Jeux Olympiques : les sites seront-ils vraiment accessibles à vélo ?

Le Comité stratégique des mobilités des J.O.  vient d’être créé pour « organiser » les déplacements dans le périmètre des Jeux Olympiques de 2024, dans Paris, l’Ile-de-France, la France métropolitaine et Tahiti. Le vélo n’en est pas exclu… mais concrètement on ne voit encore rien, ou pas grand’chose, malgré les engagements de la candidature et les rappels de la Première ministre. Espérons que la perche soit saisie.
(Article remanié le 16 octobre à 14h10)

A moins de deux ans de l’évènement il est plus que temps de s’occuper de l’acheminement des sportifs, de leurs équipes, et du public… C’est le Comité olympique qui s’en occupe pour les sportifs et leurs équipes, les autorités locales pour le public. En Ile-de-France c’est donc Ile-de-France mobilité qui est à la manoeuvre.  

C’est seulement le 12 octobre 2022 qu’a été créé le Comité stratégique des mobilités des Jeux Olympiques et paralympiques 2024 chargé de suivre l’avancée du programme des déplacements pour le public Il est constitué des ministres concernés, des élus, du président du comité d’organisation, des services de l’Etat, associations et fédérations, opérateurs et entreprises de transport.
Il se réunira toutes les six semaines pour « évoquer » l’ensemble des sujets de transport pour les Jeux Olympiques et Paralympiques et s’assurer de la continuité et fluidité des parcours, pour tous les types de « passagers », d’un bout à l’autre de leurs trajets : les accrédités, les visiteurs des jeux et les usagers du quotidien.
Il y aura plusieurs groupes de travail, par mode de déplacement ou thème (je cite : aérien, vélo, logistique, accessibilité, innovations) et un « parcours voyageurs » qui traitera notamment des sujets d’information aux voyageurs et de qualité de service (ponctualité, propreté). Evidemment c’est un peu curieux que ni la marche ni les transports publics ne soient explicitement cités. Pourtant ces jeux se veulent « durables ». 

Le site des Jeux affiche une série d’engagements environnementaux tels que « mobilité propre pour la flotte olympique, transports en commun et moyens de mobilité douce pour les spectateurs », engagements sociaux et sociétaux. Un vrai catalogue vertueux, dont on pourrait ne pas tirer grand’chose et dont les mots doivent nous alerter. Ainsi sous le titre « se bouger », par exemple, on trouve « prise de conscience », « souhaits » et « mise en valeur » …

Ce n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur des injonctions d’Elisabeth Borne qui avait rappelé à plusieurs reprises que le vélo était essentiel dans l’organisation1. N’avait-on pas annoncé lors de la candidature que tous les lieux parisiens seraient accessibles à vélo, à pied et en transports publics, et que les JO-2024 seraient les premiers JO écolos ? Ne devait-on pas travailler sur l’héritage, faire en sorte que ce que l’on construirait soit utilisé ensuite?
Il nous aura pourtant fallu les évènements du 28 mai dernier, lors de la Ligue des Champions, pour nous faire prendre conscience de l’urgence de traiter sérieusement les déplacements du public. 

Les équipes travaillent déjà, mais on n’en voit rien. En matière de vélo ça va craindre… Ile-de-France mobilités n’affiche dans sa page « Jeux-Olympiques » que des transports en commun … mais sa page date de … 2017. Le site Paris2024 nous avertit : « Pour les spectateurs, l’ensemble des sites de compétitions sera accessible à pied ou en transport en commun« . Le site Ville hybride s’en inquiétait cet été, par la voix du porte-parole du Collectif Vélo en Ile-de-France2. Il expliquait que les transports en commun ne pourraient jamais absorber les foules attendues. Pourtant l’ancien Premier ministre, Jean Castex, avait promis le 15 novembre 2021 l’accessibilité cyclable des sites olympiques et paralympiques : 

« Une aide financière pouvant aller jusqu’à 10 millions d’euros sera apportée aux collectivités locales gestionnaires de voirie pour mettre en œuvre les projets d’aménagements cyclables identifiés comme pertinents pour le bouclage du réseau de voies cyclables olympiques (48 km de tronçons manquant aujourd’hui sur les 420 km d’itinéraires olympiques).« 

On attend 9,7 millions de spectateurs, 10 500 sportifs, 6000 journalistes, 31500 volontaires …  

Le vélo dans les Jeux

Pour nous cyclistes, le plus intéressant est de vérifier que les sites métropolitains seront tous raisonnablement atteignables à bicyclette, comme cela avait été évoqué dès le début, puis presque totalement oublié. 

(Paris)

Les sites dans Paris tiennent dans un rayon de 10 km, dont une bonne partie le long de la Seine, le village olympique se trouvant un peu au nord, dans la Plaine Saint-Denis, elle-même facile à relier à la piste du canal Saint-Martin qui mène de gré ou de force à la Bastille. Une carte plus précise se trouve sur le site Paris2024. A l’attention du maire du 15° et de sa conseillère déléguée aux mobilités actives je signale que ce n’est pas parce que le basket n’y sera pas que le Palais des expositions de la Porte de Versailles aurait été abandonné3, il y aura là trois épreuves, et Arena Paris-sud en est le nom « sportif ». Par contre dans la réalité il est plus à l’ouest que sur la carte ci-dessus, dans le 15eme et non dans le 14eme.

(Ile-de-France)

9 villes recevront aussi des épreuves, ainsi que Tahiti pour celle de surf, afin que l’on puisse profiter de « la vague de Teahupo’o, l’une des plus sélectives du monde et sans aucun doute l’une des plus belles en cette période de l’année » (site des JO).  

(France)

▶️ Notons que pour le vélo dans Paris il y aurait surtout beaucoup de détails à traiter, des pistes structurantes longeant la Seine en rive gauche (avec pour seule interruption le franchissement du parc André-Citroën4) et sur l’axe Concorde – Rivoli – Bastille – Nation, parmi d’autres tels que Porte d’Orléans – Porte d’Aubervilliers. Des « détails » parfois compliqués, cependant. La Ville de Paris ne dit pas un mot des déplacements à vélo à l’occasion des jeux. ▶️ Erreur ! J’ai trouvé5.

En Ile-de-France une bonne partie des sites ne poserait pas plus de problèmes. 

▶️ Le vélodrome national de Saint-Quentin, par exemple, peut se rejoindre depuis Paris par des pistes cyclables encore provisoires depuis le pont de Saint-Cloud et par la superbe piste qui joint Paris15 à Issy-les-Moulineaux et à l’imparfaite mais assez large piste des bords de Seine. Peut-être faudra-t-il cependant modifier par endroits le partage des chaussées. Deux noeuds restent réellement difficiles, au pied du pont de Saint-Cloud et à Saint-Cyr l’école ainsi que je l’ai décrit il y a moins d’un an6. Attention, les 10 et 11 août le secteur sera réservé à l’épreuve du marathon … (cf. Le Parisien). Quant à l’accès au vélodrome, on parle d’y installer une petite capsule électrique nommée urbanLoop … (cf. Ma Ville)
▶️ Pour La Défense l’accès se fait maintenant par la piste créée sur le pont et les pistes encore en travaux à Neuilly depuis la porte Maillot, elle-même aussi à ce jour en plein dans d’énormes travaux. La piste sur le boulevard circulaire de la Défense prend le relais et s’ouvre sur Nanterre. De l’autre côté l’Etoile se franchit par un souterrain (d’un seul côté), les Champs-Elysées sont faciles et les places de la Concorde et de la Madeleine permettent de nombreux raccords.
▶️ On parle de « boucles cyclables » étudiées dans le cadre de la Convention Jeux olympiques entre Paris et la Seine-Saint-Denis (cf. APUR) et de continuités cyclables7

⏩ En mai dernier le collectif Vélo en Ile-de-France disait « Nous l’avons constaté sur place : aujourd’hui, les trajets entre les sites sont dangereux, mal équipés et non indiqués. » La Région Ile-de-France ne dit pas un mot sur son site des déplacements à vélo à l’occasion des Jeux.

Nul doute que l’alliance RER + vélo s’imposera pour une partie des spectateurs, pendant que d’autres n’utiliseront que le vélo8. Transport des vélos et mise à disposition de vélos aux gares vont devoir être organisés, et bien sûr des stationnements de qualité proches des entrées et largement dimensionnés, comme ont commencé à le faire certains stades de foot9. Heureusement de nombreuses entreprises existent dans ce domaine … 10

Au-delà d’infrastructures de belle qualité, et au lieu de « souhaits » et « mises en valeur », pourquoi ne créerait-on pas des incitations bien concrètes à la mobilité propre et active, telles qu’une réduction ou un cadeau aux spectateurs venus à vélo, comme cela s’est déjà pratiqué notamment à Bordeaux, ainsi que je le signale dans l’article sur le stationnement cité en note ? Tout le monde a intérêt à ce que les transports ne soient pas pris d’assaut … et même si l’on n’avait pas « envisagé » de profiter des Jeux pour diffuser de nouvelles habitudes.

Les Jeux Olympiques de Paris 2024 ne devaient-ils pas être les premiers Jeux écolos ? Ou bien les Français seront-ils comme souvent les champions des bonnes paroles ?

Comment interpréter ce logo ? Femme ? Accueil ? Incendie ? …

Les dates

☼ 26 juillet à 11 août 2024, Jeux Olympiques
☼ 28 août au 8 septembre 2024, Jeux paralympiques. 
⭐︎ Ce sera « le plus grand évènement jamais organisé en France ». Ouh là ! Et si on disait que cela nous fait trois mois de test en vraie grandeur ? ⭐︎⭐︎⭐︎

Notes

  1. Mme Borne rappela qu’il n’était pas question d’oublier le vélo lors de l’annonce du nouveau Plan vélo, un tout petit peu lors du Lancement du groupe de travail «Transports» pour la sobriété énergétique, et pas du tout dans le Plan de sobriété énergétique.
  2. Ville hybride : « les spectateurs étrangers seraient surpris que le vélo ne fasse pas partie de la fête tant l’image du vélo à Paris est reprise dans les médias internationaux. Ce décalage entre l’image perçue et la réalité serait terriblement dommageable. »
  3. Le maire du 15eme espère que le besoin d’accès à la Porte de Versailles lui permettra de résoudre enfin les problèmes de disponibilité et de danger extrême des pistes du boulevard des Maréchaux, héritages des années 2000.
  4. Le franchissement du parc André-Citroën, sur l’axe Seine, est réclamé depuis des années par la mairie du 15ème.
  5. En cherchant j’ai fini par trouver une page du site de la Ville qui parle du vélo, sous la rubrique Nouvelles mobilités. Alors croisons les doigts.
  6.  Aller de Paris à Versailles à vélo, c’est à nouveau possible, avais-je découvert l’an dernier après 50 ans de malheur.
  7. A Plaine commune les travaux avancent sur la rive du canal Saint-Denis, qui sera « un axe majeur de circulation entre le site de célébration de La Villette et les sites de compétition de Saint-Denis ».
  8. La carte publiée sur le site du collectif Vélo en Ile-de-France peut vous donner une idée de l’existant, bien qu’elle ne soit pas totalement à jour.
  9. L’Olympique Lyonnais a même reçu un prix pour ses arceaux à vélos.
  10. Sur le stationnement voir mon article remis à jour plusieurs fois : Le point sur le stationnement des vélos. Il peut donner quelques bonnes pistes.
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1 réflexion au sujet de « Jeux Olympiques : les sites seront-ils vraiment accessibles à vélo ? »

  1. Pour les Yvelines, confirmation de l’absence de vélo dans les plans de déplacements pour les JO ! Dans un encadré « Transports : Des JO les plus écolos possible » du journal « Toutes les Nouvelles », le Maire de Versailles, François de Mazières, ne parle que de « transports en commun favorisés », de bus et navettes !
    Pour la colline d’Elancourt, « pas de parking » mais des « navettes » alors qu’elle est distante de 4,5 km de la gare de Trappes, une distance sans doute infranchissable pour les amateurs de VTT !!!
    Le Département « Terre de vélo », selon le voeu de son Président, passe encore à côté du vélo déplacement.

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