Les ZFE viennent d’être annulées par l’Assemblée Nationale (voir mise à jour en bas). Créées en 2019 elles n’avaient jamais pris. En 2018 15 territoires volontaires les avaient testées, sur des actions parfois assez timides. Très vite elles demandèrent l’autorisation de mettre des contrôles automatiques, qui ne fut pas accordée. En 2023 le président de la métropole de Lyon mettait fin à la sienne, accusant le Gouvernement de ne pas avoir donné les moyens de bien faire. Rien n’allait, et les règles d’application différaient d’une ville à l’autre, rendant fous commerciaux et livreurs. On peut parler de décisions sans pilote, cela ne pouvait qu’échouer.
Les Zones à Faible Emission, ZFE, n’ont fait qu’encourager le changement de voiture, ce que seuls les riches peuvent faire, et auront aidé l’industrie automobile. C’était du « On continue comme avant », on adapte juste un peu sur les bords. Evidemment, car ce qu’il fallait faire c’est s’arranger pour qu’il y ait moins d’autos, et moins d’obligation (ou d’habitude) d’en utiliser.
▶️ Zones à trafic limité et politiques de mobilité, ça ne passe pas, octobre 2018
L’association Respire, avec CleanCities et la Fabrique des Mobilités, montrait alors qu’une autre option était bien meilleure que les zones à voitures neuves. Il s’agissait des zones à trafic limité, ou ZTL. Dans cette dernière les automobilistes ont tous les mêmes droits, un certain nombre d’entrées par période, quelle que soit la qualité de leur auto. Ainsi, justement, les personnes ne pouvant faire autrement, parmi les travailleurs mobiles, précaires ou en horaires décalés, ne se retrouvaient pas désarmés. Et s’ils n’avaient pas besoin de leurs droits ils pouvaient les revendre. Respire plaidait d’ailleurs pour qu’on en profite pour promouvoir les véhicules intermédiaires, deux coups d’un seul.
▶️ Les véhicules intermédiaires doivent jouer un rôle important dans les zones à faibles émissions (ZFE), juillet 2023
Les Zones à Trafic Limité, ZTL, en France et ailleurs
Paris a créé une zone à trafic limité, fin 2024, sans mérite excessif car les sens interdits de la zone étaient déjà très dissuasifs. Elle n’est pas encore passée au contrôle … On peut considérer que Besançon ou Strasbourg sont les avant-gardistes des zones à trafic limité, puisque cela était déjà en place à la fin des années 80, sans réglementation ni contrôles, juste en créant un plan de circulation en marguerite (vous pouvez entrer en auto, mais pas traverser). A Strasbourg ce fut l’acte inaugural et marquant de la nouvelle maire, une certaine Catherine Trautmann. Londres (Congestion Charging, zone de péage urbain, instituée en 2003) et bien d’autres villes ont depuis institué des zones contrôlées. Il y en a un petit panorama sur le site du Cerema.

Moins de voitures donne aussi moins de pollution, et c’est un système très juste, pensez-y. La métropole européenne de Lille l’avait envisagé de très près sous une forme différente nommée Ecobonus et étudiée par Mathieu Chassignet.
Ce projet consiste en la mise en place d’un péage inversé sur le territoire de la métropole, avec un système d’incitations financières pour limiter l’utilisation des grands axes aux heures de pointes (l’idée est de provoquer un report modal, des horaires décalés, du télétravail, etc.).
Isabelle et le vélo, avril 2019
En 2019 le système fut jugé trop complexe et l’idée de sa mise en oeuvre abandonnée.
Fin de partie pour les Zones à Faible Emission, ZFE
Les zones à faible émissions (ZFE) seront instaurées obligatoirement au premier janvier prochain apprenions-nous en mars 24. Puis plus rien.
Aujourd’hui l’association Respire regrette l’abandon des ZFE, accusant le gouvernement d’abandonner les questions de santé publique. « Les députés font le choix délibéré d’empoisonner les Français » disent-ils … Je ne comprend pas pourquoi ils s’en tiennent là, au lieu de ressortir les Zones à trafic limité. A ma question je n’ai pas eu de réponse. A la place ils plaident pour l’abandon du diesel, ce qui est toujours maintenir le système automobile.
Quant à Mathieu Chassignet il vient d’être élu conseiller municipal à Lille, délégué à la Marche, au Vélo, aux Mobilités actives, aux Nouvelles mobilités, et à la Logistique urbaine … Il me fait remarquer qu’il n’est aux responsabilités que pour la ville de Lille… et que la ZFE est un sujet qui concerne l’échelle métropolitaine. Il précise que la Métropole avait mis en place une ZFE a minima (véhicules non-classés uniquement et avec peu ou pas de contrôle). Pour lui la suppression de la ZFE ne changera donc pas grand chose… et malheureusement ça ne changera pas non plus la qualité de l’air (la pollution est responsable de 1700 morts prématurés par an sur le périmètre de la métropole), ajoute-t-il.
⏩️ Y a-t-il un pilote de la politique de la circulation dans l’espace public ? Question sans réponse.
20 avril 26, vers 19 h 30
Bon Pote nous informe :
Le gouvernement a bien tenté de sauver les ZFE, dispositif qu’il avait lui-même instauré, en proposant un contre-amendement : les maintenir tout en les rendant seulement facultatives pour les métropoles. (…) Une majorité de députés a voté contre, actant définitivement leur suppression. Seuls le bloc central et les socialistes ont soutenu la stratégie de sauvetage du gouvernement.
Cet amendement a été rejeté par le RN, 108 voix, par les Droite, 40 voix, et par les écologistes, 17 voix.
Et de conclure :
Dernière porte de sortie (…) : nombreux sont ceux qui considèrent l’amendement (…) sur la suppression des ZFE comme un “cavalier législatif”, (…). Si le Conseil constitutionnel le considère comme tel, la suppression des ZFE pourrait être retoquée.
(…) la France s’expose également à des sanctions européennes. (…) [elle] est déjà dans les radars de la justice européenne pour mauvaise qualité de l’air, une situation qui ne pourra qu’empirer à l’approche des objectifs plus stricts fixés pour 2030.
Voir l’ensemble de l’article : L’Assemblée nationale abandonne définitivement les ZFE





J’ai du mal à comprendre. Le renouvellement naturel du parc automobile suffit à faire baisser la pollution. Combien reste-il de voitures achetées en 1998 par exemple ? des voiture qui ont 28 ans, Il ne doit pas y en avoir beaucoup. Non ? D’où vient cet empressement ?
Il me semble, qu’au-delà du principe des ZFE (qui après tout existent dans d’autres pays européens sans avoir suscité tant de blocages), c’est la façon de définir les vignettes Crit’air, sur lesquelles les ZFE se basent qui pose problème. En effet, la classe Crit’air d’un véhicule ne dépend que de deux facteurs : le carburant principal et l’année d’immatriculation. Autrement dit, un énorme SUV essence de 2025 a une bien meilleure vignette qu’une petite citadine de 1996. Or, quand bien même j’entends que la technologie a évolué, j’ai un gros doute sur le fait que la petite citadine de 50 chevaux pollue plus que le gros SUV de 250…
C’est d’autant plus regrettable, qu’une information présente sur la carte grise aurait pu moduler ces deux facteurs retenus : le niveau d’émission de CO2. Ce dernier étant, en première approximation, proportionnel à la consommation de carburant et les émissions polluantes, à niveau technologique équivalent, le sont aussi. On aurait pu avoir un calcul avec trois paramètres, qui aurait pris en compte, la puissance, le poids et aérodynamisme des véhicules. Ça n’aurait pas réglé tous les problèmes, mais les ZFE auraient probablement été un peu plus acceptables.
Par contre, je rejoins sur les ZTL, c’est bien plus efficace et assez simple à mettre en œuvre (à Nantes, des vignettes sont distribuées aux usagers qui ont le droit de circuler) et c’est très efficace (pour Nantes, le trafic avait été divisé par dix à la mise en place de la ZTL).
Je n’ai en revanche jamais compris les arguments de mesure anti-pauvres, alors que les populations les plus touchées par la pollution de l’air due aux véhicules sont les habitants des grands ensembles situés à proximité des grands axes routiers, pour certains tellement pauvres qu’ils n’ont même pas les moyens d’avoir une voiture (on parle volontiers des « ‘pauvres » automobilistes, en oubliant souvent que les plus pauvres n’ont généralement pas les moyens d’être automobiliste).
Je crois que cela ne sert à rien d’embêter ces rares possesseurs de vieilles autos, alors que justement ils ne gênent personne. Leurs autos ont beaucoup d’importance pour leur propriétaire, et on doit le respecter.
D’accord avec tout ce qui est écrit dans cet article. Merci d’avoir cité Besançon, même si, hélas, le nouveau maire est une catastrophe qui veut remettre de la voiture dans tous les sens et à toutes les sauces dans une ville qui avait jusqu’ici été plutôt innovante sur la manière de s’en passer, au moins dans le centre.
Finalement, le seul effet concret des ZFE aura été de contribuer à faire détester les écologistes alors qu’à la base cette idée était plutôt de droite (apparition en France sous Sarkozy sous le nom de ZAPA). C’est en grande partie la faute des écolos qui se sont rués dessus sans réfléchir, et sans se rendre compte que les ZTL étaient beaucoup plus pertinentes, tandis que la droite s’est bien gardée de rappeler d’où venait la mesure une fois qu’on a constaté son impopularité.
J’espère les ZFE définitivement enterrées, et j’espère que les ZTL verront le jour un jour pour de bon.