Les résultats de la filière du vélo, présentés au salon Vélo in Paris
Entendre les patrons de Sport&Cycles se réjouir que le marché de la réparation soit en plein essor, alors-même que celui de la vente est à la peine, voilà qui est nouveau. L’an dernier ils le disaient déjà, mais tournaient autour sans oser s’en réjouir. Maintenant ils vont jusqu’à dire que c’est la preuve que leur production est vertueuse puisqu’elle est réparable ad vitam aeternam.
▶️ La morosité de l’industrie du cycle étalée en plein jour. Mai 2024
Le salon Vélo in Paris accueillait vendredi l’immuable conférence annuelle sur l’activité économique du secteur du cycle en France. En voici quelques échos.

-1- En 2024 les ventes de vélos neufs ont baissé, les ventes d’accessoires et gadgets sont restées stables, et la réparation a augmenté
Pourtant il faut relativiser, les ventes en 2024 étaient, en valeur comme en volume, à + 33% par rapport à 2019, l’année de référence car la dernière avant le Covid.
Ce sont surtout les VTT et les vélos d’enfants qui baissent; les VAE ont aussi baissé de environ 16% par rapport à 2023, mais sont restés plus haut qu’en 2019.
Paradoxe, en 2024, suite à l’euphorie post-covid (qui a trompé tout le monde) les stocks en magasins étaient excessifs, ce qui a provoqué des baisses de prix. Les clients auraient pu réaliser de très bonnes affaires, avec un choix important, et pourtant cela n’a pas pris.
Des belles affaires qui n’ont pas été saisies
Les raisons semblent en être d’abord une réaction d’épargne chez les particuliers, dont on dit qu’à elle seule elle pourrait payer la dette du pays, et la montée en puissance d’un quasi nouveau métier, celui du « reconditionneur » en tous cas le renouveau de la vente d’occasion.
En 2024, seuls ont véritablement augmenté leurs ventes les vélos de course à assistance électrique (!) et celles de vélo-cargos, ainsi que tout ce qui touche à la cyclo-logistique. Les vélos de route ou gravels se maintiennent et représentent 10% des ventes.
Le VAE continuera de grossir, est-on persuadé, comme il l’a fait aux Pays-Bas et en Allemagne. Mais pour cela … nos industriels l’ont compris depuis quelques temps, et le répètent, il faut une vraie politique du vélo, des infrastructures et des services. Il faut de la sécurité et du stationnement, des pistes cyclables et des services de réparation.
Le vélo ne vit pas sans environnement favorable
Il faut aussi des signaux comme des aides à l’achat, à condition que ce soit simple, comme l’étaient les 200 € du bonus écologique, sans condition de ressource. Cela facilitait le passage au premier achat, et la découverte du vélo qui va avec, suivi de l’abandon partiel ou total de l’automobile.
▶️ 200 € (pas « de plus ») pour passer au VAE. Février 2019
C’est 50 fois plus pour l’aide à l’achat de voitures électriques, une mesure toujours en vigueur sans conditions de revenus.

-2- Les autres secteurs de profit qui vont forcément augmenter
Les ventes aux institutions
Le vélo de fonction (déjà + 16% en 2024), avec des modalités à déployer telles que le leasing par l’entreprise.
Le vélo de collectivité, qui prend bien surtout en zones rurales.
Les ventes de pièces détachées
La bonne tenue de la vente de pièces d’usure contraste avec la baisse des ventes d’accessoires et de gadgets, ce qui montre que les vélos sont de bonne qualité, et même que, comme dit Patrick Guinard, « notre produit est vertueux ».
La réparation
Si le secteur de la réparation ne représente encore qu’une faible part de la valeur, son volume a été multiplié par 3 en 5 ans, si bien que désormais on répare trois fois plus de vélos qu’on en achète, et la durée de vie des vélos augmente. Il va falloir qu’on se décide à bien considérer les mécaniciens, remarque Patrick Guinard, dans un syndicat effectivement dominé par les grands groupes.
Le bonus repar vélo rembourse 15 € par réparation de 65 €, le tout géré par Ecologic, l’opérateur de recyclage des vélos. Il faut que le réparateur soit labellisé… et ils sont peu nombreux. Il faut reconnaître que la promotion a été assez discrète, et les exceptions à la prise en compte plutôt nombreuses.
-3- Qui roule ?
Pour 1/3 c’est pour le sport, mais le velotaf augmente fort dans certaines villes, Bordeaux ou Rouen par exemple nous a-t-on dit.
Les orateurs étant presque tous masculins (ils ne sont pas tous sur la photo), on ne s’étonnera pas de leur question « Et les femmes ? » ni de leur réponse tout à notre honneur : si nous roulons un peu moins c’est juste que nous ne sommes pas des casse-cous inconscientes. Ils en concluent à fort juste titre que ce qui manque c’est de la sécurité sur la route et une politique sérieuse du stationnement. C’est comme pour les VAE, donc c’est plus ou moins pour tout le monde.


▶️ Oh comme cela me rappelle septembre 2019 et ses douceurs féminines !!! Le même geste gracieux de la femme attachant son casque ! Il n’y a même pas dix ans, il ne faut brusquer personne !
Par contre l’ignorance de certaines réalités règne encore. Oui, nous nous sentons plus en sécurité sur un vélo que à la portée des mains baladeuses des transports publics, mais non, le vélo dans le train ce n’est pas une question de velotaf (pour laquelle la réponse c’est les deux parkings) mais de tourisme. Comment ce secteur florissant-t-il pu leur échapper ?
-4- Le retour du vélo fabriqué en France, et d’une politique du vélo ?
1/3 des VAE vendus en France serait fabriqué ici, et 1 vélo sur 6, mais bien 7/10 en Europe. Le dynamisme de la filière française semble en route, 500 emplois seraient à pourvoir. Cela n’empêche pas Patrick Guinard, président de la Filière vélo, d’évoquer l’appel à projets d’industrie du vélo (organisé parl’ADEME) de mai dernier, en espérant qu’il soit prolongé.
Reprenant les demandes de Plan vélo et d’aides à l’achat, il se dit persuadé que le marché repartira, sans doute dès 2026, et conclue que « Quoi qu’il arrive le vélo c’est le transport du futur ». Il se pourrait que la prochaine fois je pose la question « Qui parmi vous est arrivé à vélo? ».
Au-delà des chiffres, l’écoeurement de toute la filière, résumé par Amélie Guicheney, patronne des cycles Gaya:
– Donc, -16% sur 2024, et surtout l’abandon du Plan vélo.
– Des années de travail par les porte paroles de la filière pour faire émerger une vision, une trajectoire et des moyens en alignant plusieurs ministères, balayées en quelques semaines.
– 1 milliard prévu pour dynamiser l’activité vélo dans son ensemble, infrastructures, aides à l’achat, filière industrielle… réduit à néant.
Et une vision politique sur le sujet qui semble absente depuis.
– L’ambition nationale de part modale à 12% et l’adoption de la déclaration européenne sur le vélo paraissent bien loin.
– Puissent les têtes pensantes qui nous dirigent entendre les paroles, et les chiffres, communiqués ce jour.
Pour qu’enfin un réel projet national reprenne vie autour du cycle !

Lire aussi :
2 labels pour les vélos et autres nouvelles de la filière. Octobre 2018
A propos de mon titre : Mon premier titre était : Le commerce du vélo redeviendrait-il écologique ? je l’ai changé in-extremis par plus simple. Mais il avait du sens.
Le vélo « à obsolescence programmée », ou « jetable », camelote ou difficile à réparer, n’est pas écologique. C’est même une contradiction avec la nature du vélo, dont on répète qu’il est « éternel » s’il est bien entretenu. On remarque même que certains vélos des années 70 roulent bien mieux que leurs équivalents actuels. En soi, donc, l’essor de la réparation est écologique.
Disant cela je ne trahissais pas la pensée des représentants du milieu professionnel telle qu’elle s’est exprimée lors de cette présentation des chiffres de l’économie du vélo.





Merci pour cet article. Notre société a été façonnée sur l’usage de la voiture – ainsi que nos esprits – depuis l’après guerre. En conséquence, nos politiques sont en peine de changer de paradigme ou quand ils le sont, de montrer de la pédagogie pour faire admettre des mesures à contre-courant de la pensée pro-voiture qui s’est enracinée: l’exemple du bonus pour l’achat d’une voiture électrique sans conditions de ressources vs. bonus achat vélo sous conditions de ressources ou des DSC en milieu urbain limité à 30km/h en sont de bons exemples…