2023, une année qui s’annonce compliquée pour les élus du vélo

Le Club des Villes et Territoires Cyclables et Marchables nourrit de fortes ambitions mais butte sur les cloisonnements et l’inertie au sommet, ainsi que sur la difficulté à intégrer les piétons. Cela a été montré dans son petit déjeuner de rentrée, ce 18 janvier. 

Cette année toutes les séances de voeux ont commencé par des considérations sur la crise sanitaire (« qui n’est peut-être pas finie« ), la crise environnementale et économique, l’effondrement de la biodiversité… Ce fut la même chose pour le Club des Villes et Territoires Cyclables et Marchables … sauf que juste après on se félicitait que le confinement ait créé les coronapistes ! Elles ont changé la donne, on a pu voir en vrai ce que ça allait donner. La plupart sont ou seront pérennisées. Les queues devant les magasins ont aussi démontré que les trottoirs ne pouvaient être partagés avec les cyclistes. 

Françoise Rossignol, la présidente, était entourée des deux vice-présidents de l’association des élus nationaux pour le vélo (100 parlementaires), Jacques Fernique au Sénat et Guillaume Gouffier Valente (il a fait évoluer son nom de famille) à l’Assemblée Nationale. 

Petit déjeuner de nouvelle année

Où sont les sous ?

On a beaucoup parlé du Plan vélo, le député précisant que c’était normal qu’on n’ait rien vu venir si on n’avait rien demandé. Il s’inquiète surtout qu’il n’y ait pas assez de demandes, ce qui serait gênant pour obtenir une augmentation. Pour le club ces retards proviennent du manque de clarté sur la façon de les obtenir. 

Rappelons aussi qu’à l’origine ce Plan devait s’intéresser au vélo et à la marche, justifiant d’ailleurs l’extension du nom du club à la marche (et, pour moi, rendant définitivement inutilisable un nom aussi long). Il faut reconnaître que les associations représentant la marche sont assez réticentes à cette proximité qui risque de les maintenir dans l’invisibilité et que dans la vraie vie l’agressivité des piétons envers les cyclistes ne fait qu’augmenter.  

Reste qu’il y a un risque que les aides de l’Etat baissent (revoilà la crise), et ne subsistent que dans les zones en grande difficulté. Pourtant on constate un « décollage » du vélo partout, même à la campagne, selon les premiers résultats de l’enquête menée conjointement par le Club et Vélo&Territoires1. Les résultats complets sont attendus pour le mois de mars. Ils porteront sur 1296 collectivités ayant eu la patience de remplir le dossier. On y verra sans doute que les habitants des grands quartiers en souffrance pratiquent deux fois moins le vélo qu’ailleurs. Leur espace public donne rarement envie de marcher ou de rouler… ce qui est clairement un problème commun.

Plus de femmes que d’hommes à cette conférence de presse de début d’année. (photo fournie)

Revenant sur la notion de « Plan », Jacques Fernique reconnaît que l’objectif de 9% de part du vélo en 2024 n’était pas très crédible. Il préfère donc parler de 12 % en 2030, qui lui paraissent possibles. 

Les deux parlementaires acceptent l’idée selon laquelle il va falloir élargir le bonus à l’achat de vélo, baisser la TVA, renforcer la prime à la conversion… 

A quoi pense la présidente ?

Pour la présidente les sujets importants sont, outre le plan vélo (qui est un plan de financement) : 

  • Le savoir-rouler des élèves du primaire. En 2019 seulement 1/100 enfants avaient leurs 4 niveaux; on vise désormais 850 000 enfants par an. Le savoir-rouler figure désormais sur le site de l’éducation nationale, sous la rubrique Sécurité routière. Il n’est plus clandestin.
    👩‍🎓 Sur ce sujet, lire Le vélo à l’école, ça n’est pas simple!
  • La filière économique du vélo
  • Le conseil interministériel du vélo, dont le lancement a été repoussé, pour l’instant sans nouvelle date.
    🚲 Voir ici : Elisabeth Borne tente de relancer le Plan vélo
  • La création d’un Plan marche, elle doit devenir agréable, et participer au trinôme marche + vélo + TC. Bien sûr le délégué interministériel pour le vélo est devenu aussi chargé de la marche,  marche et vélo relevant tous deux des modes actifs et ayant en commun notamment leur rôle dans l’apaisement de l’espace public. Ils ont aussi de grosses différences, et cohabitent mal. Ainsi mieux vaut sans doute avoir deux « plans » séparés, même si personne ce matin-là ne l’a relevé. 
  • Le sujet Zéro Artificialisation Nette (une Loi en préparation). On a eu peur que cela condamne les voies vertes et les pistes cyclables le long des routes. On s’achemine vers une prise en compte régionale au lieu de communale, ce qui allègera le poids relatif de ces pistes. Cela se présente bien plutôt au sud du pays où l’Occitanie a pris la compétence routes, contrairement au nord où cette compétence serait plus souvent restée au niveau des intercommunalités. Il ne faudrait pas que le vélo fasse les frais de l’écologie, il faut avoir des vues plus larges.

et aussi …

Ce qui inquiète spécialement M. Gouffier Valente, ce ne sont pas trop les trottinettes mais plutôt l’emprise de la voiture électrique. Pour lui celle-ci n’est qu’une tentative pour faire durer le système automobile. Quant au vélo, il faut casser les stéréotypes, dit-il, le vélo n’est pas un truc de bobos, c’est un truc populaire. 

Les Jeux-Olympiques ne sont pas non plus source de joie, il nous fut confirmé que les infrastructures cyclables avaient du retard. Or les Jeux, pour le député, c’est une société « sportive » avec ce qui va avec, santé, faible coût, calme et apaisement, comme dit la première phrase du kakémono du club :

Le vélo et la marche apaisent l’espace public. 

  1. Vélo&Territoires est l’ancienne association des Départements cyclables, ayant un jour ajouté la mention « et territoires » à son nom. Elle évolue vers une structure opérationnelle, oeuvrant sur les comptages et pilotant des comités de véloroutes. Une fusion avec le Club des « villes et territoires » cyclables ne semble plus à l’ordre du jour, au profit de collaborations comme cette enquête.
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