Marche et vélo doivent reconquérir de l’espace, affirme le Club des Villes cyclables

Les difficultés de cohabitation dont tous se plaignent proviennent d’abord d’une mauvaise affectation de l’espace disponible. A l’heure où la motorisation individuelle doit décroître encore, lors de sa traditionnelle journée d’étude d’hiver, le Club des Villes Marchables et cyclables se penchait sur l’organisation de nos espaces publics.

Piétons et cyclistes se font-ils la guerre ? Non, répondait Abel, c’est la Ville qui aménage mal1. Oui sans doute, répond le Club des Villes marchables et cyclables, car l’espace qui leur est alloué est trop compté. 

Le Club des territoires à mobilité musculaire (😉) veut faire plus de place aux piétons. Il veut que chacun, cycliste comme marcheur, trouve sa place sans gêner l’autre. S’arranger, partager l’espace, voilà le nouveau défi des cyclistes. Au lieu de se taper dessus, et de passer en force, se débrouiller pour que la cohabitation se passe bien. Sinon… tout se figera.

  • Plan + Plan + Plan
  • Les cyclistes n’ont pas tous les droits
  • La marche et le vélo avaient disparu
  • Que fait la police ?
  • Le retour de l’urbanisme

Plan + Plan + Plan ne donne jamais un résultat harmonieux

Il ne suffit pas de dire qu’on intègre les piétons à l’occasion des travaux en faveur des cyclistes, il faut le faire. Et le faire ce n’est pas faire des « Plans piétons » qui s’ajouteraient à des « Plans vélo » et à des « Plans bus », c’est penser aux piétons en priorité, chaque fois et tout le temps. Jérôme Monnet, directeur de l’école d’urbanisme de Paris, nous montre combien il est facile de s’oublier. L’école d’urbanisme, à Champs-sur-Marne, est cernée de routes strictement non-marchables, s’amuse-t-il. Il cite aussi votre hôpital, votre nouveau lycée, votre centre commercial, il oublie le cimetière. Intégrer les piétons c’est commencer par ne pas les exclure. Ne plus faire de rond-points ni de routes infranchissables à pied ou à vélo, ne pas profiter à toute force du terrain pas cher.

Le club en sa rencontre parisienne d’hiver, s’est aussi interrogé sur la qualité des aménagements, prenant les exemples grenoblois ou strasbourgeois. L’héritage est lourd, ce sont des « pistes cyclables » faites sur une partie du trottoir. Aujourd’hui avec les livreurs2, les VAE et les EDP c’est intenable. A Strasbourg la première cause de PV relève d’eux. 

Le premier rang, à l’auditorium de l’Hôtel-de-Ville de Paris: de gauche à droite, Clément Beaune, ministre des Transports, Françoise Rossignol, présidente du Club, David Belliard, adjoint aux Transports de la maire de Paris.

Les cyclistes n’ont pas tous les droits

Plus les zones piétonnes sont larges plus il faut gérer les déplacements des cyclistes, quitte à leur faire une rocade. Patrice Pattee, de la Ville de Sceaux, a refusé qu’une « autoroute à vélos » passe par la plus ancienne rue piétonne de la région francilienne. Le tracé du REV sera dévié, ce qui permettra aussi de le faire plus large. 

A Sceaux la cohabitation paisible passe plus par des petits aménagements ponctuels, et donc peu visibles, que par des infrastructures impactantes. Il faut s’arranger pour que tout le monde soit obligé de tenir compte des autres. Encore faut-il savoir de quoi on parle. 

La marche et le vélo avaient disparu

La marche en tant que moyen de déplacement, reprend M. Monet, a disparu de nos pratiques et de nos imaginaires urbains. Les statistiques de déplacements, lors du recensement par exemple, oublient que « aller en train » peut vouloir dire aller à pied puis en train puis en bus, ou en auto puis en train puis à vélo en libre service … Nous comptons en trajets, en Suisse on parle de tronçons et de distances parcourues par mode de déplacement. 

Cohabiter avec les piétons veut donc dire aussi faire renaître la marche. Nos recensements l’ignorent la plupart du temps puisque ne sera compté que le mode « lourd » (le train, dans notre exemple), ce qui la minore énormément. Comme le vélo, aux yeux des responsables elle a fini par n’être plus qu’un loisir. On ne marcherait plus, soit-disant, mais le dimanche beaucoup de personnes se promènent, ou « marchent ». On a créé des « promenades » en ville, des avenues, des ramblas, mais pas de liaisons pédestres; on fait des chemins de randonnée à la campagne, mais on se déplace en auto. Les voies vertes ne mènent pas à la mairie mais à un parking. Il arrive d’ailleurs souvent que les panneaux de direction indiquent « voie verte » sans même une destination, et que l’on soit largué à la fin sans être guidé vers le centre ou la gare, ou vers la prochaine ville. 

Que fait la police ?

Alors devant le désordre constaté en ville, mettre des amendes ou convaincre ? Faciliter et donner envie, avons-nous eu envie de répondre. La demande fut d’ailleurs bien partagée. Une trentaine d’institutions ont demandé à l’Etat une « mobilisation collective pour accélérer le développement des mobilités actives sur tous les territoires ». Nous sommes loin d’atteindre nos objectifs 9% de part modale en 2024, et « la crise sanitaire a profité au vélo mais a révélé aussi l’insuffisance d’espace dédié aux mobilités actives » sans nier qu’il y ait des conflits entre piétons et vélos, souvent dus à la mauvaise qualité des espaces dédiés. Mais les signataires en appellent aussi aux motorisés, qui créent des drames intolérables. En 2021 227 cyclistes et 414 piétons sont décédés en France dans un accident avec un véhicule motorisé, dont 40 enfants. Ce texte est paru dans Le Monde du 10 novembre.

Tribune-marche-et-velo,-la-nouvelle-conquete-spatiale

Si cohabiter est bien devenu la question centrale, elle est bien sûr corrélée aux accidents, et là les chiffres ne trompent pas, les grands responsables sont les poids lourds et les poids lourds.

Un autocollant ne fait pas le poids, l’objectif « zéro accident », décidé par la Ville d’Oslo vers 1980 a été atteint par Metz en 2020. Pour y parvenir il faut associer tout le monde, car les aménagements ne comptent que pour 1/3 dans les causes d’accidents graves, le reste c’est les comportements. Les chiffres montrés par madame Salathé, responsable de l’observatoire de la sécurité routière (OINSR) attestent que les accidents piétons-vélos sont rares. Ce sont les angles morts qui font les morts, c’est donc tout le système urbain qui est concerné, et notamment son système d’approvisionnement.

Accidents graves ou mortels des piétons et cyclistes contre un véhicule à moteur : 3 fois sur 4 c’est un poids lourd. Observatoire National de la sécurité routière.

Plusieurs orateurs demandent aussi au gouvernement une campagne nationale d’envergure expliquant comment se comporter, notamment selon la nature des espaces, du trottoir à l’aire piétonne ou de la zone 30 à la vélorue, mais aussi sur un sas.
Sachant qu’il faut une dizaine d’années pour savoir vraiment bien conduire une auto, nous dit mme Salathé, on peut espérer que cette durée ne sera pas plus longue pour apprendre à bien conduire un vélo. 

Des villes sans problème : le retour de l’urbanisme

On citera quelques villes qui ont fait savoir qu’elles n’avaient pas de problème de cohabitation. Lorient aménage pour que toutes les vitesses soient faibles. Au lieu de tracer des kilomètres de pistes la ville préfère réaliser des aménagements ponctuels, des micro-mises en valeur, un arbre ici, un banc ailleurs. La voirie doit devenir de l’urbanisme, mais on aurait dû rappeler que la Ville, co-fondatrice du Club, avait commencé par tracer de très fortes pistes cyclables, et récupéré de l’espace en prenant la moitié d’une route pour y bâtir de l’habitat…

Bien sûr on a aussi eu droit à un adjoint au maire disant que pour pouvoir faire des contre-sens cyclables il allait devoir d’abord passer la rue en sens unique !!! En voilà un qui n’a rien compris. Pour lui le DSC n’est pas le remède à un problème de sens unique, pour lui c’est un but en soi !!! 

Alors ??? ——–

  1. Séparer, partager ? 
  2. Baromètre de la marche
  3. Publications du Club
  4. Articles en rapport

(1) Alors partager ou séparer, demandais-je de mon côté3. Séparer souvent, semble répondre le club, quitte à repousser les cyclistes. Devrait-il toujours s’appeler club des villes cyclables ? Surtout, ne devrait-il pas s’appeler d’abord marchable afin que la marche soit bien centrale, et non variable d’ajustement comme si souvent ? Et puis, Villes « marchables et cyclables » ça se prononce mieux que l’inverse ! 

Pour résumer je dirais que le Club invite à ne pas avoir d’idées préconçues, et surtout pas de bons sentiments. Séparer ou faire cohabiter n’est pas une affaire de dogme mais de décision technique et fonctionnelle. Le Club invite à tenir les objectifs, (1) marche et (2) vélo. Tout le reste est affaire d’adaptation au lieu et à son histoire.

(2) Et chez vous, est-ce confortable de marcher ??? La seconde édition du baromètre des villes à marcher est en cours. Il est organisé par le collectif Place aux piétons, dont fait partie le Club des endroits où on marche. Par ici la visite et vos réponses. 

(3) Publications du Club

Téléchargeables, lien dans chaque image

Novembre 22. Les REV sont « conçus pour (…) limiter la cohabitation entre modes actifs » ce qui doit bénéficier autant aux piétons qu’aux cyclistes. La gestion des traversées peut passer par un phasage spécifique des feux, ou leur absence, la séparation des flux parallèles est souvent forte (bandes fleuries …). Exemples de Antony, Le Mans, Strasbourg et Grenoble…
Juillet 2022

(4) Articles en rapport sur ce blog

  1. Vélos et piétons, des conflits programmés de toutes pièces
  2. Les professionnels de la cyclo-logistique semblent prêts à ne plus être autorisés dans les pistes cyclables, si j’en crois mon article sur la création de la fédération des cyclo-logisticiens publié le 11 novembre 22. Cette position date au moins de 2018, mais ne concerne pas les livreurs de nourriture.
  3. Vélo et partage de l’espace public, que faire ? Couper la chambre en deux ou bien l’aménager pour que chaque enfant s’y sente bien ? Partager la rue, ça veut dire quoi ? Faire du découpage en lignes ou aménager pour qu’on puisse cohabiter ?
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10 réflexions au sujet de “Marche et vélo doivent reconquérir de l’espace, affirme le Club des Villes cyclables”

  1. Je n’avais jamais vu le sigle « DSC ». J’en ai trouvé la signification : « double-sens cyclable » (ce qui apparaît maintenant évident, dans le contexte de la phrase…).

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    • Double-sens cyclable, ou contre-sens cyclable (c’est la même chose) …. ou l’art de faire ralentir les voitures avec … des cyclistes! Personnellement je n’utilise quasiment jamais sauf aux rares endroits où la largeur de la rue permet le croisement d’une voiture avec un vélo et ce en laissant une marge de sécurité.
      Avec la quasi généralisation des gens qui font leur « courrier au volant » installer des pistes de ce type est une hérésie!

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      • Au contraire, je suis usager quotidien d’un de ces DSC assez étroit, avec des chicanes même. J’étais plutôt réticent au début, mais l’évolution va vraiment vers une cohabitation apaisée : on se voit de loin, on se prépare, des deux côtés, à se croiser. Et cela bénéficie à tout le monde (piétons, riverains), la perspective de croiser un cycliste (non, je ne suis pas le seul !) facilitant le respect des limitations de vitesse.
        J’ajoute que je suis beaucoup plus inquiet, sur le même tronçon, quand je l’emprunte dans le même sens que les véhicules motorisés, et dois parfois subir le sur-régime d’un usager pressé … voire les tentatives de dépassement dangereux.
        Je suis preneur d’une étude sur l’impact de ces aménagements sur les accidents, mais j’imagine que la méthodologie doit être assez compliquée.

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      • Étant un gros utilisateur des DSC (Paris en est truffé), je trouve en effet qu’ils sont moins dangereux quand on est dans le sens contraire au trafic général que dans le même sens, car dans ce dernier cas on ne voit pas venir les conducteurs.

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    • Dur de constater que tant de personnes semblent ne pas (encore) connaître les DSC … ni les études réalisées sur les DSC, qui confirment leur non dangerosité et même leurs avantages pour les cyclistes, en raccourcissant leurs trajets et surtout en leur assurant une sécurité par « contact visuel » entre l’automobiliste (qui voit le cycliste arriver en face de lui) et le cycliste (qui voit l’automobiliste). Chacun va ralentir et se serrer un peu à droite pour que la cohabitation soit possible lors du croisement ! En plus cela amène de la convivialité, chacun des deux usagers voyant l’autre, finie cette « ignorance » des autres usagers des rues !

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      • Bjr, ben il existe des villes ou des DSC ont été faits alors qu’il n’y a pas de visibilité! A proximité de chez moi j’en ai un qui est en côte avec rupture de pente dans un virage très serré. La voiture nous voit lorsqu’on est … sur le capot, et encore si le conducteur n’est pas en train de regarder sa « game-boy ».

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  2. A Perpignan, bon nombre d’aménagements sont sur trottoir et cela est catastrophique en terme d’usage tant pour les vélos que pour les piétons. En particulier lorsque ces pistes sur trottoir sont aux abords des collèges, lycées ou fac et que le trottoir est inexistant ou interrompu par des arbres !
    Nous insistons auprès des aménageurs pour que les trottoirs soient spacieux pour les piétons et la rue apaisée, ou aménagée pour les cyclistes.
    Une voiture impatiente derrière un cycliste dans une rue étroite est aussi stressante qu’un cycliste pressé derrière un piéton sur un aménagement étroit sur trottoir.

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