Vélos dans les trains, les progrès se font attendre

Le transport des vélos dans les trains est une vieille histoire depuis l’époque où la SNCF s’est rendu compte qu’il y avait affluence. Depuis, au lieu de répondre à la demande de ces voyageurs solvables, elle s’échine à leur empoisonner la vie. L’épisode en cours se joue à Paris et à Bruxelles en parallèle : qui le premier laissera entrer 8 vélos d’un coup dans un train ??? 

Elle cherche un train tout bête de Paris à Metz, où elle veut rejoindre des amis pour un périple à vélo. Il n’y a aucun moyen d’emporter son vélo et elle finira par renoncer.
« Je voudrais rejoindre Roscof en train depuis Toulouse pour faire l’euro V 4, galère, je ne trouve pas de tain pour mettre mon vélo.  Qui a eu cette expérience? même dans une grande ville proche » implore une autre.
Le forum de Cyclo-camping international regorge de demandes d’aide pour aller de Zürich à Budapest, ou du Mans à Strasbourg.

  • Le règlement européen au point mort
  • Double jeu du gouvernement français ?
  • Si la France ne veut pas l’Europe pourrait l’y obliger
  • Le tourisme à vélo explose

 A l’heure où l’avion a mauvaise presse et où les citoyens sont prêts à s’en passer, il n’y a toujours aucun moyen de trouver facilement les trains qui prennent les vélos. La demande explose, et on se souvient de ces familles rejetées du train sur la Loire à vélo qui ont fait scandale l’an dernier. Ce blog a lui-même souvent traité ce sujet épineux.

Certes l’information s’est un peu améliorée grâce aux agences étrangères (la DB, la Suisse) ou française (Capitaine train) qui ont montré que ce qui depuis plusieurs années « sera possible l’année prochaine, on vous promet » n’avait besoin que d’un bon informaticien. Depuis 2014 l’information figure en clair à peu près partout, et même à la SNCF (mais pas toujours fiable ou homogène, ni ne correspondant à la logique du voyageur). Il le fallait, mais il faut aussi des trains. 

Le règlement européen au point mort

En 2007, un texte reconnaissant le droit des cyclistes à voyager en train avec leur vélo avait déjà été voté par le parlement européen mais il était accompagné de considérations qui permettaient aux compagnies ferroviaires de s’en exonérer.  Elles l’ont souvent fait et pas seulement en France.

En novembre 2018, dans le cadre de la révision du règlement des droits des voyageurs ferroviaires, le parlement européen avait voté à une large majorité la création de huit places pour les vélos (non démontés, cela va de soit) dans tous les trains neufs et rénovés. 

Ce texte conditionne son application à des considérations de sécurité ou autres contraintes techniques qui ne sont souvent que des échappatoires. 

Pour être applicable, le texte doit encore être négocié avec le conseil européen (les gouvernements). C’est ce qu’on appelle le trilogue (comme dialogue à trois) car la commission européenne s’invite au jeu pour rapprocher les deux parties (le Conseil et le Parlement) et aboutir à un texte commun.
Sans accord, le texte est mis à la poubelle. Cela arrive rarement, nous dit CyclotransEurope, mais cela ne doit pas conduire à accepter un accord trop bas de gamme. 

L’Allemagne vient de succéder à la Croatie à la présidence de la Commission européenne

La présidence croate souhaitait un accord pendant son mandat, mais le confinement a tout retardé. Le trilogue a repris récemment sous l’égide de l’Allemagne. Certains Etats sont favorables à ce nouveau droit pour les cyclistes (l’Autriche, le Luxembourg) mais pas la France. Paris semble jouer un double jeu, pour le vélo à Paris, mais contre à Bruxelles.

Double jeu du gouvernement français ?

Il y a une quinzaine d’années, la SNCF devenait la première compagnie ferroviaire à accepter l’emport des vélos dans ses trains à grande vitesse. La compagnie publique avait compris avant les autres l’avenir du vélo en matière de tourisme, et peut-être avait-elle même remarqué que les vélos au départ de la gare Saint-Lazare le dimanche ne gênaient personne.

Avancées et reculades, bonne volonté et tyrannie,
une trop longue histoire

La régionalisation des services ferroviaires régionaux, à partir de 1995, avait été l’occasion de progrès notables, les régions, finançant le matériel, se retrouvaient en capacité d’avoir des exigences de service. Les TER avaient été annoncés au public comme toujours ouverts aux vélos. Aujourd’hui les nouveaux trains TER sont généralement confortables, mais pas toujours autorisés aux cyclistes. 

Rapidement les possibilités ont été rognées par des considération à courte vue comme la création des TGV à deux niveaux ou la suppression de nombreuses dessertes (Paris-La Bretagne, Bordeaux-Lyon … ). Certains TGV ont eu, puis ont perdu, des places assez commodes pour 2 vélos par rame (voiture 1 et 11) sur réservation. Les intercités ont ajouté au trouble, accueillant normalement les vélos, parfois suspendus par la roue avant, parfois gratuitement, sinon au prix forfaitaire de 5 ou 10 €, sur réservation. La quasi-disparition des trains de nuit et la surcharge de certains TER n’ont rien arrangé.

les TGV Nantes Paris et Paris Dunkerque qui auparavant acceptaient les vélos ne les prendront plus à partir du mois prochain.

De plus les possibilités ont souffert de changements fréquents empêchant les clients de mémoriser les possibilités et d’y adapter leurs projets, d’autant que l’information primaire a très longtemps été défaillante, et même incohérente d’un support à l’autre et avec la réalité ! La SNCF est une bien lourde machine où les souhaits du président peuvent rejoindre les avis des cheminots au contact du public mais être arrêtés par les cadres parisiens obsédés par les chiffres et la sécurité.  

Tout cela au fil du temps a rendu les voyages avec un vélo incertains, compliqués et stressants, et même fréquemment tout simplement impossibles. Cela fait, chers jeunes lecteurs, une quarantaine d’années que ce problème nous occupe. Moi-même j’ai commencé à « négocier » avec (me faire balader par) la SNCF dans les années 80, à des titres divers, et aujourd’hui les associations y sont encore.  

L’engagement du gouvernement Philippe

Pourtant l’engagement du gouvernement français en faveur du vélo, incarné par Elisabeth Borne jusqu’à cette semaine, est certain. Celui de Barbara Pompili, qui lui succède, aussi, ainsi qu’on a pu le constater encore lors des débats de  Commission de l’aménagement durable sous sa présidence. Grâce à elles, notamment, la loi d’orientation des mobilités (LOM) stipule  que « les matériels neufs et rénovés affectés à la réalisation des services ferroviaires de transport de voyageurs (…) à l’exception des services urbains, prévoient des emplacements destinés au transport de vélos non démontés ».  (article 5)

Les organisations de promotion du vélo demandent que soit introduit un nombre minimal de huit places dans le décret d’application. Le projet de décret a été envoyé à la FUB, qui a travaillé avec les autres associations concernées pour le modifier dans le sens attendu par les cyclistes. La FNAUT, la FUB, FNE, l’AF3V, les Amis de la Nature, CyclotransEurope ont écrit à Elisabeth Borne pour lui signifier que les huit emplacements pour vélos dans chaque train étaient non négociables, alors que les opérateurs disent accepter une obligation de deux places seulement. 

Le décret devait être publié début juillet. D’après le Canard enchaîné de cette semaine le décret pourrait être publié en septembre.

Les 8 places minimum concernent autant les trains du quotidien pour les travailleurs ayant besoin de leur vélo en gare de départ et d’arrivée que les trains de loisirs. 8 places c’est aussi la possibilité pour des familles de voyager en train. C’est, enfin, assez de place pour loger des tandems, des vélo-cargos ou des vélos couchés.

Si la France ne veut pas, l’Europe pourrait l’y obliger

Le raisonnement des associations est que à défaut de décret favorable en France l’Europe pourrait rendre obligatoire le même contenu.

La coalition des organisations de promotion du vélo (les mêmes que ci-dessus, rejointes par la FFvélo, Vélorution, MDB-IDF, FNH et bien d’autres) a aussi écrit une lettre à Jean-Pierre Farandou, président de la SNCF, pour demander à renouer une concertation régulière. Mais le salut pourrait venir des trains étrangers (l’Autriche par exemple développe à fond les trains de nuit), ou de la concurrence. La compagnie Railcoop a fait savoir que sur la ligne Lyon-Bordeaux, le matériel roulant disposera d’un espace spécifiquement dédié au stockage des vélos d’environ 19m².

Samedi dernier les cyclistes manifestaient à Caen et à Paris.

Le tourisme à vélo explose
et le train est son serviteur

Les 58 itinéraires cyclistes programmées en France (69% de réalisé) et les 12 itinéraires internationaux passant par la France, tous réalisés maintenant, ne demandent qu’à servir. La France est devenue le second pays, après l’Allemagne, comme destination de vélotourisme.  Dans 10 ans elle aura presque 9000 km de réalisés, pronostique Vélo&Territoires, l’association des départements cyclables. Encore faut-il pouvoir rejoindre ces itinéraires, ou en revenir, et pour ça c’est train ou auto, le premier étant à tous points de vue (commodité comme coûts sociaux et environnement) infiniment supérieur. Certains pensent même à l’avion …

L’été prochain, nous envisageons un tour en Hongrie puis en Roumanie. Et comme on a décidé de s’interdire l’avion sur les trajets réalisables autrement, on envisage d’y aller en train.
Il y a bien un train de nuit Zurich – Budapest… (EN467, départ 21h40), seulement voilà : impossible de savoir s’il accepte les vélos… Le site de réservation de la SBB semble dire que non. Le site de la compagnie hongroise semble dire que oui.

En 2017 à la gare de Budapest on m’avait dit que les vélos pouvaient être transportés mais c’était complet les 15 jours prochains. Il faut réserver bien à l’avance mais auprès de qui, c’est la question. 

Relevé dans le forum de Cyclo-camping international

Alors que l’hôtellerie est fort touchée par la crise sanitaire et par les règles à appliquer cet été (surtout celle de ne pas louer la chambre pendant 48 heures après un départ), que l’économie rurale repose beaucoup sur l’hôtellerie-restauration comme nous l’avions très bien montré dans l’article Les hôtels ruraux souffrent mais ignorent les cyclistes, on voudrait « relancer » l’économie en faisant exprès de favoriser les modes de déplacement destructeurs de la planète ? C’est idiot, puisqu’on l’a, la fameuse alternative à l’auto, elle s’appelle le-train-et-le-vélo ! Il suffirait d’y penser.

Quelque chose me dit que tout serait plus simple si l’on pensait en termes globaux, ou d’intérêt général, plutôt qu’en termes d’entreprise, d’industrie ou de filière. N’est-ce pas le rôle d’un gouvernement que d’y veiller, un oeil sur le passé et deux yeux sur l’avenir ? 

Comme dit CycloTransEurope, depuis quand un cycliste n’est-il pas aussi un voyageur ? Et mon avis, c’est que 8 places c’est vraiment « au moins ». J’ai déjà vu des trains, en France comme ailleurs, en banlieue de Copenhague par exemple, où tout le niveau bas, ou un demi-wagon, est réservé à … tout : vélos, paniers de marché avec oies vivantes, poussettes, d’jeunes, solitaires, fuyants … La polyvalence c’est le secret du remplissage… 

Depuis le mois de juin, embarquer son vélo dans les trains en Belgique est gratuit, divulgue l’association GRACQ. Très bien, peut-être, mais l’offre a aussi régressé, comme elle l’indique en invitant à prendre exemple sur la Loire à vélo. (18 juillet)

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10 réflexions au sujet de “Vélos dans les trains, les progrès se font attendre”

  1. Petit truc dont je me suis rendu récemment compte sur le site de la sncf, les TER sont systématiquement répertoriés comme n’acceptant pas les vélos, ce qui est bien sûr faux, il est juste impossible d’y réserver une place pour son vélo.

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  2. Le plus compliqué, c’est quand on veut relier deux villes en empruntant successivement un TER et un TGV. Impossible de faire un réservation simple en citant chaque ville car le trajet en TER est réputé ne pas avoir de réservation avec vélo. Il faut étudier l’itinéraire et le tronçonner en trouvant soi-même les correspondances. D’autre part, l’alternative au TGV consiste à tâtonner sur le site de la SNCF pour coller entre eux des trajets cohérents. L’année dernière, nous avons dû changer 5 fois de train entre Caen et Valence ! Ce fut la partie la plus sportive de notre randonnée !

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  3. Une solution, le vélo pliant! Ce n’est pas la panacée pour le cyclotourisme mais c’est une des seules façons d’être sûr d’arriver à bon port! J’ai un Strida (bons pour les déplacements urbains), les Brompton sont un peu plus « comfortables »! Tout ce que je sais faire, c’est m’adapter!

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  4. En complément du train, il faudrait aussi développer de façon permanence les bus avec possibilité de prendre les vélos. Ça existe déjà dans certains pays et même en France dans certaines régions (en été). Ça permet de désenclaver les territoires.

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    • Le bus est clairement un pis aller. Dans un pays dénué d’infrastructure ferroviaire, pas le choix. Mais quand on a un réseau qui nécessite juste d’être entretenu correctement c’est quand même scandaleux de pousser tout le monde vers la solution la plus dangereuse, la plus polluante, la moins respectueuse des engagements de l’accord de Paris et enfin la moins confortable.

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  5. Je vais faire une petite boutade, mais si vous voulez une solution rapide et économique pour monter votre vélo dans un train, rien de plus simple: quittez la France et aller dans un pays du nord.

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  6. Juillet 2019 (Amsterdam-Copenhague-Berlin à vélo):
    Je me présente au guichet SNCF de Lyon Part-Dieu pour acheter des billets pour un trajet entre Lyon et Amsterdam, départ de mon voyage à vélo. Je précise alors que la portion au départ de Bâle (la ligne le long du Rhin) nécessite une réservation pour vélo, c’est un trajet que j’ai déjà fait. L’employé m’assure que non, et refuse de me vendre un billet vélo, malgré mon insistance. Résultat, deux jours plus tard, dans le train on me demande de descendre et je dois trouver un hébergement en cours de route avant de repartir le lendemain avec les lignes régionales (sans résa).

    Juillet 2020 (Berlin-Prague-Vienne à vélo): Même demande pour un trajet de Lyon à Berlin. Là l’employé me montre son ordinateur et me dit « Mais regardez, mon logiciel a 30 ans, je ne peux pas vous vendre un trajet jusqu’à Berlin. » Je repars avec un prospectus pour l’interrail (« de toute façon s’il fait mauvais temps vous prendrez le train ») et un autre sur la Suisse (où je ne vais pas, mais « vous y passerez peut-être » me dit-on). Il a même refusé de me vendre les billets TER Lyon-Bâle car son ordi ne disait pas que les vélos y étaient acceptés. Il m’a conseillé de passer par internet (« c’est la seule solution »).

    La solution pour moi depuis Lyon: me débrouilller avec les TER jusqu’à Bâle (Lyon-Belfort-Mulhouse, billets achetés aux automates) et là acheter des billets pour ma destination finale. C’est ce que j’ai fait et referai l’an prochain pour partir à Vienne. Il m’a fallu l’autre jour moins de cinq minutes au guichet de la gare de Vienne pour obtenir un retour avec vélo entre Vienne et Bâle, avec réservation sur le Vienne-Zurich, pour un trajet le lendemain.

    Donc oui, il faut que les trains acceptent les vélos, mais il faut aussi que les employés SNCF soient en capacité de vendre les billets. Je suis contre la suppression de tous les guichets dans les gares, mais pour certains trajets je sais qu’il ne faut surtout pas passer par eux. Et ce n’est pas d’ajouter des racks à vélo dans certaines voitures qui va régler ce problème.

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