- Les causes de la disparition des hôtels ruraux, quelques signaux positifs
- Les auberges de jeunesse en crise, une relève est assurée
- Le rôle des plateformes de réservation et les chambres d’hôte
- Comment se loger pour une nuit à la campagne? Gites d’étape, chambres d’hôte, camping, logement gratuit, bivouac etc.

Les anciens se souviennent de leur jeunesse. Nous partions à vélo sur les petites routes blanches, nous roulions sur les lieux alors interdits dont on parlait de bouche à oreille, les chemins de halage par exemple, et on trouvait un hôtel dans chaque village au-dessus du café, au moins quelques chambres. Evidemment lavabo dans la chambre, douche et WC à l’étage. Et alors ? On avait soupé, on dormait comme des loirs, et ce n’était pas cher.
Fin de l’hôtellerie rurale
Et puis est intervenu l’arrêté du 25 juin 1980 concernant la sécurité, et son Livre III, chapitre IV, « portant règles spécifiques aux hôtels ».
Section 1 : Prescriptions applicables aux établissements à construire ou à modifier (Articles PO 1 à PO 7)
Les escaliers ont dû être protégés, sinon il fallait faire poser une échelle pompier donnant accès à toutes les chambres. Dans les grands hôtels ils ont même eu à disposer de deux escaliers.
Il fallu se doter de porte anti-incendie, de détecteurs ici ou là, il fut interdit de cuisiner dans la chambre, etc. Et j’en passe, et d’ailleurs les très petits hôtels ont eu des exceptions. Mais lors d’un changement de propriétaire, c’est là que tout a basculé car les mises aux normes devenaient obligatoires.
Aujourd’hui il n’y a quasiment plus de ces hôtels ruraux. J’en ai encore trouvés, modernisés mais gardant l’esprit « travailleurs » , à Brienne-le-château (Hotel des voyageurs), à Longueville-en-Barrois (Le Bellevue), Sauveterre de Guyenne (Hotel de Guyenne) … tous désormais misent sur une clientèle professionnelle et sont ravis des touristes, surtout au mois d’août.
J’en ai aussi trouvé plusieurs sur la véloroute de la Saône, qui s’appelle désormais … d’un nom idiot. N’empêche, Hotel-restaurant routier modernisé à Custines, Le Moulin Cotant à Fontenoy le Chateau … mais justement, font-ils encore hôtel ?
De nombreux établissements sont à vendre partout. Certains qui ont été repris, comme à La Roche, Vernon, Vitry-le-François … virent au communautarisme.


Finalement la réglementation, qui a accru les dépenses obligatoires, l’automobile, qui a permis d’aller facilement voir plus loin, et les autoroutes, qui ont éloigné les bouchons et le bruit mais font passer ailleurs, ont ruiné l’hôtellerie rurale. Et en plus maintenant les routiers et les ouvriers des chantiers sont au forfait, ils dorment donc soit dans leur camion soit … au camping !!! Au passage les villages ont perdu leur meilleur lieu de sociabilité et de services. Les hôtels existant encore dans les campagnes, car il y en a, neufs ou refaits, sont donc à des prix citadins.
Un village sans hôtel-restaurant-bar-épicerie ne peut survivre. Ces différents services se soutiennent mutuellement, mais ne relèvent pas du même métier, ainsi que me l’expliquait un patron landais. Faire les chambres est très exigeant, ce n’est ni le patron ni le cuisinier qui devrait le faire … contrairement à ce qu’il m’est arrivé de voir.
Alors certains ne conservent que le restaurant, d’autres n’ont délibérément que peu de chambres, et elles sont belles, tous vivent du restaurant avant tout. Problème, leur cuisine n’est plus une cuisine de type « routier » comme les aiment les travailleurs des chantiers et les cyclistes, mais quelque chose qui flatte les papilles. A Saint-Justin l’Hôtel de France, bourgeois et roboratif, cherche repreneur. Sur les Allées, à quelques pas, le restaurant Le cadet de Gascogne est plein tous les midi. Il n’y a que 4 chambres, et leur prix commence vers 100 €. A Labastide l’hôtel Au relais gascon (repris après une trentaine d’années de fermeture) affiche ses menus sur facebook, est souvent complet, et ne parle pas de ses 4 chambres pourtant très bien elles aussi.
Je me demande si une partie de la solution ne serait pas d’avoir quelques chambres d’hôtel classique à 2 ou 3 étoiles, et d’autres plus sobres, pour les randonneurs. Peut-être en suivant l’inspiration, très rentable, de certains groupes hôteliers dont je vous parlerai dans le prochain article ? Ou plutôt de ce que fait l’Hostel Quartier Libre dans le Vercors, dont je vous parle plus bas.
Car les randonneurs sont saisonniers, certes, mais ils consomment tout sur place, et ont bonne réputation en tant que clients !
Que fait le gouvernement ?
Le Gouvernement agit, sûrement pas à l’échelle. Cette année 31 commerces ont été lauréats du fonds de soutien au commerce rural. Ils sont répartis dans 10 régions sur les 13 de la France métropolitaine, et concernent des épiceries, bars, boulangeries, ou supérettes. Fin 2023 plus de 6 communes sur 10 ne comptaient aucun commerce de détail, contre 25 % en 1980, et 98% d’entre elles sont en milieu rural. Le Gouvernement avait alors lancé un plan de reconquête (ou de soutien) du commerce en milieu rural. 1200 communes en ont bénéficié, et, depuis 2023, ont eu tout loisir de voir se fermer ces commerces sous respiration artificielle.
La démarche engagée par le milieu associatif semble être bien plus solide, même si sa portée est faible. Le public est invité à investir, au travers de SCOP, dans des projets sérieusement étudiés et dont la présence doit bénéficier à la vie communale. Cela concerne autant la production d’énergie que des écolieux, des terres à exploiter en culture biologique, ou l’action de Villages Vivants.

Ce collectif achète, rénove et loue des locaux vacants (boutiques, friches immobilières, etc.) dans des zones rurales, pour y implanter des activités de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), des commerces de proximité, des tiers-lieux, etc.

Le Mouvement Post-Urbain parle d’un droit à la vie locale, qu’on peut voir comme un droit à la proximité et qui semble plus approprié qu’un « droit à la mobilité » qui s’est en réalité transformé en injonction permanente à rouler…
Ce sont maintenant les portes des villes qui se remplissent d’hôtels de chaîne, en bordure de rocade ou de noeud routier. Le malheur est tel que certains centre-villes se retrouvent vidés de tout commerce, et même de leurs hôtels, et sont morts, plus personne n’y traîne.
Il n’y a plus que des gites d’étape (parfois) et des chambres d’hôtes. Cette dernière catégorie ne fonctionne quasiment plus que grâce aux plateformes de réservation … et sa spécificité tend à disparaître. Un certain renouveau hôtelier se fait sentir aussi. De tout cela nous parlerons dans les prochains chapitres.
Les labels
Dans A vélo de Dieppe à Beauvais, puis encore Clermont – Quittons la côte ! je signale un bon hôtel non labellisé « vélo » à Gournay, et c’est en le parcourant que je me suis rendue compte que je n’allais pas vous parler du label Accueil vélo. La raison en est simple … vous en aurez une idée dans cet article.
Les meilleurs garages à vélo que j’ai eus dans des hôtels ont toujours été dans des hôtels n’ayant pas demandé le label. L’autre auquel je pense est l’Hôtel de l’Europe, à Toul, dont j’avais parlé dans J’ai roulé à vélo de la Lorraine à la Champagne, malgré les autoroutes.
A l’inverse le label était bien présent à l’hôtel à Nantes, mais le « garage à vélo » était une carte magnétique me permettant d’utiliser la boîte municipale de 6 places de l’autre côté du boulevard ! Quant aux campings labellisés, j’ai eu droit à la pompe refoulante comme à l’ignorance même que son camping avait le label. Dans un autre cela nous valait de disposer d’un abri fermé … loin de la tente. Ce n’est pas sérieux, même la Cité des sciences et de l’Industrie à La Villette en est titulaire ! Je ne vais donc pas m’attarder sur ce sujet. Le plus important pour choisir un hôtel ou un quelconque hébergement, outre son prix, c’est qu’il soit à la distance souhaitée et qu’il soit facile à trouver. Et qu’il ait un endroit pour mettre mon vélo à l’abri, évidemment.
Le label de la FFCT était plus crédible car ses établissements étaient repérés par les cyclos, qui ont tous des vélos chers … mais il semble abandonné. Je n’en trouve pas trace sur leur site même si on voit encore d’assez récents écussons sur certaines façades.




