Civisme sur la route, la maire de Paris s’en remet au peuple

La maire de Paris mobilise sa population pour la rédaction d’un code de la rue. Une annonce du même jour qu’une autre sur le vote au sujet des trottinettes en libre-service. 

Les mauvais comportements sur la route

Le même jour que celui où elle annonçait une « votation » pour le renouvellement ou non des trottinettes en libre service (voir article à venir), la maire de Paris s’était alarmée des problèmes de comportements dangereux dans les rues de sa ville, citant les cyclistes grillant les feux et les trottinetteurs roulant sur les trottoirs. 

Strasbourg, © Radio France – Antoine Balandra

Elle a donc annoncé, lors de ses voeux aux élus le 10 janvier, sa décision de réunir courant février habitants, experts, ainsi que partenaires publics et privés, avec l’objectif de publier dès juin un Code de la rue parisien comme il en existe ailleurs. Son adjoint à la voirie, David Belliard, indique à l’AFP qu’il veut protéger les plus faibles, et donc donner la priorité aux piétons. 

Espérons que les participants auront le temps de bien comprendre de quels comportements on parle et ce qui les occasionne. Espérons également que seront bien invités à participer les chauffeurs de bus, de camions et d’automobiles. Ces derniers ne semblent pourtant pas cités, la « difficile cohabitation entre les piétons, les cyclistes, les trottinettes, les taxis, les véhicules de livraison et les bus » est la principale « préoccupation » qui ressort d’une consultation citoyenne effectuée à l’automne, rapporte encore l’AFP. Selon Le Parisien (15 janvier) heureusement elle veut « une prise de conscience chez tout le monde, les cyclistes, les scootéristes comme les automobilistes».

▶️ Il aurait peut-être mieux valu que la décision sur les trottinettes ait été prise avant la première réunion sur les comportements. Le vote sur les trottinettes est prévu pour le dimanche 2 avril … Même pas la veille. A l’inverse on peut penser que la réflexion sur les comportements éclairera la décision sur les trottinettes. 

Il pourra en effet être utile de commencer par une description extensive des difficultés rencontrées. Une partie des comportements concernés est certainement due aux aménagements eux-mêmes (par exemple manque de visibilité entre piétons et cyclistes, voies ou chaussées trop larges, présence de trop nombreux feux, désir de sortir de la ville au plus tôt…), à l’incohérence de la signalisation (comme l’a montré Abel Guggenheim dans l’article ci-dessous), aux difficultés de compréhension des règles et même à leur ignorance. D’autres pourraient être des symptômes de notre société (la vitesse, le machisme, l’énervement …). Si les participants n’ont pas l’occasion de se mettre en cause eux-mêmes ces rencontres d’aboutiront à rien. Mais si l’on oublie que, fondamentalement, c’est l’aménagement qui fait le comportement, alors à mon avis tout le monde perd son temps. 

  • Vélos et piétons, des conflits programmés de toutes pièces Les piétons ont peur des cyclistes et les accusent de faire n’importe quoi, les cyclistes répliquent que le danger vient des véhicules motorisés.
    Abel Guggenheim se demande si la responsabilité ne doit pas être recherchée dans les aménagements et leur signalisation.

Il faudra donc s’interroger sur de nombreux aspects généraux, mais aussi sur les règles ignorées (doubler par la gauche à 1 mètre minimum par exemple), et sur leur utilité, qui est variable. Il y a aussi des comportements qui relèvent de la politesse. Les automobilistes eux-même devront avoir la parole, afin qu’ils comprennent pourquoi ils mettent en danger piétons et cyclistes, quelles règles ils ignorent, à quelles incompréhensions ils se heurtent. Combien savent ce qu’est un sas et surtout en quoi il est utile? Combien savent distinguer une rue à 30 d’un espace partagé et d’une zone de rencontre ? Combien connaissent les règles de priorité lors du franchissement d’une piste cyclable ? Qui comprend les double-sens cyclistes et les Tourne-à-droite aux feux ?

  • Qui connaît encore le code de la route? Ni les militants avertis ni les professionnels ne connaissent le code de la route ou ne comprennent les panneaux, avons-nous constaté lors d’une formation … avec des exemples pour vous.

On va avoir des surprises, et pour commencer, probablement, une méconnaissance de tous par tous. J’espère qu’on valorisera aussi les bons comportements. 

Un « code » sortira peut-être de tout ça, qui ne peut guère être autre chose qu’un résumé du code de la route, incompréhensible, contradictoire, sans cesse doté de nouveaux articles. Un nouveau « code », tout parisien qu’il soit, ne sert à rien si on s’arrête à sa publication. L’essentiel sera de le faire connaître à tout le monde, et donc de communiquer souvent, pendant longtemps et vers tous les publics. A défaut cet exercice aura été de l’auto-flagellation, ou, pire, une tentative d’application d’une morale répressive. 

  • Paris veut passer d’un coup à 30 à l’heure. Vraiment ? La maire de Paris a pris une décision assez radicale, sans se soucier des recommandations des services de l’Etat et des associations spécialisées, ni de l’expérience des villes qui l’ont précédé dans la démarche. Suffit-il de dire « 30 à l’heure » pour apaiser une ville ? 

Trottinettes en libre-service : l’article est paru le 23 janvier.

Quelques exemples : Des dépliants pour expliquer le code de la route, novembre 2010.

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2 réflexions au sujet de “Civisme sur la route, la maire de Paris s’en remet au peuple”

  1. Les automobilistes eux-même devront avoir la parole, afin qu’ils comprennent pourquoi [tout un tas de choses très justes]. Je crois qu’il s’agit donc moins de leur donner la parole que de leur demander d’écouter pour une fois la parole des autres… et c’est totalement nécessaire !
    Pour parler plus globalement, quid de l’efficacité d’une telle démarche ? Je suis assez d’accord avec ce que tu écris à la fin de l’article, qui semble être une forme de conclusion.

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