L’emploi dans le vélo ne profite qu’aux hommes. Une association propose des pistes pour y remédier

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Une enquête menée cet été par l’association Les Roues Libres montre que les femmes ne représentent que 13% des emplois dans la filière technique du cycle, et 20% des effectifs dans les écoles de formation. 

L’association Les Roues Libres donne le résultat de son enquête menée cet été sur les freins et motivations des femmes à entrer dans les métiers du vélo, principalement techniques puisque c’est son coeur de métier. 

Après une enquête par entretiens auprès d’une dizaine de personnes en poste elle a lancé une enquête par questionnaire qui a reçu 598 réponses, d’hommes comme de femmes. 

Pourquoi faut-il des femmes dans le vélo ? Pour l’association c’est un enjeu de diffusion du vélo auprès des femmes, notamment pour que les vélos soient conçus pour les besoins de celles-ci, et c’est bien sûr un enjeu d’emploi puisque 48% des inscrits à pôle emploi sont des femmes.

Les principaux enseignements 

98% des femmes travaillant dans le secteur technique du vélo sont aussi pratiquantes et 91% d’entre elles se rendent au travail à vélo. Leur vision du vélo relève largement de ses atouts, écologique, donnant liberté, autonomie et rapidité. La proposition « dangereux » n’a été retenue que par 22% des répondantes. 

Des apprentissages différents entre femmes et hommes

Les hommes, qu’ils travaillent ou non dans le vélo, réparent davantage eux-mêmes leurs vélos que les femmes. 78 % des répondantes simples pratiquantes ne réparent pas elles-mêmes leur vélo, contre 52% des hommes, mais ce taux s’améliore si elles sont professionnelles. 33% des femmes et 57% des hommes réparent alors eux-même leur vélo.

La « socialisation genrée par l’objet » est un facteur qui pourrait expliquer cette donnée. Comme les hommes elles ont appris par internet ou en atelier associatif, et beaucoup plus qu’eux aussi avec leurs proches ou en formation. Quand les hommes privilégient un seul mode d’apprentissage, les femmes ont recours à plusieurs modes. Les femmes se tournent aussi vers les autres pour apprendre. 

Le fait que les femmes ont recours à des sources d’information variées apporte un éclairage sur la manière dont il faudrait communiquer sur les formations et de comment les animer si l’on veut y attirer plus de femmes. 

Des ambitions équivalentes mais des freins personnels plus grands

Les métiers identifiés par les femmes sont comparables à ceux des hommes, d’abord mécanicienne, coursière ou vendeuse. Les métiers plus haut de gamme sont moins connus, par exemple animatrice en école primaire, guide touristique, ingénieure en mécanique ou logisticienne. 

En reconversion c’est le métier de mécanicienne qui l’emporte aussi (à 88%), suivi par encadrante cyclotouristique (41%). Le métier de vendeuse arrive bon dernier (8%). Les métiers de chargée de mission au plan vélo, directrice d’association ou journaliste n’ont même pas été proposés par les enquêteurs, car ce n’est pas leur secteur d’intervention. Cadreuse non plus. Par contre les autrices soulignent la forte présence des femmes dans les métiers du marketing et de conception (design).  

Des métiers qui ont du sens, et sont mal payés

Si les métiers les plus connus sont perçus par les femmes comme manuels et très masculins, ils sont aussi vus comme des métiers d’avenir, qui ont du sens, et sont mal payés … et où le sexisme sévit. 86% des femmes répondantes ont pu décrire un ou plusieurs agissements sexistes ou sexuels. 

La question du « niveau » et de l’ambiance au travail

La perception du niveau requis est un frein avéré à l’entrée des femmes en formation ou dans le secteur. (Les femmes en général attendent d’avoir 80 % des compétences requises pour candidater à un poste quand les hommes se contentent de 50 % des compétences, a montré dès 2012 Harvard Business Review)

Les femmes qui ne travaillent pas dans le vélo identifient un niveau de pré-requis nécessaire plus élevé pour travailler dans le secteur que celles qui y travaillent déjà. Pourtant dans les cas de reconversion seulement 21% des femmes répondantes ont envisagé de faire une formation contre 33% des hommes. 

Savoir rouler à vélo est un pré requis identifié par toutes les femmes, travaillant ou non dans le vélo. L’association en conclue qu’il y a visiblement nécessité de faire des ponts entre l’apprentissage, la pratique et l’exercice d’un métier. 

Peut-être aussi faudrait-il tenir compte du fait que beaucoup de femmes ont en même temps une autre activité, celle des soins à leurs enfants (80% des familles monoparentales sont féminines) … Un autre aspect se dégage, le fait que les femmes veulent encore plus que les hommes donner du sens à leur travail. 

Le fait que en milieu professionnel ces messieurs leurs balancent des remarques sur leurs compétences (78% des répondantes), ou leurs fassent des blagues douteuses ou des remarques désobligeantes n’arrange rien. Le « pas mal pour une femme » et les « allez les gars » sont légion, tout comme la condescendance, et les clients ne sont pas en reste.

En conclusion

Travailler dans le vélo est étroitement lié à la pratique du vélo. On peut donc dire que la pratique est un puissant levier pour donner envie aux femmes de se former. 

Les autrices suggèrent aussi de faire mieux connaître l’ensemble des métiers du vélo, en les rendant notamment plus concrets, et de valoriser les femmes qui y sont

Il faudra aussi veiller à une bonne articulation entre vie professionnelle et personnelle. Engager une réflexion sur les rémunérations, car aujourd’hui leur faiblesse est source de précarisation et constitue un véritable frein à l’attractivité des métiers. 

Des accords d’entreprise sur l’égalité professionnelle sont une nécessité, tout comme une charte des temps par exemple. L’éradication du sexisme est évidemment une priorité. 

Enfin l’étude suggère de … déconstruire l’idée qu’il faut être passionné pour travailler dans le vélo. Ses autrices pensent même qu’il faut présenter les métiers du vélo autrement que par l’angle des compétences techniques. 

L’association Les Roues Libres n’est pas très connue et il y a une autre association de femmes professionnelles du vélo, les Femmes à vélo fondée en 2022 et dont je vous ai déjà parlé.

L’association Les Roues Libres a pour vocation de faciliter l’accès des femmes demandeuses d’emplois et en reconversion professionnelle aux métiers techniques du vélo. Les Roues Libres oriente, forme, aide à trouver un emploi dans le vélo.
Elle projette déjà un nouveau programme, qui orientera et formera au métier de mécanicienne en réemploi du cycle, en partenariat avec Etudes et Chantiers Île-de-France et l’Ecole des métiers du vélo du Grand-Paris (Enseignement secondaire technique ou professionnel, association créée en juillet 2021, sise 4 bis rue d’Oran, 75018 Paris).  

Les Femmes à vélo semble surtout vouloir porter la parole, pendant que Les Roues libres se présente comme un outil de formation, La 1ère école d’orientation, de formation et d’insertion des femmes dans l’économie du vélo.

Les Roues Libres

Les Femmes à vélo se rencontrent :
A Lyon le 7 novembre.
A Grenoble le 21 novembre 2023.

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