Les automobilistes roulent toujours le plus vite possible

Dans cette chronique Abel Guggenheim nous parle des automobilistes qui roulent à la limite de la vitesse autorisée. Cela peut les amener à la dépasser de très peu, et à écoper d’une amende « pour 1 km ». Doivent-ils toujours s’approcher de la limite maximum et nous mettre la pression  ?

Bonjour,
Un tweet de l’AFP annonçait la semaine dernière, je cite : 

Une réflexion est en cours au sein du ministère de l’Intérieur afin de ne plus retirer de points sur le permis de conduire des automobilistes coupables de « petits excès de vitesse »

Fin de citation

Passons sur le procédé politicien de lancer, par une dépêche dans l’ancien monde, par Tweeter dans le nouveau, ce qu’on appelle parfois un ballon d’essai pour tester l’acceptabilité d’une mesure par le public, en même temps que sa capacité à intéresser les media.

Deux tweets suivent, l’un pour dire que pour la Ligue contre la violence routière cette piste est regrettable, l’autre que pour 40 millions d’automobilistes cette réflexion va dans le bon sens. C’est ce que je m’autorise à qualifier de degré zéro de l’information.

Je ne commenterai pas le fond, on devinera facilement ce que je pense de cette proposition.

C’est la notion de limite que je voudrais à cette occasion interroger.

Une contravention pour si peu

Vous aurez sans doute remarqué que les automobilistes qui parlent de leurs contraventions expliquent presque toujours n’avoir dépassé que d’1 ou 2 km/h la vitesse limite. 

Si c’est vrai, dans quelles circonstances ce petit dépassement est-il advenu ? C’est simplement parce qu’ils ou elles ont voulu rouler à une vitesse aussi proche que possible de la vitesse limite. 

Ce sont les mêmes qui vous expliquent le plus sérieusement du monde que ce sont les limitations de vitesses qui sont dangereuses parce qu’elles obligeraient à avoir l’oeil sur le compteur de vitesse plutôt que sur la route et ses dangers et difficultés.

Pourquoi vous approcher autant de la limite ? 

Mais rien ne les oblige à approcher cette vitesse limite : une zone 30, par exemple, n’est pas un endroit où il faut rouler à 29 km/h, c’est une zone où il ne faut jamais dépasser 30 km/h, donc où il convient de rouler entre 15 et 25 km/h environ, avec des pointes possibles à 27 ou 28 km/h.

Si vous possédez un objet dont on vous indique qu’il ne supporte pas la chaleur et qu’on vous demande de ne pas l’utiliser au-dessus, par exemple, de 30 degrés, vous allez éviter de vous approcher de cette limite et vous allez sans doute arrêter de l’utiliser lorsque la chaleur atteindra 25 degrés environ. Vous agirez de même si on vous indique une pression à ne pas dépasser pour gonfler vos pneus.

On le sait, les enfants ont besoin dans leur éducation de tester eux-mêmes les limites que leur fixent leurs parents d’une part, les règles de la vie sociale d’autre part, ce qui occasionne d’inévitables conflits d’autorité et parfois des accidents. Les automobilistes qui roulent à 31 ou 32 km/h en zone 30 seraient donc des personnes encore partiellement adolescentes et pas encore devenus complètement adultes. Peut-être devraient-ils ou elles cesser d’avoir un comportement infantile lorsqu’on risque de blesser ou tuer d’autres personnes.

Pas de pitié pour les fautes de carres

Une anecdote personnelle pour terminer. Lorsque j’étais enfant, je suis allé une fois en vacances à la montagne pour apprendre à skier. Il y avait à la fin de la semaine une série d’épreuves notées, pour lesquelles j’ai obtenu 29 points sur 60, et ai donc loupé d’un point ma première étoile. J’ai vécu un peu comme une sanction de ne pas avoir été repêché pour un seul petit point. Je n’ai jamais remis les pieds sur des skis. Peut-être aurais-je du demander au ministère des Sports d’entamer une réflexion afin d’ajouter un ou deux points à la première étoile des enfants coupables de « petites fautes de carre ».

A lundi prochain, prenez garde aux petits excès de vitesse. 


Cette chronique d’Abel Guggenheim a été prononcée dans l’émission Rayons libres du 30 mai 2022. Pour l’écouter rendez-vous sur les podcasts et demandez le numéro 164. Le corps de l’émission porte sur les artisans du cycle.

Vous pouvez aussi écouter l’émission du 3 octobre consacrée à un entretien avec Abel. Il y explique pourquoi il ne servirait à rien d’élargir les pistes cyclables archi-saturées de Paris, et pourquoi il pense que l’on soigne quelquefois trop les détails.

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13 réflexions au sujet de “Les automobilistes roulent toujours le plus vite possible”

  1. Article intéressant et très pertinent comme d’habitude de la part d’Abel.
    Ce qui m’énerve également dans ces annonces, c’est que, suivant le type d’équipement qui a relevé l’infraction, une « marge d’erreur » est déjà enlevée de la vitesse mesurée (de l’ordre de 2 à 5 km/h). En plus la réglementation oblige les compteurs à aiguilles à afficher une vitesse supérieure à la vitesse réelle.
    Ainsi, le « pauvre automobiliste » pris à 31 km/h, roulait probablement plutôt entre 32 et 40 au compteur.
    Il suffirait donc déjà aux conducteurs de conduire à la vitesse réglementaire « au compteur » pour être à peu près sûr de ne jamais être verbalisés…

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  2. Avec les technologies actuelles, un bridage automatique de la vitesse est très facile. L’adaptation intelligente de la vitesse (ISA) sur les véhicules neufs en 2024 devrait déjà aider à alerter et j’espère à terme contraindre les automobilistes à ne pas dépasser la limite. Il suffira d’une voiture neuve dans une file pour ralentir toutes celles derrière. La limite c’est la machine, pas le niveau d’adrénaline !

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  3. La limitation de vitesse est souvent mal acceptée par l’automobiliste car le profil des voies n’est pas adapté pour un meilleur partage des voiries entre les piétons, les cyclistes et l’automobile. Par exemple le système d’écluse utilisé par certains concepteurs s’avère une solution qui permet de respecter les limitations de vitesse et de mettre en sécurité les cyclistes et les piétons.

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  4. Encore une fois, le fameux 1km/h de trop correspond à un dépassement de 6 km/h de la vitesse limite, la marge d’erreur des radars étant de 5 km/h en agglomération. Autrement dit, se faire flasher à 31 km/h correspond à une vitesse de 36 km/h, plus vraiment un « petit » excès de vitesse.

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  5. Je suis cycliste au quotidien, automobiliste assez souvent et je suis un peu médusé par certaines remarques que je viens de lire.
    A mon avis, tout est relatif. La sécurité à 100 % n’existe pas, l’erreur est humaine et le respect des autres devrait être un des piliers de l’éducation, de l’éducation routière en particulier, avant le respect strict et sans nuances des règlements.

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    • Et oui, l’erreur est humaine. Quitte à prendre, je préfère me prendre un automobiliste à 30 km/h (vitesse maxi dans ma ville) qu’un abruti qui considère qu’il respecte les autres en roulant à 50 ou 60 km/h et que le respect strict et sans nuance des règlements n’est pas pour lui.

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  6. Avant les limitations, on ralentissait dans les virages et on roulait le plus vite possible dans les lignes droites. Les limites étaient la puissance de la voiture et la prudence du conducteur.
    L’apparition des limitations a juste modifié la notion de limite. Le conducteur n’arrête plus d’accélérer quand la vitesse lui fait peur, mais quand il a peur de la sanction.
    Un automobiliste en agglomération devrait rouler en supposant qu’un cycliste va forcément déboucher de n’importe quelle rue, ou un enfant d’entre deux voitures stationnées.

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  7. Devant chez moi c’est 30 ; ça roule parfois à 80, et toujours à 50. Je l’ai signalé aux autorités, rien n’y fait.
    Quand je suis à bicyclette, dans des zones 30 il m’arrive de rouler à 28 (faux plat descendant), et les bagnoles me doublent allègrement. On me dit : 30 c’est juste une incitation à la prudence !

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    • Devant chez moi c’est le même far-West. Les pouvoirs publics créent des règles et sont incapables de les faire respecter. Ce n’est pas demain que l’on verra les enfants aller à l’école à vélo.

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  8. Cette généralisation du 30 en ville dont s’emparent de nombreuses agglos est loin de convaincre. Pour parvenir à un résultat, il faudrait y adjoindre des radars de vitesse avec amende comme le font les Allemands. Pour l’heure le 30 donne tout juste bonne conscience aux élus et rend insatisfait le riverain.

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