examen du permis de conduire ne concerne pas seulement le code de la route, mais comporte aussi une épreuve pratique. C’est le cas aussi des autres permis analogues, permis de chasse, de pêche, de port d’armes, … Il existe en effet de nombreux autres autorisations, qui se nomment permis, habilitation, accréditation, et qui peuvent être délivrés par l’état, par des organismes professionnels, des entreprises, …

Permis de quoi ?

Vous ne pouvez ainsi vous mettre sans contrôle aux commandes d’une locomotive, d’un avion, et pas non plus d’un haut-fourneau ou d’une centrale nucléaire.

Ces autorisations concernent des activités réclamant une certaine compétence, acquise au cours d’une formation plus ou moins longue. Elles existent surtout lorsque la méconnaissance des règles et des usages peut avoir des conséquences importantes. Bien que ces activités comportent une part de risque et l’emploi d’outils pouvant être source d’accidents, cuisiner ou bricoler chez vous ne requiert aucune autorisation. Mais on est bien sûr plus exigeant avec les personnes qui exercent professionnellement dans la cuisine pour une collectivité ou dans une entreprise de menuiserie ou de plomberie.

C’est pour cette même raison qu’on exige un permis de conduire pour utiliser une automobile, objet dangereux par nature, et des permis spécialisés plus difficiles pour la conduite de poids lourds ou de véhicules de transport en commun, et qu’il n’y a aucune raison de soumettre à cette obligation les personnes utilisant un vélo.

A lundi prochain.


Cette chronique a été dite par Abel Guggenheim le 20 juin 22. Vous pouvez l’écouter en podcast sur Cause-Commune, émission Rayons libres, sous le N° 167. 

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6 réflexions au sujet de “« Le code de la route c’est pour tout le monde »”

    • C’est vrai pour les feux (qui ne sont pas le sujet de cette chronique), ce n’est pas vrai pour le code de la route, qui s’inscrit dans un mouvement général de codification de tous les aspects de la vie collective.

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  1. Remarquons que le code de la route revient à compliquer l’usage des mobilités douces comme la marche et le vélo plutôt qu’à la faciliter. La traduction du code de la route avec une pléthore de panneaux, de feux, de signalisations horizontales, bref un maquis, au gré des humeurs locales mériterait un grand ménage, une forme de décodification conduisant à la reconnaissance de règles de base et admises par tout le monde.

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  2. Et si le code de la route s’appliquait en priorité aux aménageurs :
    respect des priorités identiques à la voie automobile longée, un trottoir n’est pas une voie verte, un trottoir n’est pas cyclable, un passage piéton n’est pas une traversée cyclable …

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  3. Je trouve cet article très juste.
    Les cyclistes s’affranchissent de certaines règles du code de la route car ils le peuvent sans réel danger, tout comme les automobilistes s’affranchissent de tout un tas d’autres règles (limitations de vitesse, règles de stationnement… et même bien souvent les feux et de temps en temps les sens interdits)… alors que ça n’est pas sans danger.
    Je trouve le dernier commentaire au moins aussi juste : il est inutile d’exiger des cyclistes le respect du code de la route alors qu’on ne cesse de leur présenter des aménagements qui ne le respectent pas : combien de sens interdits ou B0 pour entrer sur des voies vertes tout à fait officielles ? Combien de voies vertes sur des trottoirs ? Combien de traversées de voies vertes ou de pistes cyclables sur des passages piétons ? Etc.

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