Les industriels sont bien obligés d’avoir l’air contents, alors quand les ventes baissent ils se disent que c’est le signe que les citoyens deviennent plus raisonnables et qu’ils misent sur l’entretien de leur monture. Voilà pour l’écologie. Lors de leur conférence de presse annuelle sur leurs résultats, le 28 avril au sein du salon Velo in Paris, ils ont tenté de faire bonne figure … comme tout commerçant en difficulté.
Nos sympathiques représentants des professionnels (plutôt des gros) comprennent que la modestie et la féminitude leur a un peu manqué (sur la seconde ils ont dû lire isabelle et le vélo) et savent bien que Florence Gall (APIC) et Amélie Guicheney (vélos GAYA), cela ne fait que deux femmes parmi eux et que ça ne suffit pas.
▶️ Fête de la Femme, des femmes et enfants, ou bien des Hommes entourés de Femmes ? 8 mars 2026 (avec quelques images les concernant sérieusement …)
Moins de ventes
Ils constatent une stagnation des ventes de vélo-cargo et de vélos tout court, et voient que les VAE sont sur une pente assez raide, tout en restant au-dessus de la ligne de flottaison d’avant covid. Les électrifiés représentent quand même la moitié des ventes et la marge est de plus en plus intéressante, jusqu’à un tiers de plus qu’avant le covid. De même si les prix des vélos baissent (se vendant en moyenne 350 €, soit la moitié d’un i-phone), celui des pliants et des de sport augmente encore.
Ils reconnaissent aussi que s’ils ne vendent plus de vélos d’enfants c’est tout simplement parce qu’il y a moins d’enfants qu’avant. Voilà au moins quelque chose qu’ils ont compris.




Pour ce qui est du VAE « de déplacement », c’est-à-dire de ville, qu’ils semblent découvrir, plusieurs facteurs expliquent à leurs yeux son manque de dynamisme. Comme ils sont chers les clients essayent plutôt de les faire réparer, et en plus il n’y a plus beaucoup d’aides à l’achat, expliquent-ils. Alors les représentants des industriels commencent à miser pas mal sur les entreprises « pour rendre le vélo désirable ». Les vélos de fonction et les achats via le forfait mobilité durable pourraient jouer ce rôle. La location aussi se développe, ce qui nous fait constater que la crise se reporte sur les détaillants plus que sur les industriels.
De mon côté je trouve que les professionnels font preuve d’hésitation, voire de bizarrerie. Un exemple découvert quelques jours après : CYGO, l’Union des Entreprises du Cycle du Grand Ouest, en partenariat avec 3 sociétés, organise une course. 16 équipes de jeunes étudiants s’affrontent dans une épreuve consistant à parcourir 20 kilomètres en utilisant le moins d’énergie possible. Pour cela chaque équipe a reçu en début d’année scolaire … un vélo à assistance électrique. La France est remplie d’écologistes, mais l’économie passe toujours devant, comme on l’avait vu au colloque d’Orléans.
Occasion et réparation deviennent les mamelles de l’industrie du vélo
En fait c’est le secteur de la réparation qui gagne, jusqu’à il y a peu ignoré des industriels, voire même quelque peu méprisé. Désormais ils l’affirment, sans atelier il n’y a pas plus de vie dans le magasin que dans un restaurant sans cuisine. Vendre ne suffit pas, ont-ils compris, et sans doute pensent-ils particulièrement à une certaine chaîne vouée au vélo de ville dont l’atelier est notoirement des plus riquiqui.
▶️ Dans le vélo, aujourd’hui c’est la réparation qui marche le mieux, avril 2025, avec un chapitre sur les femmes, déjà.
Et tant qu’ils y sont, ils se mettent à vanter les mérites du secteur de l’occasion ! Peut-être pensent-ils alors à une autre chaîne, vouée au vélo de sport, qui pratique déjà vente d’occasion, location et réparation.



La réparation prend son essor … mais rapporte toujours bien peu
Mais nul n’évoque le fait que ces activités de main-d’oeuvre, tout particulièrement la réparation-entretien, impuissantes à faire des marges importantes, souffrent avant tout de quoi ? Elles souffrent avant tout du prix des loyers, ou du foncier. C’est là-dessus que la filière doit se pencher, et vite ! Je parie qu’ils n’y avaient même pas pensé.
Ces messieurs se rendent compte que le mythe du vélo Tour de France ne remplit plus les magasins. Ils comprennent qu’un discours national d’ampleur sur le vélo serait le bienvenu (attention, ce discours parlerait surtout de vélo de déplacement !), et que les magasins doivent devenir de véritables lieux de vie, … atelier compris ! Jusqu’alors l’atelier était comme la cuisine, indispensable, certes, mais entrée interdite, royaume de la patronne ou du patron.
Enfin ils fustigent ce qu’ils appellent les faux-vélos (des petits deux-roues électriques au pédalage facultatif, voire inexistant), et réclament au gouvernement des mesures drastiques contre eux (La Ville de Paris serait en train d’y réfléchir, selon CNews, ce 3 mai 26). A eux de trouver le bon interlocuteur. On me rapporte que certains ministres logiques pour le sujet ne savent même pas que le plan vélo a disparu.
J’ai quand même l’impression que leur vraie culture c’est le vélo de sport et de bonhomme, et que le reste n’a d’intérêt pour eux que par ce qu’il rapporte. Et voilà qu’ils doivent faire avec l’occasion, le loué et le réparé …


Le sport, pourtant, n’est pas le tout du vélo, et les femmes n’y sont pas majoritaires
M. Briscadieu plaisante à moitié en concluant que l’avenir repose sur l’invention d’un bon antivol et d’un système empêchant les accidents, ce qu’il illustre, certainement sans s’en rendre compte, par une description d’une sortie du dimanche matin. Hommes et sport, les deux piliers de son industrie … bien loin du vélo de déplacement et du vélo de tout le monde.
◀️ Vélo-morosité au salon Vélo-in-Paris, 5 mai 2026
P.S. C’est la même chose dans la presse cyclosportive. Feuilletez le Vélomagazine n° 650 (mai 2026) … des articles dont titre et présentation me font lécher les babines, un dossier qui va être passionnant (GIRO, une histoire renversante) … pas une seule signature, pas une seule photographie … un monde de sport et d’hommes. (Pour le numéro je laisse réagir les plus farouches puristes.)
Peut-être auriez-vous souhaité une présentation plus claire. J’ai trouvé ça :
Le marché ne s’effondre pas. Il est en train de muter.
La croissance existe mais en-dehors du neuf, sur le service, l’entretien et l’achat de vélos d’occasion reconditionnés.
Ekstere (vélos électriques d’occasion)





